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Lecture d'un chapitre



Lecture du chapitre 13
Nom de l'œuvre : Nouvelles Histoires du Mordz Nom du chapitre : [Episode 12] : Eques noctis aeternae gloriae est
Écrit par zucchina Chapitre publié le : 4/3/2013 à 23:30
Œuvre lue 13523 fois Dernière édition le : 12/3/2016 à 18:08
Le général Gin rajusta son manteau, maussade. Si il y a avait bien une chose qu'il détestait, c'était bien l'inspection des camps rouges. Ces entités sordides étant rattachées à l'armée, il était, de par sa position, bien obligé de s'y montrer de temps en temps. Il faisait son possible pour rendre la vie des prisonniers plus supportable lorsqu'il venait, sachant pertinemment que la majorité des gens enfermés ici l'étaient pour des motifs plus que douteux... Ces camps, ou plutôt ce camp, celui-ci était le dernier en activité, bien que le gouvernement usât de propagande pour faire croire le contraire et terroriser la population constituait le plus beau paradoxe de l'administration pénitentiaire, armée et police confondues. Tout d'abord, les prisonniers n'étaient pas des cactus. Non, c'étaient des angis, des démonis pour la plupart... Pire, si ils étaient à la charge de l'armée, c'était bien la police qui décidait de qui devait y être admis. En Trashie, on appelait ça un goulag, fut un temps. Mais il relativisait cette position en se disait qu'au moins, en tant que général, il pourrait changer les choses.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il découvrit que les hommes qu'il avait postés ici avaient été remplacés par les larbins d'un flic, le gardien Matteo... C'est ainsi qu'il fut accueilli par Toch, une espèce d'angi efféminé qui lui étalait ses problèmes sexuels à la figure. Non pas que le fait que ce pauvre type ait contracté la syphilis ne l'intéressait pas, mais presque. Aussi, le général Gin suivait Toch qui lui faisait visiter le camp, muré dans un silence propre et sec. C'est alors qu'il le vit. Seul, isolé dans une partie de la cour, les autres, surveillants compris semblaient ne pas s'intéresser à lui. Il eut un frisson. Un peu comme lorsqu'on comprend quelque chose, mais que l'instant qui suit, on oublie quoi. C'était exactement ça. Il était sûr de reconnaître cette stature si particulière... Il fut contraint de détacher son regard par Toch qui lui posa alors une question anecdotique.
La visite terminée, le général se retrouva seul avec Toch, dans le bureau de ce dernier. Ou plutôt dans le bureau du lieutenant qui aurait dû s'y trouver. L'autre le dévorait des yeux d'un air lubrique qui lui donnait presque envie de vomir. Tandis que ce dernier s'asseyait, Gin, lui resta debout, et se dirigea vers une armoire au fond de la pièce.
"Permettez que je me serve un brandy? - lança le général
- Faites, faites je vous en prie mon tout beau! - répondit Toch d'un air gourmand. Oui, gourmand.
- Vous en voulez un aussi? - trancha Gin.
- Non merci, c'est mauvais pour ma petite santé. Mais je prendrais bien une petite verveine!"
Gin lui décocha un regard expliquant plus ou moins précisément qu'il pouvait aller se faire mettre, et ça n'aurait pas dérangé son interlocuteur, s’il attendait qu'il lui prépare une verveine.
"Mais ne vous inquiétez pas, - enchaîna Toch - je m'en préparerai une plus tard!
- Comme vous voulez - rétorqua Gin d'un ton guindé."
Il s'assit à moitié sur le rebord d'une table située sur un côté de la pièce, et porta ses lèvres au liquide. Il dut se retenir de faire une grimace. Il avait connu un jour un gaillard un peu bourru du nom d'Elvish qui lui avait "appris" que le whisky se buvait sec, crénom. Mais en dépit de son statut, Gin restait très jeune, et n'appréciait guère l'alcool non-coupé. Il en buvait uniquement pour prouver sa virilité. Du moins c'est ce qu'il pensait.
"Bien. - reprit le général - Je suppose que c'est maintenant que vous allez m'expliquez ce que vous foutez là?
- Oh, croyez-moi, si j'avais eu le choix, je n'aurais ja-mais quitté la capitale... Mais je fais ça pour rendre service à un... ami... Hihi."
Il avait gloussé. Ce type lui donnait décidément des frissons.
"J'entends bien, mais où est mon lieutenant?
- Oh, ne vous en faites pas, il est mort! - Toch avait lancé ça sur un ton presque naturel. Comme pour annoncer qu'il allait pleuvoir demain.
- Pardon? - s'étrangla Gin. Et ce n'était pas à cause du brandy.
- Matteo l'a envoyé faire des manœuvres à la frontière Trashienne dans le nord du désert... Lui et ses hommes sont tombés sur plus forts qu'eux... C'est ça la guerre, non?
- Que... Mais...
- Oh allons général, vous n'allez pas me faire croire que le sort de ces soldats crasseux vous importe... Si? - dit l'autre en lui faisant des yeux de merlan frit."
Gin se ressaisit.
"Ecoutez-moi bien espèce de malade! Sachez d'abord qu'en campagne, chaque homme compte! Et quel est le grade de ce Matteo dans l'armée pour balancer mes hommes au casse-pipe? Avez-vous tous perdu la tête? - hurla-t-il au visage de Toch en jetant sa paire de gants en cuir sur la table.
- Je...
- Je m'en fous de ce que vous pensez! Vous aurez tous de mes nouvelles!"
Gin fit quelques pas vers la fenêtre. Le démoni isolé était toujours à l'écart des autres. Il semblait chercher quelque chose. Pourtant il n'avait franchement pas l'air cinglé... Ces pensées l'apaisèrent quelque peu. "Général?" fit une voix dans son dos. Toch l'appelait. Il ne se retourna même pas.
"Quoi? - assena-t-il, comme pour mettre l'autre au défi de continuer.
- Euh... C'est vrai ce qu'on dit, général? Que vous revenez d'une campagne en Bipie?"
C'était vrai. Gin avait pris la succession d'un chef de clan barbare en Bipie. Depuis, il disposait d'une petite armée de sauvages bipiens, qu'il dirigeait contre les autres tribus, dans l'espoir d'affaiblir la Bipie, si jamais une offensive devait un jour être lancée contre l'imposante nation. Il ne revenait en Polordie qu'occasionnellement, et cela ne durait en général pas plus de quelques jours. Mais il avait l'intuition que cette fois, il risquait fort de prolonger son séjour. "Ouais. Pourquoi? Vous voulez apprendre la langue?" Il fit volte-face pour faire face à son interlocuteur. Il eut un hoquet de surprise. Celui-ci n'était maintenant vêtu que d'un caleçon rose moulant à paillettes. "Disons que je voudrais apprendre autre chose", susurra Toch d'une voix mièvre. Gin s'en alla en claquant la porte.
Il était consterné. Comment un guignol pareil avait-il pu arriver à devenir chef d'un camp rouge? Il préférait ne pas savoir. Son regard fut immédiatement attiré pas le démoni isolé. Il avait la main sur son arme de service, en cas d'agression de l'un des prisonniers. Soudain, il eut un flash. Il le reconnaissait enfin. Il marcha à grandes enjambées dans sa direction.

"Monsieur E. Nom d'une pipe, c'est Monsieur E!". Cette racaille de Kamina avait parlé. Monsieur L était partagé entre deux sentiments. La colère, d'abord, de savoir que c'était bien Elvish qui avait été associé au massacre du repaire des gamins. L'admiration, ensuite. La capacité de son supérieur à toujours s'en sortir et manipuler son entourage l'impressionnait. Il était connu pour ça en Warzie. Politicien véreux, toujours en train de tremper dans une magouille, imposant parfois ses lois par la force, mais bien plus souvent par la ruse. Dans ce domaine, seul Monsieur S le supplantait. Les deux personnages les plus influents de Warzie étaient aussi les plus machiavéliques... Une fois de plus, Monsieur E jouait en solo, et n'hésitait pas à tuer pour faire avancer ses pions. Il se trompait peut-être, mais cela ne l'étonnait pas, connaissant l'animal. En Warzie, semer la zizanie dans les rangs adverses était une qualité. Dans la mesure où Monsieur E pouvait être considéré comme un ennemi, et vu le bordel, Santa Yuo lui pardonne l'expression, qu'il mettait dans leurs rangs, Elvish ne pouvait générer que de l'admiration.
"On fait what, now? - lança Monsieur H.
- Bah... Bonne question... N'eut-il pas été judicieux de se lancer à sa poursuite? Il en va de notre honneur, je crois...
- Ya..."
Il fut coupé par un Monsieur N surexcité qui venait de débouler dans la pièce.
"J'ai du nouveau, sir! - cria-t-il.
- Inutile d'alerter tout le quartier. Je vous écoute. - le calma Monsieur L.
- J'ai peut-être retrouvé Monsieur S."
Plus que tout autre Warzien, Monsieur N était un espion hors pair. Autrefois second de Monsieur E, il l'avait "récupéré" dans sa garde personnelle dès que ce dernier avait disparu. A part quelques pontes des renseignements lordiens, les fameux G-Men, rares étaient ceux capables de récolter des informations plus vite et plus efficacement que Monsieur N. "Il y a une patate, un ermite, à ce qu'on dit, qui se fait appeler l'Alchimiste. Pis du genre pyromane, voyez? Ça colle pas mal au boss, ça...", reprit le Warzien.
Monsieur L et Monsieur H restèrent songeurs. Si Monsieur S était vivant, le retrouver était une priorité absolue. Avant même que Monsieur L ne puisse ouvrir la bouche, le mur de la pièce vola un éclat, dans un rire sardonique et puissant. Un frisson lui parcourut l'échine.
La poussière se dissipa peu à peu, laissant apparaître la silhouette d'un colosse portant une sorte de canon portatif. Hilare, le colosse. "Je suis complet! Enfin! Il ne me reste plus qu'à vous éliminer, bande de rats! Moi, Klarth l'immortel!". Sur quoi il éclata de rire. Monsieur L avait vu des cinglés dans sa vie. Mais celui-ci méritait de figurer en bonne place dans sa liste. Il avait la stature un peu tordue du type qui a subi un développement musculaire anormal et trop rapide. Imposante, mais comme affaissée vers l'avant, comme entraînée par son propre poids. Son visage était comme ridé... Comme si il avait été... Conservé dans du formol pendant des mois. Monsieur L écarta cette théorie. C'était impossible. A bout de bras, le fou furieux portait une mitraillette. Pas un petit fusil mitrailleur, non, une vraie Gatling. Le genre qu'on manipule sur un trépied, normalement. D'instinct, Monsieur L saisit son épée et chargea son énergie magique. Ça allait chauffer sous peu.
Klarth fit feu. Tout bascula. Quasiment par réflexe, il créa devant lui un mur d'eau sous pression, qui arrêta littéralement les balles. Mur qu'il repoussa d'un coup net vers son monstrueux adversaire. Aucune chance de le vaincre avec ça, songea-t-il, mais au moins pouvait-il espérer le déstabiliser, ne serait-ce que légèrement. Il vit Monsieur H bondir sur le Gardien, mais ce dernier reprit ses esprits, et d'un coup de poing, envoya la patate bleue s'encastrer littéralement dans un mur. Monsieur H avait probablement perdu connaissance. Klarth lui faisait maintenant face. Il avait jeté son arme au sol en se prenant le mur d'eau, bien conscient que cela ne lui servirait à rien.
"Inutile de résister. Tes chances de survie sont à peine de 30%... - articula Klarth d'un ton plat.
- Tant que ça? Alors je tente ma chance, mon bon ami! - répliqua Monsieur L d'un ton enjoué, en faisant tournoyer son épée.
- ... Aucune réponse à ça. Il faudra que je me fasse insérer un programme de répartie...
- Euh... Si vous le dites..."
Sur quoi Monsieur L porta l'estocade. Klarth bloqua avec le bras, et un bruit métallique fit grincer les dents du warzien. L'autre ne montra pas le moindre signe de douleur, et lui flanqua un puissant coup de pied, qui eut le plus grand mal à bloquer avec son bras libre. Il recula tout de même de plusieurs mètres. Ça n'allait pas être une partie de plaisir.

Light. C'était son nom. La légende prétendait qu'elle dissimulait sous ses vêtements pas moins de neuf queues, mais ça, ça n'avait aucune importance. Elle avait encore accepté de participer à cette nouvelle réunion. Pas moyen de s'en empêcher. Peut-être faisait-elle bien partie du groupe, finalement. La salle était plongée dans l'obscurité, mais elle discernait les cinq autres protagonistes sans aucun mal. PZ, morose, affalé dans un fauteuil, chapeau rabaissé sur les yeux, semblait s'ennuyer ferme. DarkGloom, dans son épais fauteuil, arborait sa mine des grands jours. Eagle, lui semblait plutôt soucieux. Cela n'avait rien d'étonnant. Non content de ne pas avoir réussi à le tuer, il avait ensuite échoué à garder Elvish captif. Deux échecs, cela faisait beaucoup dans le Fort des Aiglons. Et il le savait. Tous le savaient. C'est pourquoi tous les regards étaient braqués sur lui. Cela amusait Light. C'était un jeu. Les autres feignaient le mépris, mais savaient bien qu'ils n'auraient pas fait mieux. Et Eagle faisait mine de s'inquiéter pour son sort, mais savait pertinemment qu'il ne risquait rien. N'empêche que tous les regards pesaient sur ce pauvre Eagle. Light lui sourit.
"Assez! - cria Eagle en fracassant le verre de vin qu'il tenait dans sa main, rageur.
- Du calme, mon gros loup. Ce tapis vaut un an de carrière pour un mordzien moyen. Evite de faire ce genre de choses. Le vin, ça tâche. - lui admonesta Light d'un ton qui se voulait suave.
- C'est vrai, monsieur Eagle. On dirait que vous êtes en train de perdre votre sang froid... - glissa PZ, narquois.
- Suffit! - coupa une voix cristalline, dans l'ombre. - Nous ne sommes pas ici pour nous chamailler. Gloom, où en est le projet?
- Tout va pour le mieux. - répondit l'intéressé en souriant - Notre... Hum... Homme doit être en train d'accomplir son travail, à l'heure qu'il est.
- Sommes-nous sûrs du résultat? - fit une autre voix, douce mais ferme.
- Non. Klarth n'est qu'un prototype. C'est pourquoi je m'autorise une marge de manœuvre. - poursuivit DarkGloom.
- Dans ce cas, nous ferions peut-être mieux de prévoir un plan B. - déclara Light."
Le centre de l'attention se reporta sur elle. Elle adorait ce genre de jeu de lumières. Etre capable de disparaître totalement quelques instants, et revenir brusquement sous les feux des projecteurs. C'était sa marque de fabrique. En combat comme dans la vie. "Une idée, miss Light 'NineTales'", interrogea PZ d'une voix presque tendre. PZ l'aimait bien, et elle le savait. Ils se connaissaient depuis des années. Une sorte de relation fraternelle entre eux. Ils avaient même eu une aventure. Qui avait pris fin lorsqu'elle avait prêté ses services à la loi, il y a bien longtemps. C'aurait pu être amusant, pourtant. Le prince des voyous et la flic de choc. Un titre digne des plus grands blockbusters... Elle revint à la réalité.
"Hé bien... Je pourrais y aller, moi... J'ai besoin de me dérouiller, un peu...
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de vous montrer, - commença DarkGloom - mieux vaut que vous restiez discrète, miss Light.
- Il a raison - commenta la voix cristalline."
Tout en foudroyant la "voix" du regard, elle se leva de son siège, et se dirigea vers celui du sombre démoni. Elle plaça ses mains sur les accoudoirs, et approcha ses lèvres du visage de DarkGloom. Non sans constater avec amusement que ce dernier lorgnait sur sa poitrine, légèrement dénudée par son débardeur légèrement débraillé. "Je crois que je suis assez grande pour décider ce que je suis capable de faire. J'ai été gardienne et G avant vous." Light avait parlé d'une voix douce, mais qui ne souffrait d'aucune réponse. Tandis que le démoni déglutissait, d'une main, elle exerça une légère pression sur ses testicules. "Suis-je claire?" L'autre ne répondit pas. Elle approcha encore un peu son visage du sien, ses lèvres effleurant presque celles de Gloom, et augmenta la pression. "Suis-je claire?" dit-elle d'une voix forte, cette fois. "On ne peut plus." Le démoni avait presque gémi. Satisfaite, Light caressa le visage du vaincu avec douceur pendant un court instant, et fit volteface. Humilier un grand guerrier comme DarkGloom devant les autres la réjouissait profondément.

"Hell? Hell Angel?" Hell avait entendu l'autre arriver, mais n'avais pas moufté. C'était des bruits de bottes, il s'était donc attendu à Toch. Mais ce n'était pas la voix geignarde du gardien chef. C'était une voix familière, là, dans son dos. Lentement, comme si le temps tournait au ralenti, il pivota la tête. Le visage qu'il découvrit ne lui était pas inconnu, mais il ne le remettait pas. Toujours au ralenti, il reporta tout son corps en direction de l'arrivant. Plutôt grand, tout juste sorti de l'adolescence, l'autre portait un uniforme étoilé. Un haut gradé, donc. A sa garde, l'épée lui indiqua son rang de général. Comment diable Hell aurait-il pu connaître un général? Il examina le visage de la patate face à lui. Traits fins, cheveux sombres et bouclés entouraient deux yeux perdus dans le vague. Des yeux qui ont vu trop de choses qu'ils n'auraient pas voulu voir. "Je dois avoir les mêmes, songea-t-il". Vraiment, il ne savait pas qui était ce pauvre gonze. D'un geste du menton, il désigna l'autre.
"T'es qui toi? grommela Hell.
- Tu ne me reconnais donc pas, senpai?
- Nan. Et ne m’appelle pas senpai. J'ai pas d'élèves moi. Juste envie de crever.
- Eques noctis aeternae gloriae est (*). - murmura le général."
Cela frappe Hell de plein fouet. Le passé revenait sonner à sa porte, et non content de rappeler à son bon souvenir, lui mit une grande beigne dans la tronche. Il savait qui c'était, à présent. Mais comment avait-il été mis au courant de cette phrase? Cela dépassait son entendement.
"Gin. Quel bon vent t'amène ici, gamin? - questionna le biker, en essayant, sans succès, d'avoir l'air un peu avenant.
- Il s'en est passé des choses depuis que t'es parti..."
Hell nota qu'il le tutoyait. Autrefois, du temps des bikers, jamais Gin n'aurait osé. Ceci dit, aujourd'hui, il n'était pas vraiment en position de force, lui le prisonnier face au fringant général de bataille... Hell prit le temps de réfléchir. Fut un temps où il connaissait tous les bikers. Gin avait débarqué vers la fin. Il était issu de la "seconde génération". Il s'agissait d'une nouvelle vague, dans le temps, dirigée par un certain Ced, qui s'était jointe aux fondateurs. Un bon gars. Proche de Ced, justement.
"On en discutera peut-être un autre jour. Si je sors de ce putain de trou. J'imagine que t'as pas tout le loisir de papoter avec les prisonniers, alors venons-en au fait. Comment es-tu au courant?
- Pour? - s'enquit Gin.
- La phrase. Eques noctis aeternae gloriae est."
Il y eut un silence. "La gloire éternelle appartient aux cavaliers de la nuit". Cette phrase était bordée, en noir sur noir, à l'intérieur d'un repli cousu du col du blouson de chaque Biker. Invisible, donc. Seuls les pontes connaissaient cette phrase et son sens. Hell soutint le regard de Gin un instant. Même si un an avait passé et les choses visiblement beaucoup changé, il savait qu'il restait encore le maître. Il était le n°2 des Bikers, et ça, ça transcendait les années et la société. "Je... Je suis le nouveau chef des Bikers." bafouilla Gin. Hell le frappa avec une violence telle que Gin se retrouva sur les fesses. "Imbécile. Les Bikers n'ont qu'un seul chef, et c'est Iznokiller. Fous-toi bien ça dans le crâne, pauvre con!", beugla-t-il, index pointé vers le général, puis tourna les talons et s'éloigna vers les barbelés.
Au bout de quelques instants, Gin le rejoint.
"Je... Je suis désolé... Ca a changé...
- Non. Certains ont voulu le faire croire. Si une seule chose a changé, c'est que les Bikers n'existent plus. - dit Hell, calmement, cette fois.
- Peut-être.
- Non, c'est une certitude. Qu'est-ce que tu veux? Juste t'excuser? C'est fait. Maintenant, barre-toi.
- Non, je voulais te dire autre chose.
- Quoi encore?
- Je vais te faire sortir d'ici."

Elvish arriva enfin. Il avait roulé pendant presque douze heures. Il avait tenu en buvant quelques litres de café, s'était perdu plus d'une fois. Il caressa sa barbe naissante. D'après ce qu'il avait pu soutirer aux locaux, un ermite vivait bien dans le coin. Mais personne n'avait pu l'éclairer d'avantage. Il avait juste un village. Il s'arrêta devant une espèce d'épicerie-station-service-motel. Il mit pied à terre. Il avait tellement roulé qu'il avait les jambes arquées. "Comme au bon vieux temps", se dit-il. Il jeta un œil à la pompe. De l'essence banale. Hors de prix, mais il fallait s'y attendre dans un coin si reculé... Rien qui puisse faire de mal à sa bécane, en tous cas. Il fit le plein en pensant à Hell. Durant toute sa traversée de l'Est du pays, il n'avait eu de cesse de penser à son ami, et de tenter d'échafauder un plan pour le tirer de sa prison. En vain. Il en était arrivé à la conclusion qu'il se rendrait au camp rouge dès qu'il aurait trouvé l'Alchimiste, et qu'il aviserait sur place. Une fois le réservoir rempli, il raccorda la pompe à sa borne, mit ses clés dans sa poche, non sans les faire tournoyer autour de son doigt, et se dirigea vers la petite épicerie.
Dans la vitrine, s'étalaient des fournitures diverses, allant des bonbons au bidon de gaz, en passant par des peignes et quelques spécialités locales. Il poussa la porte. Personne ne se trouvait dans le magasin. C'était un local exigu. "Parfait pour une embuscade", déclara-t-il en son for intérieur. Sur ses gardes, le dos quasiment collé à la porte refermée, il balaya la pièce du regard. Une caisse enregistreuse banale trônait sur le comptoir, à sa gauche. Derrière s'étalaient des piles entières de paquets de cigarettes, de diverses marques... En face de lui se trouvait un petit kiosque rempli de journaux de la veille. Enfin, à sa droite, il put découvrir un empilement de bombonnes de gaz. Rien d'anormal, somme toute. Il ressortit. Vue de l'extérieur, il n'y avait aucune annexe dans le bâtiment. Le gérant n'aurait pu se cacher nulle part. Il glissa un coup d'œil furtif à sa moto. Elle était toujours là. Il soupira de soulagement.
Elvish avisa alors la porte. La petite pancarte réversible indiquait bien que le magasin s'était ouvert. Le gérant ne s'était donc a priori pas non plus absenté. Sans compter que la lumière était toujours allumée à l'intérieur. Ca puait littéralement. Même s'il avait dû abandonner sa boutique précipitamment, le gérant aurait pris la peine de l'éteindre dans la foulée. Il rentra à nouveau, et fit quelques pas vers le comptoir. Il se pencha par-dessus, et eut un hoquet de surprise. Un macchabée se trouvait là, la tête dégommée par un impact de balle. Probablement le gérant-homme à tout faire, au vu de sa salopette tâchée d'huile. Par réflexe, Elvish se signa. Vieille habitude. Il eut un frison. Il fit demi-tour, et sortit une nouvelle fois. Le crépuscule déclinait avec le soleil. On en était à cette période de la soirée où il ne fait pas vraiment nuit, mais durant laquelle la visibilité commençait à diminuer, comme si tout se nimbait de brouillard. Il fit quelques pas en direction de sa bécane, et s'arrêta net. Il se retourna lentement. Devant la porte de la petite boutique qu'il venait de quitter se tenait une patate vêtue de vêtements sombres, tirant sur le gris. Comme s'il cherchait à se fondre dans cette période de la nuit. Sans dire mot, l'inconnu pivota légèrement son poignet. Déchirant l'obscurité naissante, les phares d'un camion passant par-là virent reluire un sabre, sur lequel se lisaient les lettres "Bladeninja". Elvish acquiesça.
Il se retourna à nouveau, jusqu'à sa bécane. Sur le flanc était attaché un vieux fourreau contenant lui aussi un sabre de bonne facture. Offert par izno en personne, longtemps auparavant. "T'as passé l'âge de jouer avec un sabre en bois", lui avait-il dit. "Pas pour tuer. Juste impressionner", avait précisé son ancien mentor. Ce sabre risquait fort de désobéir à cette règle. Sans montrer signe d'inquiétude, il revint sur ses pas, sabre au clair, face à son adversaire. Ils se dévisagèrent. Aucun ne parlait. Tout était convenu, d'un simple regard. Il se mit en garde, les deux mains sur le pommeau de la lame. Tout disparut alors. Qui était cette patate? Pourquoi le défiait-elle? Peu importait. Seuls restaient deux sabres. Deux larmes à l'aube de la nuit, et le sang qui serait versé.
"Bladeninja" attaqua le premier, frappant de taille, de haut en bas. Elvish se contenta d'esquiver d'un pas souple, avant de riposter exactement de la même manière. L'autre esquiva de même. L'autre enchaîna en frappant de traverse. L'ancien biker évita le coup d'un bond, mais déjà l'autre frappait d'estoc. En glissant légèrement sur le côté, Elvish fit un tour sur lui-même, évitant ainsi le coup, et se retrouvant quasiment au corps à corps. Il décocha un petit coup de coude à l'oreille de son adversaire, qui accusa le coup et riposta avec son genou. Elvish dut absorber le coup et fut contraint à reculer. A son tour, il frappa de la pointe de son arme, et son adversaire son contenta lui de bondir avec une vélocité assez impressionnante vers l'arrière, sans remiser. C'était un round d'observation, et ils le savaient. Une sorte d'accord mutuel les unissait dans ce combat. Il ne débuterait que d'un commun accord, une fois que tous deux se seraient jaugés. Elvish se replaça, tenant toujours son arme à deux mains.
A son tour Bladeninja attaqua, avec un coup en diagonale qu'Elvish n'eut aucun mal à parer en mettant sa propre lame en opposition, d'une seule main, cette fois. La droite. Leurs regards se croisèrent. L'espace d'un instant, les deux combattants ne furent qu'un. Il y eut comme un éclair. Ca y était.
Il prit les devants. D'un geste circulaire, il rabaissa la lame de son adversaire qui tinta contre le sol, puis, avant que Bladeninja n'aie le temps de la remonter pour se préparer à frapper, misa sur la vitesse, et, d'un mouvement disgracieux, un peu à la manière d'un golfeur qui fait un swing bâtard, ramena sa lame juste au-dessus de son épaule gauche, effleurant au passage de la pointe de sa lame une longue ligne diagonale sur le corps de l'adversaire, pour replacer sa main gauche au niveau de la partie inférieure du pommeau, et, d'un geste de les manieurs de sabre connaissent bien, fit levier avec son petit doigt gauche pour frapper de taille avec une puissance spectaculaire. Son adversaire eut tout juste le temps de parer en opposant sa lame et en faisant un pas de côté pour se sortir de la trajectoire de la lame, mais fut déstabilisé par la violence de l'impact. Elvish venait de créer la faille. Et, telle la neige sous pression, s'y engouffra. Ce fut l'avalanche. Il frappa cinq fois de taille, tantôt à la verticale, tantôt à l'horizontale. Mais chaque fois, Bladeninja paraît en se sauvant à chaque fois de justesse d'un déséquilibre synonyme de mort... Puis l'adversaire esquiva son dernier coup, ayant analysé sa façon de frapper, et passa sur le côté pour lui assener un coup de pied latéral dans les côtes. L'ex-biker fut contraient d'arrêter de frapper.
A son tour, Bladeninja passa à l'offensive. Elvish esquiva une première fois un coup de taille vertical sans remiser. Durant une fraction de seconde qui lui sembla durer une heure, il vit son adversaire armer son arme pour frapper à l'horizontale. S'il avait été super rapide, il l'aurait frappé à ce moment-là. Mais il ne l'était pas. Il se souvint alors de la base. L'attaque dans l'attaque. Il para le coup, mais plutôt que de simplement mettre son arme en opposition, fit le choix de frapper littéralement la lame de l'adversaire. Le choc fut terrible. Bladeninja vit sa lame éjectée un peu plus loin. Plutôt que de commettre l'erreur d'essayer de la récupérer, il s'accrocha à Elvish. Au corps à corps, il ne pouvait pas frapper de son sabre. C'était bien vu.
Elvish prit alors le parti de se serrer encore plus à son adversaire. Ainsi, celui-ci, malgré quelques tentatives, ne pouvait pas le frapper de ses coudes et genoux. Puis Elvish fit pivoter discrètement sa longue lame dans sa main. Puis, avec une vélocité redoutable, s'empara de la lame avec sa seconde main, et fit mine de se faire hara-kiri, Bladeninja étant interposé. Au dernier moment, il lâcha tout et tomba en arrière pour rouler sur le côté. Son adversaire était transpercé par sa lame, et le regardait d'un air pantois. Elvish soupira. Il avait gagné. L'autre tomba, sans vie, à plat ventre. Elvish récupéra sa propre lame.
Il l'essuya, puis, indifférent à toute notion du temps, il alla enterrer le corps de son adversaire dans la terre meuble du désert, ainsi que ce pauvre gérant de station-service qui ne demandait rien à personne. Lorsqu'il eut fini, le jour se levait déjà. Il avait grand besoin de sommeil. Plus tard. Il ressentait les signes de la fatigue avancée. Il se sentait euphorique. Pour rien. Le prochain stade serait celui de la paranoïa, et il espérait ne pas aller jusque-là. Il repartit vers le village, une ou deux côtes flottantes en miettes. Il ne vit pas que, du toit du magasin, une femme l'observait. Il ne la vit pas murmurer au vent, pas plus qu'il ne l'entendit. "Rendez-vous très bientôt, Elvish."

Après s'être renseigné, Elvish arriva devant la porte de la maison de l'ermite une heure après son éprouvant combat. Sans frapper, prêt à se défendre en cas d'attaque, il ouvrit la porte à la volée. Il n'en pouvait plus. Le spectacle qu'il découvrit l'étonna, mais il était trop fatigué pour montrer le moindre signe de surprise. Un type qu'il connaissait baignait dans son propre sang, salement amoché. "Alors c'est toi l'Alchimiste?", dit simplement Elvish.
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