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Lecture d'un chapitre



Lecture du chapitre 7
Nom de l'œuvre : Les Racines Magnétiques Nom du chapitre : La Chose 1/2
Écrit par Kailianna Chapitre publié le : 13/10/2011 à 17:57
Œuvre lue 12458 fois Dernière édition le : 13/10/2011 à 17:57
[Nabion] C’était déjà le troisième jour de navigation, et la vie à bord semblait aller pour le mieux. « Ça fait partie du processus » m’avait expliqué Lizbeth maintes et maintes fois. « Le début est toujours synonyme de joie, d’enthousiasme et d’émerveillement collectif. Profite de ces premiers jours, Nabion, car ils feront très certainement partie des plus joyeux et agréables qu’il vous sera donné de vivre à bord de votre vaisseau. Mais méfie-toi, surtout, car ces apparences sont trompeuses, elles ne durent qu’un temps. Quel que soit votre parcours, une crise finira forcément par arriver. C’est humain, et presque mathématique : une fois retombée l’euphorie des débuts, arrive une phase, difficile mais nécessaire, de prise de conscience. Vous réaliserez que vous en avez pour vingt ans, si ce n’est plus, et que de nombreuses petites choses dysfonctionnent à bord, au niveau humain, au niveau matériel, au niveau pratique. Le moral des troupes sera bas. Et lorsque cette crise arrivera, toi, le capitaine, tu devras être capable de la gérer et de redonner du courage à tes hommes. Vous traverserez de nombreuses crises, Nabion, tu dois le savoir, car vous serez seuls, et personne au monde ne pourra comprendre ce que vous endurez. Ton rôle est de savoir prendre en main ces crises. C’est l’une des nombreuses responsabilités qui pèsent sur tes épaules ».

Jusqu’à présent, j’avais rempli ma fonction de capitaine sans réels incidents, et il était clair que tous mes Corsaires baignaient tous dans cette allégresse du départ. Chaque jour, en passant sur le pont, j’en surprenais à regarder le Dehors avec les yeux charmés des gens amoureux. Ils étaient conquis, tous, par cette beauté et cette toute nouvelle liberté. Je les voyais rire tous les jours à table, échanger des idées, des expériences de vie, des sourires et des pitreries. Je les voyais apprendre à se connaître, tout doucement, en se frôlant, en tâtonnant. Le peu de choses qui les séparait initialement diminuait chaque jour. Je ne me berçais néanmoins pas d’illusions, et savais bien que tôt ou tard allaient émerger des tensions, des animosités, des humeurs noires et des disputes. Cependant, la petite troupe était pour le moment un exemple de fraternité et de bonne humeur qui faisait plaisir à voir.

Quant à moi, je me réveillais chaque matin les tripes nouées par l’angoisse.

Bien que tout se soit excellemment bien déroulé jusqu’à présent, je sentais une pression indicible peser sur moi. Une angoisse de tous les instants qui m’interdisait le moindre laisser-aller. L’avenir de l’équipage m’inquiétait beaucoup plus que ce que je ne l’imaginais. Qu’allait-il arriver lorsque la bonne humeur générale serait retombée ? Comment saurais-je gérer les potentielles crises à bord ? Comment arriver à me faire respecter de mon équipage ? Toutes ces questions étaient autant de problèmes qui me tourmentaient sans relâche et me ramenaient à mon principal objectif : me faire ma place à bord. Certains, d’une aisance spectaculaire, s’étaient formidablement bien intégrés à l’équipe dès le premier jour, quant à moi qui devais assumer la lourde fonction de capitaine je ne parvenais toujours pas à m’imposer en tant que tel. Je captais parfois des rires sur mon passage, très certainement dus à ma petite taille, et avais également repéré quelques Corsaires qui, lorsqu’ils croyaient que je ne pouvais pas les entendre, m’octroyaient le doux sobriquet de « Nabot ».

Bien évidemment je me gardais bien d’exprimer ces quelques angoisses et m’assurais d’afficher constamment un air d’homme imposant et sûr de lui. Il était pour moi de la plus haute importance que jamais mon équipage ne me voie en proie à des émotions fortes ou des pensées négatives. Depuis ma plus tendre enfance je m’étais toujours représenté le capitaine d’un vaisseau comme un homme fort qui ne ployait jamais quelle que soit la difficulté de la situation endurée. Le capitaine était guide et maître. Le capitaine était l’homme en lequel les autres puisaient leur courage lorsqu’ils n’en avaient plus. Et j’étais pour le moment loin de correspondre à cette image.

Il était donc, pour l’instant, hors de question pour moi de me laisser aller. Je devais persévérer, quitte à être quelque peu dur avec moi-même, et faire chaque jour tous les efforts possibles pour maîtriser mon équipage, lui montrer ma force, gagner leur confiance et surtout, surtout, leur respect. Je ne pouvais me permettre d’être leur camarade, puisqu’il me fallait être leur chef, et c’étaient hélas deux choses bien distinctes.



[Elke] Les repas étaient toujours d’agréables moments à passer ensemble. Ceux qui avaient travaillé dans la matinée profitaient de cette pause pour se détendre et oublier un instant qu’ils étaient les maillons d’une chaîne destinée à faire avancer cet immense bric-à-brac ambulant qu’était la Nébuleuse. Ils redevenaient alors de simples êtres humains qui venaient discutailler et échanger des opinions autour d’une table remplie de mets savoureux préparés par les soins de notre cuisinier. Quant à ceux qui s’étaient prélassés toute la matinée (dont, je l’avoue, je faisais partie), c’était également un plaisir de venir passer ces quelques moments d’échange à table.

J’étais aujourd’hui assise en bout de table avec Hakks, Tokus et Sirus. La conversation tout au long du repas avait été très animée – faut dire qu’avec nos deux chasseurs dans les environs, on savait d’avance à quoi s’attendre ! Ils avaient une façon de raconter absolument sidérante. Toutes les petites choses insignifiantes qui faisaient notre vie à bord semblaient prendre leur envol entre leurs lèvres pour devenir des sujets de discussion, de rires et de conversations à l’infini. Ils avaient par ailleurs cet art de fonctionner à deux, de toujours rebondir sur les phrases de l’autre. Y’avait pas à dire, ceux deux-là étaient en parfaite résonnance. C’était « des crétins, certes, mais des crétins intelligents » comme se plaisait à le dire une grande partie de l’équipage depuis ce fameux soir où ils nous avaient tous séduits avec cette belle légende.

- Hakks, Elke, c’est un plaisir de bavarder avec vous, fit Tokus, si, si, vraiment. Cependant il y a une personne à ma gauche avec qui je n’ai pas encore eu l’honneur de parler, et j’aimerais remédier à cela, si c’est possible.
Il s’agissait évidemment de Sirus, qui n’avait effectivement pas ouvert la bouche depuis le début du repas. L’intrigant Sirus, qui semblait indéchiffrable et avec qui personne jusqu’à présent n’avait réellement réussi à nouer de liens. Le bonhomme semblait volontairement s’envelopper d’une aura de mystère.

L’intéressé n’eut cependant pas l’air de relever l’allusion de Tokus, bien qu’il résultât évident qu’il l’avait entendue, et continua à manger tranquillement sans même lever les yeux de son assiette.

Hakks prit donc la relève.

- Affirmatif, mon cher Toqué. Je vois à quel homme ténébreux vous faites allusion.

- Je dirais même plus, un homme ténébreux doté d’une barbe, insista Tokus. Barbe qui incite le respect, par ailleurs.

Je ne pus m’empêcher de sourire aux stupidités des garçons, et guettai la réaction du routier. Il était risqué de la part de Hakks et Tokus de s’adresser à lui de la sorte. Je n’aurais pas été étonnée que Sirus ait les deux chasseurs en horreur, lui qui était si calme et silencieux et eux qui n’avaient de cesse de se faire remarquer. Pour ma part, le routier m’inspirait une sorte de respect inné. Il avait de la prestance, et un charisme tout à lui, si bien qu’il en devenait un personnage… impressionnant. Oh, c’est pas que j’en avais peur ! Mais il m’impressionnait, je ne pouvais pas le nier. Je ne sais pas si j’aurais été capable de tenir une conversation seule avec lui du début à la fin. Ce type dégageait quelque chose de peu commun.

Je m’attendais presque à ce qu’il jette aux chasseurs un regard noir et continue à manger sans rien dire, mais à ma grande surprise, il répondit (sans pour autant lever les yeux de son assiette) :

- Que voulez-vous savoir ?

Il avait prononcé cette phrase d’un ton tout à fait neutre et détaché. S’il ne débordait pas d’enthousiasme, il était pour le moins enclin à la discussion.

- Je ne sais pas, camarade, je n’sais pas… répondit Tokus. Mais quelque chose me dit que nous avons beaucoup à apprendre de toi.

- Tokus, je suis du même avis que toi, reprit Hakks, parfaitement synchronisé avec son partenaire comme s’il s’agissait d’un texte appris par cœur. C’est pourquoi je propose un thème de conversation simple qui ne devrait coûter d’efforts à personne : bien, nous avons tous été en formation pendant de longues années et par conséquent nous avons tous un savoir qui nous est propre. Chacun d’entre nous quatre devra apprendre aux autres quelque chose qu’il a appris. Quelque chose d’un tant soit peu intéressant, dans la mesure du possible, cela va de soi.

- Ça me paraît une très bonne idée, affirmai-je, un sourire aux lèvres.

- Fantastique ! s’exclama Hakks. Je vais commencer, si personne ne voit d’objection.

Il marqua quelques secondes de silence, comme s’il prenait le temps de choisir soigneusement son anecdote.
- Il existe un animal dans le Dehors appelé le klammphe aux propriétés bien particulières. Il est extrêmement agressif et il est facile de se laisser gagner par la panique lors d’une rencontre inopportune avec ledit animal. C’est bien simple, rien n’a l’air plus moche et menaçant qu’un klammphe. Cependant, c’est un jeu d’enfant de l’apprivoiser. Il suffit de lui caresser les espèces de moustaches qu’il a sous la gueule pour qu’il se calme instantanément et devienne tout à fait inoffensif. Ceci est dû au fait que, pour une quelconque raison farfelue, ces fameuses moustaches sont pourvues de nerfs et, lorsque vous les caressez, un message nerveux d’apaisement et de désorientation provisoire est envoyé au cerveau de la bête. Pour vous donner une image concrète, nous avons tous vu Beo avaler quelques verres de trop hier soir, mmh ? Notre cuistot a fini par distribuer sourires et amour à la pelle. Eh bien, le comportement d’un klammphe auquel on a caressé les moustaches est sensiblement le même.

J’éclatai de rire à l’évocation de Beo. Il avait en effet fini dans un bel état la veille, et semblait subitement avoir été gorgé d’amour à tel point qu’il avait ressenti l’impérieuse nécessité d’en abreuver copieusement quiconque croisât son chemin !

- Voilà donc, conclut Hakks, vous saurez quoi faire si par mégarde vous en rencontrez un.

Je remarquai que le chasseur avait réussi à arracher un sourire à Sirus, chose qui n’était pas anodine.

- Bien, à moi, enchaîna Tokus. Elke, il te sera peut-être utile de savoir que ton Sniffleur appartient à une espèce toute particulière. C’est ce qu’on appelle un « chapardeur doré », doré en raison de la couleur de ses yeux. Il a ceci de particulier qu’il a un excellent odorat : si tu le vois fuir devant quelqu’un, méfie-toi car cela signifie que cette personne dégage quelque chose de malsain.

Comme s’il s’était senti concerné, le Sniffleur sortit sa petite tête de la poche avant de ma salopette et poussa un adorable petit couinement.

- Eh ben dis donc, t’es plus balèze que je ne le pensais ! m’exclamai-je en le gratifiant d’une caresse. Bien, à moi. Ce que je peux vous expliquer, c’est que le moteur de la Nébuleuse est en fait…

- Oh ! Comme c’est intéressant ! Merci beaucoup Elke, je me coucherai moins bête, comme on dit dans le coin, s’exclama Hakks, m’empêchant ainsi de donner mon explication.

Tokus éclata de rire et posa sa main sur l’épaule de son compagnon.

- Excuse-le Elke, tu as pu remarquer que Hakks est un peu stupide, je crois bien qu’il a peur de griller l’un des hémisphères de son cerveau en essayant de comprendre tes explications… C’est que c’est pas simple, un moteur…

- Bah, en fin de compte, peu importe, je n’en suis plus à un neurone près. Poursuis donc, me fit Hakks avec un sourire chaleureux, reprenant son sérieux.

- Eh bien il y a plusieurs types de moteurs, comme vous vous en doutez sûrement, mais celui dont est pourvue la Nébuleuse est une petite merveille de technologie. Je vais vous résumer son fonctionnement, de façon simplifiée bien sûr… l’ensemble est terriblement compliqué.
» Ce qui donne son impulsion à la Nébuleuse, ce sont ses réacteurs. Il en possède trois : un réacteur principal et deux réacteurs alternatifs. Chacun de ces réacteurs possède une masse conséquente de Lymbe, qui n’est autre que ce minerai présent en quantités sous terre. C’est en fait la Lymbe qui génère les flux magnétiques à la surface d’Eleis. Il en existe plusieurs sortes. Les différentes variétés de Lymbe sont définies en fonction de leur condensation, et, comme vous pouvez vous l’imaginer, plus la Lymbe est condensée, plus elle a une activité magnétique intense. Bien. Chaque réacteur est donc tapissé de l’intérieur d’une variété de Lymbe extrêmement condensée, que l’on va chercher dans des strates à des kilomètres de profondeur dans le sol. Vous vous imaginez donc qu’à l’intérieur d’un réacteur règne un chaos magnétique monstre ! Et c’est justement ce chaos qui est la clef. Dans chaque réacteur est installée ce que l’on appelle une souffleuse, qui projette à l’intérieur du réacteur un autre minerai, celui-ci tout ce qu’il y a de plus commun et sans propriétés particulières. Ce minerai est projeté dans le réacteur sous forme de poudre très fine, les particules sont quasiment invisibles à l’œil nu. Bref, cette poudre de minerai est propulsée dans le réacteur et, du fait de ce fameux « chaos magnétique » qui règne à l’intérieur, ces particules de minerai sont propulsées en tous sens, chauffent et leur vitesse augmente considérablement. Elles sont enfin propulsées en dehors du vaisseau et, en prenant appui sur l’air, font avancer la Nébuleuse ! Puis elles retombent au sol et se mélangent avec la terre.

Je terminai mon monologue passionné (ah ! quoi de plus merveilleux qu’un moteur ?) et me rendis compte en avisant les mines perplexes de mes camarades que je n’avais peut-être pas été très claire dans mon explication.

- Il y a quelque chose que je ne saisis pas… intervint Hakks qui visiblement était celui qui avait le mieux suivi. Tu dis que chaque réacteur contient une bonne quantité de Lymbe, qui a une activité magnétique considérable. Comment se fait-il alors que le vaisseau tout entier ne soit pas affecté par ce magnétisme ? Si tout cela est vrai, ça veut dire que l’on devrait observer d’étranges phénomènes sur la Nébuleuse non ? Je ne sais pas, par exemple, Tokus pour malencontreusement s’envoler en laçant ses chaussures le matin suite à un brusque changement de gravité, ou le Nabot pourrait subitement devenir grand, ou encore…

Comme il semblait à cours d’exemples, je me hâtai de répondre.

- C’est parce que l’on applique la même technique que celle qui a été utilisée pour les cité-bulles : chaque réacteur est également pourvu d’un genre de dôme, qui isole son activité magnétique et annihile ainsi son effet sur l’extérieur.

Hakks se gratta le menton en hochant la tête d’un air érudit.

- Ingénieux, ingénieux… fit-il.

Oh, c’était à mes yeux bien plus qu’ingénieux ! Il était pour moi incroyable et merveilleux que nous autres, pauvres petits êtres humains insignifiants, nous ayons pu acquérir une telle technologie ! Rien n’était plus fou et fascinant qu’un moteur à minerai.

- C’est ton tour, Sirus, fit remarquer Tokus. Apprends-nous quelque chose. D’un peu moins complexe que ce que vient de nous expliquer Elke, si possible…

Sirus leva les yeux, nous regarda, puis annonça d’une voix étrange :

- Tout porte à croire qu’Eleis est à l’aube d’une ère de profond changement.

Nous restâmes tous interloqués quelques instants sans trop savoir quoi dire.

- Je le savais bien, que c’était un prophète, marmonna Hakks pour lui-même.

- Une minute, je ne comprends pas, intervins-je. Tu es routier et si j’ai bien compris les routiers doivent connaître sur le bout des doigts la géographie d’Eleis, non ? C’est bien ça ton domaine de compétence ? Sur quelles connaissances se base la déclaration que tu viens de nous faire alors ?

- Le rôle du routier est de guider l’équipage, expliqua-t-il, et de définir la trajectoire la plus appropriée pour arriver à bon port sans encombre. C’est pour ça que je dois également savoir ce qui nous attend dans chaque ville, connaître les relations entre les cité-bulles et les spécificités de chacune d’entre elles. Tout cela a fait partie de ma formation. J’ai également des notions de commerces indispensables pour traiter avec les différents négociants.

- Wow, fit Tokus. En fait t’es bien plus important que ce que je m’imaginais.

- Bref, explique-toi donc, Sirus ! réclama Hakks. Tu dois savoir énormément de choses sur la situation en Eleis que nous ne soupçonnons même pas.

Le routier marqua un temps de silence, comme s’il était passablement irrité d’avoir à donner des explications. Il avait cependant retenu notre attention à tous.

- Durant ma formation, j’ai dû apprendre ce qui se passait entre chaque ville, lesquelles se détestaient, lesquelles avaient de bons négoces, afin d’être le plus à même de gérer d’éventuelles situations délicates. Les mêmes mots revenaient constamment dans la bouche de mon Tuteur. Il fallait faire attention, comprendre les enjeux qui étaient en route, essayer d’éviter les querelles car il existait des tensions non négligeables. Le sujet a éveillé mon attention. J’ai commencé à m’intéresser à ces fameuses tensions entre les cité-bulles, dont on nous parle si souvent sans jamais réellement nous expliquer de quoi il s’agit, cela me semblait étrange. Ce que j’ai rapidement compris, c’est que c’était quelque chose de récent. Il y a quelques années de cela chaque ville se suffisait à elle-même et entretenait avec les autres cité-bulles des rapports purement commerciaux qui se déroulaient plutôt bien. Et puis tout récemment ont commencé à apparaître ces « tensions ». On a bien essayé de nous expliquer la chose afin de rassasier notre faim de savoir. Les causes étaient multiples. On nous racontait que les cité-bulles étaient inquiètes de l’anormale croissance de Tsegaya ces dernières années, ou encore, que ces tensions étaient simplement dues aux différentes cultures de chaque cité-bulle, trop hétérogènes pour arriver à un terrain d’entente. En soi, toutes ces thèses étaient plausibles. L’être humain est de nature corrompue, égoïste, avide de pouvoir et hypocrite de surcroît. Les relations qui dégénéraient entre les cité-bulles ne surprenaient personne. Mais je suis persuadé qu’il y a autre chose. Ces tensions sont étonnamment puissantes, et l’on en est arrivé à un point d’animosité inquiétant entre certaines villes. Tout cela n’est pas né de rien, et je suis pour ma part convaincu que quelque chose a eu lieu, quelque chose de suffisamment gros pour engendrer des polémiques ou un esprit de compétition entre les cités. Personne ne nous dit rien sur le sujet, mais cela me paraît une évidence. Il y a trois ans à peu près, quelque chose de nouveau est apparu, quelque chose est arrivé, et je n’ai foutrement aucune idée de ce que ça peut être ni de l’ampleur que ça prendra par la suite. Mais il est clair qu’il y a quelque chose à élucider là-dessous, qui pourrait bien changer la face du monde.

Bien que jamais encore je n’eus réfléchi à tout ce que Sirus avançait là, ça ne m’étonnait pas de sa part. Le bonhomme semblait en constant décalage avec le reste de l’équipage, comme s’il venait d’une autre dimension, et là encore c’était le cas. Tout le monde était bien trop occupé à s’émerveiller de la beauté du Dehors et à méditer à cette grande aventure dans laquelle nous nous étions lancés, et aucun d’entre nous n’avait la tête à penser à d’obscures affaires politiques ! Comme toujours, le routier donnait l’impression d’être le plus réfléchi à bord.

- C’est vrai que personne ne nous a jamais renseigné sur la question… acquiesçai-je. Peut-être bien que tout cela est vrai, mais après tout ce ne sont que des magouilles politiques ! On ne peut pas tout savoir ni tout contrôler, même en ayant un statut aussi particulier que le nôtre. Rappelle-toi, notre tâche est de rester neutre face à toutes ces affaires, quelles qu’elles soient, afin de travailler justement et équitablement dans l’intérêt de tous. Je ne voudrais en aucun cas être mêlée à tout ce que complotent les différents Ministères et à ce qui se passe entre eux.

Sirus me regarda d’une façon qui me mit mal à l’aise. C’est qu’il avait de ces regards absolument pas naturels, notre routier, de ceux qui, bien qu’ils soient dépourvus de toute trace de mépris ou de colère, vous clouaient sur place, vous faisaient ravaler vos mots et votre fierté, et vous dissuadaient largement de lui tenir tête.
- Peut-être, mais tu fais partie de ce monde.

Il sembla se désintéresser totalement de la conversation le temps de saisir son verre et d’y boire une longue gorgée d’eau.

- Les gens ont trop tendance à l’oublier, reprit-il. Nous sommes tous concernés par les évènements du monde, même s’ils dépassent les frontières de nos villes natales.

Hakks eut un petit rire à l’entente de cette phrase.

- Bah, ne t’en fais pas pour ça, je crois que personne à bord ne manifestera un intérêt disproportionné pour Arrakas.

Il avait évoqué notre ville avec un certain sarcasme, ce qui ne me surprenait guère. Nombreux étaient les Corsaires à bord qui tenaient Arrakas en horreur et semblaient désireux de ne jamais y remettre les pieds.

- Je sais, rétorqua Sirus. Nous avons tous bien assez arpenté le bitume de la cité pendant les vingt dernières années de notre existence. Je sais bien que tout le monde à bord a à présent les yeux rivés sur le Dehors, sur l’aventure et le rêve qu’il nous apporte et c’est bien normal après tout. Mais ce serait une erreur d’oublier que ce monde, même si l’extrême majorité de son territoire est déserte et sauvage, est tout de même habité par des hommes qui chaque jour apprennent mieux à le dominer. Il se passe des choses étranges actuellement, des choses qui détruisent peu à peu l’équilibre qui avait été instauré entre les cité-bulles et je veux comprendre de quoi il s’agit.

Sirus tenait là un discours que je n’avais encore jamais entendu. Non seulement parce que jamais personne ne nous avait spécifié le sujet, mais aussi parce que je manquais de curiosité pour ces choses-là, il fallait le reconnaître. J’avais toujours vu les affaires du Ministère d’un œil dubitatif, considérant que toutes ces histoires étaient bien trop sournoises et complexes pour moi. Je ne souhaitais pas prendre part à tout cela, je ne souhaitais que m’évader, découvrir, partir le plus loin possible. Sirus lui semblait s’intéresser de près aux choses du monde, et j’admirai sa rigueur et son habilité à se poser les bonnes questions. Jamais je n’aurais été capable de me faire ces réflexions par moi-même, mais je devais avouer que le sujet avait piqué ma curiosité.

- Tu crois qu’Arrakas aussi est impliquée là-dedans ? demandai-je.

- Toutes les cité-bulles sont impliquées, Arrakas ne fait pas exception. Il se peut même qu’elle soit plus impliquée encore que toutes les autres puisqu’elle est la plus puissante et la plus influente de toutes.

- Alors pourquoi ne nous dit-on rien sur le sujet ? s’enquérit Hakks.

- Parce que nous sommes des Corsaires et que nous donner trop d’information sur les mœurs du monde actuel risquerait de nous détourner de notre mission initiale. Mais pour être franc je doute que la population soit beaucoup plus informée que nous. La politique arrakane a toujours tendu à laisser les citoyens en dehors des affaires du Ministère.

- C’est faux ! m’exclamai-je. Je ne prétends pas que le Ministère d’Arrakas soit parfait bien sûr, certains de leurs actes me déplaisent…

- Comme ce Serment qu’ils nous ont fait signer l’autre jour ! glissa Tokus.

- … Mais tout de même, le Ministère a très bien pris les choses en main à Arrakas ces dernières années, il faut le reconnaître. Des améliorations notables ont été apportées à tous les niveaux.

Sirus acquiesça.

- Bien sûr, je n’ai jamais dit le contraire. Mais c’est pour tout ce qui concerne les affaires extérieures que le Ministère se passe de l’avis des citoyens, qui par ailleurs se gardent bien d’aller voir plus loin. Ils sont satisfaits par les réformes du Ministère au sein de la ville et n’en demandent pas plus. Mais pour ce qui est des affaires extérieures, le Ministère aime gérer ses affaires seul.

- Et dans les autres villes ? questionnai-je.

- Chaque ville est un monde à part entière, et diffère totalement de ses voisines sur tous les plans. Vous aurez l’occasion de vous en rendre compte très vite. De la même façon, les Ministères de chaque ville mènent une politique différente.

Sur ces mots, Sirus se leva, vida son verre d’un trait puis quitta le réfectoire sans plus de cérémonie, comme s’il avait décidé soudainement que nous n’étions plus dignes de son intérêt.

- Bah… ! m’exclamai-je, quelque peu froissée de ce départ si soudain, d’autant plus que le sujet que nous avions commencé à aborder m’intéressait réellement.

- Eh oui, que veux-tu… fit Hakks en riant.

- C’est un homme mystérieux, après tout, ajouta Tokus, il ne peut pas se contenter de quitter la pièce de façon civilisée comme tout le monde.

Cette remarque m’arracha un sourire. Je savais cependant que les deux chasseurs eux aussi avaient été interpellés par les explications de Sirus, et que le commentaire que venait de lancer Tokus n’était en aucun cas signe de mépris. Ces deux-là, de toutes façons, une fois qu’on avait compris comment ils fonctionnaient, on ne pouvait que les apprécier. Hakks et Tokus aimaient tout le monde et riaient de tout le monde aussi, y compris d’eux-mêmes.

- Dommage, on commençait à s’aventurer sur des chemins intéressants ! fis-je, étant restée sur ma faim. Il a l’air d’en savoir tellement plus que nous.
- Eh oui. Les hommes à barbe sont toujours les plus sages, fit Tokus en riant.

- J’en suis arrivée à me sentir un peu stupide ! avouai-je. C’est vrai, jamais encore je ne m’étais posé de questions sur tout ça, pourtant il a raison, nous faisons partie de ce monde…

- Ne t’inquiète pas, je pense que nous nous sommes tous sentis stupides aussi quand tu nous a expliqué le fonctionnement du moteur à minerai, fit Hakks en souriant.

- Parle pour toi mon vieux ! protesta Tokus. N’oublie pas que l’un de nous deux est bien plus futé que l’autre… inutile de te rappeler lequel.

Hakks rit et reprit :

- Chacun de nous a ses propres domaines de compétence, Elke. Toi, ce sont les moteurs, Nabion, le réveil au petit matin en hurlant, Neith, l’oubli total de se réveiller… tout ça dépend de nos formations. Sirus lui a étudié ces sujets-là, il est donc normal qu’il nous ai tous laissé perplexes avec ses phrases énigmatiques.

- C’est très important pour la cohésion d’un groupe, ça, d’avoir un barbu aux phrases énigmatiques, précisa Tokus, l’index levé comme s’il était en train de donner une leçon.

- Et puis, je crois qu’on en saura plus sur le sujet bien plus tôt qu’on ne le pense, reprit Hakks. On ne peut pas arpenter le monde sans s’y impliquer et je suis prêt à parier que d’ici peu, on aura élucidé bon nombre de ses mystères !
- Ça c’est bien vrai, approuva Tokus. Foi de Corsaire, nous sommes des aventuriers, pas des touristes ! Et on va le percer à jour, ce monde, et découvrir tout ce qu’il recèle.



[Täher] L’après-midi avait été long. Etre pilote m’assurait de disposer de la plus belle vue sur le Dehors, ça oui ! Par contre, je finissais souvent par me sentir terriblement seule sans ma cabine. Allais-je finir moi aussi comme tous ces vieux pilotes défraîchis qui se mettaient à parler avec leur gouvernail ? Même mon Tuteur m’avait avoué qu’il avait fini par en arriver là. Je souris au souvenir de Miggle et m’imaginai la scène, qui était des plus comiques.

« Les premières semaines de pilotage sont toujours les plus éprouvantes », m’avait-il expliqué un jour. « Le vaisseau, au début de l’aventure, est neuf et reluisant de beauté. Il est fier et impétueux, il suffit donc que ta main lâche le gouvernail une seconde pour qu’il se mette à n’en faire qu’à sa tête ». Je n’avais pu réprimer un rire lorsqu’il m’avait donné cette explication. « Miggle » lui avais-je dit, « pourquoi parles-tu toujours des vaisseaux comme s’ils étaient vivants ? ». Il avait eu l’air profondément offensé et m’avait répondu en haussant le ton : « Mais ils le sont, Täher ! Bien sûr qu’ils le sont ! Crois-tu vraiment qu’il te suffira d’arriver sur le vaisseau avec tes quinze ans de formation derrière toi pour t’en rendre maîtresse dès la première manœuvre ? Ce serait bien trop facile. Le vaisseau est fier, Täher, surtout lorsqu’il n’a pas encore commencé à arpenter le Dehors. Chaque poutre, chaque cordage, chaque rampe à bord respire de force et de fougue et il n’a encore jamais eu de capitaine ! Nous les pilotes, nous commettons tous la même erreur en commençant, ma chérie. Nous pensons que le vaisseau doit se soumettre à nous car c’est à nous que la tâche de le guider a été incombée. Mais c’est une grossière erreur. Personne ne peut soumettre un vaisseau, aussi habile et féroce que soit sa poigne. Il te faut apprendre à l’éduquer, l’habituer à tes mains et à ta présence, l’adopter. Ton vaisseau ne doit pas être ton outil mais ton compagnon route. Vous devez développer une complicité et apprendre à vous connaître et à vous accepter pour mieux naviguer ensemble. Cela prend de longues semaines, tu t’en rendras compte. »

Durant ma formation, je n’avais jamais su quoi penser de ces histoires, qui revenaient souvent sur le tapis. Un vaisseau était certes une petite perle de technologie, mais il en demeurait un assemblage de poutres, de plaques de métal, de cordes et de mâts ! Lorsque j’exprimais mon scepticisme à Miggle, il insistait toujours davantage. « Tu verras, Täher. Tu es encore très jeune, mais tu comprendras par toi-même lorsque tu commenceras à piloter. Les premières semaines seront longues et éprouvantes, car le vaisseau se montrera résistant, il souhaitera prendre d’autres caps que ceux que tu devras suivre et sera capricieux. Tu devras donc être presque constamment derrière la barre pour la guider. Ais une fois que tu auras cessé d’être sa commanditaire pour devenir son alliée et sa complice, vous pourrez vous partager le travail, ce qui te permettra d’être bien plus libre. Il suivra de lui-même les impulsions que tu lui auras données et gardera le cap quoi qu’il arrive. Tu pourras même le laisser naviguer seul la nuit car il saura vers où aller. Tu verras, Täher. Il n’y a rien de plus exquis que de piloter un vaisseau duquel on est devenu l’ami… »

Pour le moment, c’était plus contraignant qu’autre chose, et je commençais à prendre au sérieux Miggle et ses drôles d’histoires. Le vaisseau semblait en effet opposer une résistance à mes mouvements. Le gouvernail poussait parfois des grincements tout à fait lugubres lorsque j’essayais de le manier, et il suffisait que je le lâche quelques secondes pour que le vaisseau se mette à dévier de sa trajectoire. Je passais donc mes journées soudée à mon gouvernail, à tal point qu’il me semblait être devenu une extension de mes bras. Les journées étaient longues et fatigantes. Comme j’enviais Elke dans ces moments-là. Elle avait certes une révision quotidienne à effectuer, mais ses moteurs avaient le mérite de tourner tout seuls.

Heureusement, Nabion nous avait annoncé au repas que nous allions faire deux heures de pause en fin d’après-midi, et nous arrêter dans le lieu de notre choix afin de fouler un peu le Dehors de nos propres jambes. La nouvelle avait été accueillie par des exclamations joyeuses.

C’est ainsi que, l’heure de l’arrêt approchant, j’avais vu la moitié de l’équipage débarquer dans la cabine de pilotage afin de choisir le lieu approprié pour notre première balade dans le Dehors.

- Eh, c’est sympa chez toi Täher ! s’exclama Beo en entrant dans la pièce. Si j’avais la même vue que toi depuis mes cuisines, le temps passerait plus vite, ça ouais !

- Mmh, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, dis-je en riant. Ça détournerait ton attention et tu ferais brûler tes bons petits plats ! Comme quoi les architectes de ce vaisseau ont pensé à tout.

En l’espace de quelques minutes, ma cabine de pilotage s’était transformée en salon de discussion. Tout le monde papotait, riait et se lançait des boutades. Un joyeux bordel sévissait tout autour de moi, qui me mis du baume au cœur, moi qui me sentais si seule derrière mon gouvernail quelques minutes auparavant.

- Eh, qu’est-ce que vous pensez de ce coin-là, ça a l’air pas mal non ? s’exclama Neith en désignant la fenêtre du doigt.

- C’est une zone marécageuse, répliqua froidement Jilal. Tu tiens à noyer tout l’équipage dès le troisième jour de navigation ?

- Au moins, on rentrerait dans les annales, fit remarquer Tokus en souriant, provoquant les rires de ses congénères et brisant ainsi la tension que Jilal venait d’instaurer entre lui et Neith.

Je remerciai mentalement Tokus, et me demandai quel était le problème de Jilal. Il avait une rage en lui qui me faisait presque de la peine. Comment quelqu’un pouvait-il en arriver là ?

Il était difficile de nous mettre d’accord sur un lieu en particulier où nous arrêter. Comme nous étions en train de traverser d’immenses plaines, le paysage ne variait que très peu et se réduisait en général à une mer d’herbes folles infinie. Au bout d’une vingtaine de minutes, le vaisseau se mit à survoler une petite rivière à l’eau claire et limpide qui mit tout le monde d’accord.

J’enclenchai la manœuvre d’atterrissage, qui consistait à réduire progressivement la charge magnétique du vaisseau afin qu’il ne tombe pas à terre de façon trop brutale. Une fois que ce fut chose faite et que la Nébuleuse fut stabilisée, je coupai les moteurs.

- Nous y sommes, déclarai-je, ce qui eut pour effet de faire pousser à tout le monde des gloussements d’excitation. Ils sortirent tous de la cabine à toute vitesse, hâtifs d’aller découvrir le Dehors de près. En l’espace d’une seconde, je me retrouvai seule dans la cabine. Enfin, seule, pas tout à fait. Neith était resté figé, devant la baie vitrée et semblait regarder fixement l’extérieur.

- Qu’est-ce qu’il y a ? m’enquis-je. Tu serais, tu verras bien mieux une fois dehors !

- Non, c’est juste que… marmonna-t-il. Regarde bien l’eau !

Intriguée, je me mis à regarder tout aussi fixement que lui, et compris à quoi il voulait en venir. Le soleil au déclin diffusait une magnifique lumière sur les plaines, et semblait baigné dans une mer de nuages ocre, lesquels se reflétaient dans l’eau. Le rendu était irréel, féérique. La rivière, si l’on l’observait bien, paraissait une veine rouge-orangée, scintillante, sucrée, vivante. Comme si elle abreuvait toute la végétation aux alentours, comme si elle était la source de vie de ce monde.

Je souris légèrement.

- Eh ouais. Et je te parie qu’il y en a plein, des paradis comme ça, éparpillés dans le Dehors.

- Y’a tout à parier là-dessus… répondit Neith, les yeux dans le vague.

Il poussa un long soupir.

- Je crois que ça me fait un peu peur tout ça. Pendant toutes ces longues années d’apprentissage j’ai ardemment désiré que ce moment arrive, mais maintenant qu’on est là tous ensemble, je me sens comme emporté parce quelque chose qui me dépasse. Je ne sais pas comment expliquer… je crois que je n’étais simplement pas prêt.

Je laissai échapper un petit rire. Il se retourna vivement vers moi, comme si je l’avais offensé.

- Tu trouves ça stupide c’est ça ? fit-il. C’est vrai, je ne suis pas comme Beo, ou ces deux crétins d’Hakks et Tokus… ce n’est pas si facile pour moi.

- Non, non, rétorquai-je, je ne trouve pas ça stupide du tout, au contraire. Tu sais, quoi que les gens en disent, tout le monde a peur et personne n’est prêt. C’est impossible d’être préparé à vivre une énormité pareille de toute façon. C’est juste que je ne comprends pas pourquoi tout le monde s’évertue à sortir les grands mots théâtraux, à chercher la formulation exacte pour exprimer son malaise… alors qu’on pourrait juste être là, et vivre ce qu’on a à vivre, tu vois ? Te tracasse pas avec de grandes questions sur ta capacité à affronter tout ça, sur le sens profond de cette aventure, de toute façon on ne sait même pas ce qui nous attend au tournant, alors… contente-toi de vivre, c’est tout.

Neith me regardait comme si je venais de parler une autre langue, mais il semblait boire mes paroles avec avidité.

Le garçon était assez maladroit dans sa façon d’agir et de s’exprimer, il en attirait presque la compassion. Son manque de confiance en lui transparaissait jusque sur son visage. Néanmoins j’étais touchée qu’il m’ait confié si naturellement ses peurs, comme à une amie de longue date. J’aimais les relations humaines (je n’en avais eu que trop peu pendant ces longues années de formation) et trop nombreux étaient les gens qui érigeaient des barrières entre eux et les autres. Neith avait beau être un adolescent attardé, il me parlait à cœur ouvert, et c’était quelque chose d’appréciable.

- Allez, viens, l’encourageai-je. Allons rejoindre les autres et conquérir le Dehors.
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