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Lecture d'un chapitre



Lecture du chapitre 1
Nom de l'œuvre : Le Chant de l'Aube [concours Let's Go] Nom du chapitre : Rencontre
Écrit par FeelReal Chapitre publié le : 31/10/2018 à 15:24
Œuvre lue 334 fois Dernière édition le : 13/1/2019 à 02:46
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Au sein d’un vaste paysage de verdures et de prairies, aux abords de la belle cité de Céladopole, Pikachu est couché sur un gazon fleuri. Pensif et songeur, il se souvient de ses jours d’antan passés dans la Forêt de Jade auprès de ses pairs ; il se rappelle de la vie sylvestre, de la douceur des jours ensoleillés dans les branchages feuillus, et de la chaleur des soirs illuminés par les rayons du couchant qu’il contemplait depuis la cime des arbres en compagnie de ses semblables. Ce foyer primitif, ce vécu, cette existence de quiétude et d’harmonie lui semblaient à présent bien lointains. Lointains comme l’écho qu’on entend dans un songe et qu’on oublie au réveil, le vague à l’âme.

Ainsi défilaient les souvenirs de Pikachu sur le fond bleu du ciel dans lequel ses yeux étaient plongés. « Si proche… et pourtant déjà si lointain », se murmure Pikachu avec un brin de nostalgie et un avant-goût d’amertume en émergeant peu à peu de sa rêverie. Cette rêverie était si intense qu’il avait à présent le sentiment d’être étranger à cet étrange monde qui se profilait tout autour de lui. Reprenant ses esprits, il se redressa sur ses pattes et promena un regard appesanti aux alentours.

C’était un beau jour paisible et ensoleillé d’une fin d’été ; l’immensité du ciel bleu s’étirait avec une admirable clarté jusque l’horizon ; quelques Roucoups, en plein essor, semblaient fendre les nuages éparses de leurs ailes en les déployant vers le soleil. À l’azur céleste, répondait la verdure champêtre avec non moins de vivacité en étalant prairies, collines, champs fleuris de lavande, et landes boisées à perte de vue. Un troupeau de Wattouat en pâturage avançait d’un pas tranquille en broutant dans les prés ; au loin, un train qui avait quitté Safrania faisait retentir son sifflement à travers les espaces avec un long et lointain mugissement qui, ajouté aux doux bêlements des Wattouat, complétait ce tableau d’une exquise sérénité. La route principale qui reliait Safrania à Céladopole cheminait à travers ce décor.

La grande place devant la porte principale de Céladopole était vivement animée ; des voyageurs, des pèlerins, des jeunes dresseurs s’y pressaient, s’en allaient et s’en revenaient ; des compagnons passaient, les bras les uns sur les autres, en chantant des refrains de victoire accompagnés de leurs pokémons. Là-bas, sur le pas de la grande porte, un jeune Topdresseur y attendait sa bien-aimée ; et là encore, un père, tout sourire, entraînait son fils qui venait de recevoir un Caninos, et lui enseignait les rudiments des liens entre pokémons et dresseurs. C’était un entrain, une vivacité, un enthousiasme, une ivresse enjouée qui se lisait sur tous les visages. À ce spectacle, Pikachu détourna les yeux et s’en alla.

Voilà maintenant quelques saisons et plusieurs lunes que Pikachu menait vie sauvage dans ce havre de tranquillité en pleine nature, en périphérie de Céladopole. Il nichait sur une colline qui surplombait en hauteur les autres par un arbre en son sommet ; c’était un immense cerisier dans lequel Pikachu avait élu domicile ; il s’abritait à mi-hauteur dans un creux du tronc d’arbre aménagé par ses soins ; et stockait baies, graines, noix et autres fruits secs dans un autre creux. De nature naïve et contemplative, il passait ses nuits et ses jours dans de profondes rêveries solitaires, et la vue en hauteur depuis le sommet de son arbre lui donnait une vue imprenable sur le panorama nocturne de la citadelle illuminée de Céladopole.

À l’approche du soir, les Wattouat et les Écrémeuh regagnent leurs étables dans le petit village fermier annexé aux grandes villes par la route principale. Pikachu se rendit à l’étang en lisière du village ; et, après s’être abreuvé, il s’assit au bord de l’eau, face au coucher rougeoyant du soleil. Il écoutait le doux murmure des vagues et le frémissement des roseaux bercés par la brise marine provenant de Carmin-sur-Mer. Bientôt il n’entendit plus que le flop de l’eau causé par les Barloche qui remontaient lentement en surface puis replongeaient subitement. C’est alors qu’un profond sentiment de solitude s’empara de Pikachu. Une silhouette s’approcha de Pikachu et vint s’abreuver à l’étang, puis s’assit à son tour et regarda, elle aussi, droit devant. Le silence régna un instant. Les flots reflétaient la lueur faiblissante du couchant sur leur pelage.

« La tombée du soir se teinte toujours d’une étrange mélancolie, tu ne trouves pas ? » Ces quelques mots prononcés effarouchèrent Pikachu qui avait à peine remarqué la présence de son interlocuteur. Il tourna la tête et vit un Évoli. Ce dernier, assis et tourné vers Pikachu, la queue en lente ondulation, avait le poil soyeux et l’air guilleret ; il différait beaucoup des pokémon sauvages à l’état de nature, on devinait en lui un dressage méticuleux car il avait toute l’allure et la grâce d’un pokémon bien soigné. « Je t’ai recherché pendant si longtemps », reprit Évoli avec une douceur dans la voix. Notre naïf Pikachu devint alors pareil à ceux qui, ne comprenant pas ce qu’on leur a dit, restent étourdis et ne savent que répondre. Évoli sourit à cette réaction. « Pardon de t’avoir interrompu dans tes pensées, ce ne doit pas être tous les jours facile de flâner comme un Ramoloss au bord d’un étang sans Kokiyas, dit-il d’un ton taquin, à moins que tu ne sois en réalité... un Parecool ? — Je ne t’ai jamais vu par ici, dit enfin Pikachu avec réserve, mais tu me sembles étrangement familier, nous sommes-nous déjà croisés autre part ? — Jamais, reprit Évoli, c’est notre première rencontre, sache juste que je t’ai enfin trouvé. — Comment ça ? dit Pikachu crédule — C’est un secret, répondit Évoli, mais comme toi j’apprécie admirer le déclin du jour au couchant, l’air s’imprègne de solitude et la fraîche odeur du soir m’apaise, je me sens revivre… Pikachu, entends-tu pendant tes rêveries solitaires le message de l’au-delà ? — Il est dit que le crépuscule est un court instant qui relie ce monde à l’au-delà, dit Pikachu. Alors quand descend le soir au manteau noir, je m’assieds ici comme sur la plage de la vie et j’écoute le chant de la nuit, et parfois j’entends quelqu’un appeler depuis le village malgré l’heure tardive. Mais toi, tu viens de Céladopole, n’est-ce pas ? » Évoli acquiesça silencieusement d’un mouvement de tête, les yeux fixés au ciel.

La première étoile du soir apparaît. Vient l’heure où le Hoothoot hulule tête à l’envers depuis sa branche, l’heure où descend le Noarfang lorsque les Roucool sont réfugiés au nid, l’heure où dansent les Mystherbe au clair de lune dans les champs de lavande, accomplissant le solennel mystère de la fertilité. Voici venir la nuit où les hurlements lointains des Malosse retentissent dans les plaines. Pikachu et Évoli frissonnèrent de concert à l’écoute de ces hurlées. Pour une fois depuis longtemps, le sentiment de solitude de Pikachu s’était estompé, il y avait là, à côté de lui, un pokémon, ce mystérieux Évoli, qui semblait le comprendre et qui possédait en commun avec lui une certaine sensibilité du monde. C’est alors que plusieurs silhouettes se dérobèrent sous le bosquet derrière eux. Des grognements menaçants se firent entendre. L’air frais du soir bouillonna et devint fébrile.
« Oh, oh, que me vaut cette intrusion sur mon territoire ? » dit une voix grave sortant d’une gueule laissant échapper quelques lueurs de braises, et dont les naseaux enflammés exhalaient un souffle ardent. C’était un Démolosse en compagnie de sa meute de Malosse. « Il ne me semblait pas que des Caninos avaient défini l’étang comme étant leur terrain, dit Pikachu d’un air indolent. — Silence, insolent ! grogna le Démolosse. Tu nous prends pour des Caninos ? Sur l’honneur et la souche de ma lignée, je ne laisserai pas passer cet affront !  — Et quel intérêt pour vous de vous approprier un point d’eau qui appartient à tous alors que vous êtes de type Feu ? » continua Pikachu insouciant. Évoli pouffa de rire à cette remarque soulignée par la nonchalance de Pikachu en situation de tension. « Eh bien, reprit le Démolosse plein de hargne, ce n’est pas comme si nous étions condamnés à ne jamais apaiser notre soif, disons que si trop d’eau éteint le feu, un peu d’eau le ravive ; et de ce feu ravivé, prépare-toi à en faire les frais, en garde ! Laissez-moi, vous autres, je m’en charge à moi seul ! » Les Malosse reculèrent et s’assirent en ligne, laissant leur meneur se livrer à un combat d’honneur. Pikachu et Évoli se murmurèrent à l’oreille. Le Démolosse plein de ruse s’avança satisfait. « Ouais ! se dit-il à part tout bas, enfin un combat depuis le temps ! Voilà de quoi mettre un peu mes aptitudes en pratique ! D’abord la conquête d’un nouveau territoire, ensuite un combat que je remporterai aisément. De temps en temps il faut se faire respecter de la meute en leur montrant l’autorité qu’un vrai chef doit soutenir. »
Puis il reprit plus haut : « En garde ! Sachez tous que je fais payer non seulement l’intrusion mais aussi l’insolence ! Mais étant de nature noble et généreuse je laisse toujours au parti adverse une vaine initiative de me toucher ! — C’est parti ! Évoli, n’oublie pas ta botte imparable ! » lança Pikachu alors qu’ils foncent droit sur le Démolosse. Ce dernier, tout réjoui et fort d’une grande expérience au combat, anticipe une offensive possible parmi Éclair, Charge ou Vive-Attaque ; dans tous les cas, il réussirait à esquiver, c’était certain. C’est alors que Pikachu et Évoli s’arrêtèrent brusquement à mi-course. L’un lance un pitoyable Mimi-Queue, l’autre lance Charme avec, à la vérité, un bien piètre charme. À cette vue, le Démolosse et ses sbires s’écroulèrent non pas vaincus, mais par exaspération inattendue. Pikachu et Évoli prirent promptement la fuite.

Arrivés à la colline, au pied de l’arbre de Pikachu, nos deux intrépides alliés s’esclaffaient de rire quant à ce combat qu’ils ont feinté de mener pour mieux fuir. « C’est donc ici que tu vis ? dit Évoli — Oui, grimpons jusque tout en haut », dit Pikachu. Sur la cime de l’arbre, ils s’allongèrent sur les touffes de feuilles charnues que soutiennent les hautes branches, et contemplèrent le ciel clairsemé d’étoiles. « Tu sais… je dois t’admettre que je n’ai jamais été doué pour le combat, dit Pikachu — Mais il faut bien admettre que tu es doué pour lancer des Mimi-Queue, dit Évoli d’un ton plaisantin, on voit que t’en es pas à ton premier coup d’essai et c’est même probablement ton coup fétiche ! – Et de ton Charme, qu’en est-il ? dit Pikachu, si ça n’est pas non plus ton coup favori, je suis prêt à oublier Mimi-Queue pour que tu me l’apprennes. » Ils se regardèrent et rirent de bon cœur. Le croissant de lune s’affina et jeta dans leurs yeux quelques rayons qui scintillèrent dans leur regard. « Regarde par là-bas, dit Pikachu en montrant Céladopole, la ville de nuit, comme c’est beau... — Oh oui, c’est ma ville natale, mais c’est la première fois que je la vois aussi distinctement avec un tel recul... mais toi, d’où viens-tu ? — C’est une longue histoire, reprit Pikachu, je viens d’une forêt assez lointaine ; j’en ai été séparé lorsque j’ai rencontré un dresseur, mais me voilà aujourd’hui ici et sans attache. — Il t’aurait donc abandonné ? dit Évoli. — Il faut bien le croire ; j’étais pourtant son seul pokémon. Mais peut-être n’en voulait-il plus d’un pokémon incompétent au combat... et toi, Évoli, ton maître qui habite Céladopole, ne s’inquiète-t-il pas pour toi ? — Sans doute... » répondit Évoli, mélancolique, les yeux fixés au loin sur la citadelle illuminée. Une douce brise souffla légèrement sur leur pelage, faisant frémir au passage les feuillages. Pikachu regardait Évoli, celui-ci, les oreilles bercés par le vent, avait maintenant presque l’air irréel, comme ceux que l’on aperçoit dans un mirage prêt de se dissiper à tout moment. « Quelle nuit riche d’émotions », pensa Pikachu ; le sentiment de solitude brisé, il aurait voulu que cet instant durât à tout jamais ; mais étant dans la nuit, il craignit que tout ceci ne soit qu’un songe trop vraisemblable. « Je vais devoir y aller » dit Évoli. Pikachu se redressa. « Nous reverrons-nous ? dit Pikachu — Oui, peut-être, dit Évoli d’un ton taquin. Tu me retrouveras au coucher du soleil, à l’étang, là où nous nous sommes rencontrés. » Évoli descendit au pied de l’arbre, et leva les yeux vers Pikachu qui était toujours perché en haut. « Notre rencontre au souffle faiblissant de l’été, sera une amitié encore plus belle quand nous nous reverrons, bonne nuit Pikachu, à bientôt ! »

Et il partit. Sa silhouette s’effaça bien vite dans la pénombre. Pikachu resta planté un moment au sommet de son arbre ; il regarda tour à tour le ciel, la plaine, la citadelle lumineuse, puis le village paisiblement endormi. La somnolence s’immisça progressivement sur ses paupières, il s’en rentra nicher au creux de son arbre. À peine eut-il bu les premières gorgées de sommeil qu’il se retrouva transporté, happé dans un rêve. Et pendant toute le reste de la nuit, il revécut longuement la rencontre de son dresseur, son voyage passé auprès de lui, jusqu’au jour fatidique de la séparation.
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