Navigation : Passlord > FanFics
[FanFics] [Mes FanFics] [Rechercher] [FAQ] [Connectés]
[FanFics générales] [FanFics Pokémon]

Lecture d'un chapitre



Lecture du chapitre 2
Nom de l'œuvre : L'ultime voyage initiatique [concours Let's Go] Nom du chapitre : Ans 2 & 3
Écrit par ÉmeuriQ Chapitre publié le : 31/10/2018 à 21:20
Œuvre lue 103 fois Dernière édition le : 15/11/2018 à 20:08
[ Retour - Bas de page ]
An 2



Les deux dresseuses s’observaient l’une l’autre en silence. A leur côté, leurs Pokémon respectifs avaient les traits tendus, attendant patiemment l’ordre d’attaque qui les lancerait dans la bataille.

Le Pikachu de Laureline fit crépiter ses joues rouges d’un air menaçant tandis que le petit Evoli, le regard déterminé, essayait de faire bonne figure auprès de Clémence. Le Pokémon de type normal partait avec le handicap considérable de ne posséder aucune attaque à distance. Il allait falloir ruser pour gagner contre les assauts électriques de son adversaire. « Pikachu attaque éclair ! » s’écria soudain Laureline en pointant l’horizon du doigt comme c’était le rituel chez les dresseurs.

Aussitôt, le combat s’engagea. Clémence ordonna à Evoli d’esquiver la décharge électrique qui se dirigeait vers lui. Heureusement, malgré une date automnale plutôt avancée, il faisait particulièrement chaud aujourd’hui. Le sol, sec au point d’en être cassant sous les pattes, se révéla peu adapté pour conduire le courant électrique et l’attaque perdit rapidement force et vitesse avant d’aller mourir en grésillant contre le mur de la Centrale Electrique désaffectée qui se trouvait non loin.

Profitant de ce premier échec, Evoli tenta une vive-attaque. Se précipitant contre son adversaire, il cogna tête la première dans la partie molle du ventre de Pikachu. Déséquilibré, le Pokémon électrique réussit néanmoins à ne pas tomber.

« Bien joué, Evoli ! Et maintenant, attaque griffure !
- Ne te laisse pas avoir, Pikachu. Toi aussi tu peux utiliser la vitesse à ton avantage. Reflet !! »

Toutes griffes dehors, les pattes d’Evoli ne réussirent qu’à déchirer l’image rémanente de son adversaire qui se trouvait déjà deux mètres plus loin, préparant sa prochaine attaque.
« Pikapiiiiii !! » cria le Pokémon en invoquant la foudre. Malgré la présence de la Centrale qui amplifiait ses pouvoirs, le ciel dégagé ne permit pas à Pikachu de générer un puissant éclair. Par conséquent, la colonne d’électricité statique qui s’abattit sur le terrain en soulevant un peu de poussière ne fut guère impressionnante. Néanmoins, l’attaque se révéla facilement manœuvrable et atteignit le flanc d’Evoli dont les poils se hérissèrent, lui donnant l’aspect d’une boule pelucheuse.

« Tiens bon, Evoli ! l’encouragea Clémence. S’il en est réduit à appeler le tonnerre à l’aide, c’est qu’il ne doit plus avoir beaucoup de jus en lui. Charge-le de toutes tes forces. »
Secouant la tête pour se remettre d’aplomb, la petite créature marron se précipita sur son adversaire. Mais le Pokémon de Laureline avait mis à profit ce laps de temps pour se mettre en position et prévoir sa riposte : planté sur ses quatre membres, il attendait de pied ferme qu’Evoli vienne à sa rencontre.

Le choc fut brutal : les muscles des deux Pokémon étaient mis à rude épreuve mais aucun ne voulait céder une once de terrain. Tête contre tête, le premier qui montrerait un signe de faiblesse serait terrassé.

« Pika !
- Evoo Evoli !
- Pipi Kaka. »

Décontenancé par ce concours de blague nulle que Pikachu venait de remporter haut la patte, Evoli chuta sur ses genoux antérieurs. Son adversaire en profita pour le saisir à la taille et, dans une prise de souplesse digne d’un Pikachu Catcheur professionnel, projeta violemment Evoli sur le dos. Il y eut un grésillement et les joues rouges du Pokémon s’illuminèrent.
« Piiiiiii… kaaaaa... chuuuuu ! »

Prise de plein fouet, la décharge parcourut le corps d’Evoli qui se contorsionna en hululant de douleur. Lorsque l’éblouissante lueur se fut dissipée, Clémence découvrit avec consternation son Evoli en train de convulser tandis que Pikachu s’en retournait joyeusement auprès de sa dresseuse qui bondissait de joie.
« Youpi ! Bravo Pikachu, t’es le meilleur ! »

Soudain le Pikachu se figea, les oreilles et la queue dressées comme s’il avait entendu quelque chose. Puis, sans prévenir, il se mit à rayonner. Il était en train d’évoluer !
« Ah non ! Hors de question ! » s’exclama Laureline en se hâtant vers son protégé.
La dresseuse tenait dans sa main un petit objet rond qu’elle appliqua sur ce qui devait être le front de la boule lumineuse. Peu à peu la lumière se résorba sur elle-même et la silhouette jaune de Pikachu réapparut comme si de rien était.

« Fiouuu ! Saleté de Centrale Electrique. Avec ces Pierres Foudre qui jonchent le sol un peu partout on ne peut pas faire un pas sans être dérangée. La prochaine fois que tu m’invites à t’accompagner pour visiter un vieux bâtiment décrépi, rappelle-moi que j’ai cours d’aqua-Ponyta ce jour-là.
- Mais c’est un monument touristique vachement reconnu. Pas ma faute s’ils l’ont démantelé après l’abandon du Train Magnétique ! se défendit Clémence en désignant ledit monument en ruine près duquel s’était déroulé leur match. (Il n’y avait pas un Miaouss dans les environs.) C’est ta réaction que je ne comprends pas. Pourquoi utiliser une Pierre Stase pour empêcher Pikachu d’évoluer ?
- Tu sais très bien que j’aime les trucs mignons, moi ! répondit son amie en gratouillant le ventre de son Pokémon qui rit aux éclats. S’il évoluait, il deviendrait trop lourd pour que je puisse le porter alors je préfère qu’il reste comme ça.
- Mouais... C’était un combat intéressant en tout cas. » déclara Clémence d’un ton neutre tout en faisant entrer Evoli dans sa Pokéball.

La jeune dresseuse soupira et passa une main sur sa nuque. Evidemment. A quoi s’attendait-elle à part un miracle ? Même contre une dresseuse aussi superficielle que Laureline qui privilégiait la beauté de ses Pokémon à la stratégie, la probabilité d’une victoire d’Evoli était quasi nulle. Malgré tout il avait incroyablement bien tenu face à son rival doté de pouvoirs redoutables, preuve que l'entraînement rigoureux qu’elle lui faisait suivre portait ses fruits.

Dans la vraie vie les Pokémon dit de type « Normal » n’avaient que peu de chance face à des adversaires typés. Rien à voir avec les jeux édulcorés auxquels elle jouait quand elle était gamine. Avec le recul, elle se demandait parfois comment les concepteurs de ces logiciels, distribués comme des petits pains dans les écoles de dressage, pouvaient penser qu’ils préparaient les jeunes générations à devenir dresseur ? En tout cas, si elle avait su dès le départ qu’Evoli serait si faible face à de nombreux types de Pokémon elle y aurait peut-être réfléchi à deux fois avant de le choisir comme Starter.

Pourtant le petit Pokémon présentait un intérêt tactique évident : ses nombreuses possibilités d’évolution. Tout en constituant son équipe, Clémence avait prévu de le faire évoluer dans le type qui la complèterait le mieux. Au vu du résultat de ce dernier combat, la dresseuse estimait que le temps d’assumer ce choix était bientôt venu.

Cela faisait plusieurs années qu’elle et son amie d’enfance, Laureline, parcouraient les routes de Kanto. Chacune de leur rencontre, au gré de leurs voyages, était ponctuée d’un match amical pour jauger leurs progrès respectifs. Car toutes deux partageaient le même but : affronter les champions d’arène et espérer un jour combattre la Ligue Indigo pour devenir Maître Pokémon. Avec 4 badges en poche sur les 8 requis Clémence était à mi-chemin d’assouvir ce rêve de petite fille.

Laureline, son Pikachu sur l’épaule, s’avança vers elle, la tirant de sa rêverie.
« Bon, eh bien tu me dois 12.500 ₽. Je ne sais vraiment pas pourquoi tu persistes à vouloir pitcher ton Evoli contre mon Pikachu. Tu n’arriveras jamais à me battre comme ça !
- Ne vends pas la peau du Chelours avant de l’avoir tué. » plaisanta Clémence en sortant l’argent de son portefeuille.
Ouille ! Il ne lui en restait plus que 13.600 pour finir le mois. Elle avait intérêt à trouver un ou deux gaspards du coin pour les racketter… Même si officiellement on appelait ça les défier en duel de Pokémon, cela avait au moins l’avantage d’être légal.

Après les plaisanteries et les adieux d’usage, les deux copines finirent par se séparer sur un dernier geste de la main. Laureline allait tenter sa chance à l’arène de Parmanie tandis que Clémence s’apprêtait à rejoindre Lavanville. De là, elle entamerait ce qu’elle espérait être une étape décisive de son voyage : gagner Carmin-Sur-Mer, bastion du célèbre Major Bob.

***


Il ne fallut que quelques heures de marche à Clémence pour arriver en vue de Lavanville. Le village, perdu dans une vallée reculée, respirait la quiétude. Ici, point de panneaux publicitaires pour vanter les mérites du nouveau PokédeXS Max+ ou de la toute dernière Pokémer2 dernier cri. Les rares affichettes aux couleurs passées collées au mur ventaient plutôt les prochains évènements organisés par la communauté et les villages alentours comme la foire au taurocisson ou le spectacle musical de Monsieur Fuji.

Seule ombre à ce tableau bucolique d’un Kanto profond, la Tour Radio dont la pointe s’élevait haut dans le ciel, projetait sa silhouette métallique sur les contreforts rocheux des montagnes qui ceinturaient Lavanville.

En passant à côté de ce titan de fer, Clémence remarqua à peine les subtils changements opérés depuis son premier passage, quelques mois plus tôt. La Tour avait été repeinte dans une teinte plus sobre. Elle qui autrefois arborait des tons bleu vert était maintenant d’un gris sépulcral, comme le signe d’un orage approchant. Le logo du Front des Pokémon était floqué sur sa façade.

Son iPok vissé sur les oreilles, la dresseuse écoutait d’ailleurs la station 151, radio officielle du parti au pouvoir. Et la seule radio d’informations autorisée à Kanto.
Au départ, elle avait trouvé inquiétant de voir les différents canaux fermer un à un. Mais après réflexion, avec toutes ces histoires d’infox, de théories conspirationnistes et d’informations contradictoires avec lesquelles le monde avait été abreuvé ces dernières années, n’était-il pas préférable de confier ce genre de choses à un organe compétent pour contrôler ce qui était dit ? De plus, la radio diffusait même les chansons de son groupe préféré : Bird Jesus Resurrection. De quoi pouvait-on se plaindre ?

Arrivée au Centre Pokémon, elle confia ses six compagnons au réceptionniste puis se dirigea vers le buraliste dont la boutique était adjacente au Centre. Sa défaite cuisante contre Laureline l’avait bien fait réfléchir. Son équipe était presque intégralement constituée et il était grand temps de donner à Evoli le coup de pouce qui lui permettrait de se hisser au niveau de Pikachu.

« Bonjour, dit-elle au vendeur séduisant qui lui souriait poliment. Est-ce que vous auriez des pierres évolutives par hasard ?
- Bien sûr, mademoiselle ! Laquelle vous faudrait-il ? Feu, Eau, Plante, Foudre… Nous avons même un petit stock de Pierre Lune si vous le souhaitez.
- Mh, je n’y crois pas trop mais je cherchais plutôt un éclat de Pierre Mousse. J’ai une amie à qui j’aimerais bien montrer qu’elle n’est pas la seule à pouvoir prétendre à la Ligue Indigo. »

L’homme hésita un instant. Il se gratta la nuque et son regard alla se perdre vers la Grand-Place où dresseurs et Pokémon se détendaient paisiblement. Puis il prit un air de conspirateur en se penchant sur la jeune femme.

« Il m’en reste bien une pour vous dire la vérité, mais c’est une pièce plutôt rare ces derniers temps. Probablement qu’il ne doit plus en rester nulle part ailleurs et mes fournisseurs ont un mal fou à les faire passer à la douane à cause des nouvelles taxes sur les produits étrangers. Si je vous la laisse il faudra la payer au prix fort, j’en ai peur.
- Combien ? » s’enquit Clémence.
Le commerçant la reluqua de la tête aux pieds.
« Vous avez combien sur vous ? »

Après plusieurs minutes d’un marchandage acharné avec le satané vendeur, Clémence s’en tira pour 10.000 ₽ et l’inscription de sa Carte Dresseur à une base de données publicitaire. Elle n’aimait pas trop confier ses informations personnelles à la Big Data, encore moins depuis les nombreuses affaires qui avaient affecté des réseaux sociaux populaires comme Pokésnap ou Rwoucwouler ; mais si elle devait recevoir un ou deux spams de plus dans son Navigateur Pokémon pour enfin rabattre son caquet à Laureline, cela en valait certainement la peine.

Avec l’embargo sur les produits importés d’Alola et les lourdes taxes qui venaient d’être instaurées sur les objets des autres régions, notamment en réponse à la mise en place d’une taxe similaire à Hoenn, le commerce de Kanto se trouvait réduit à tourner en vase clos. La jeune dresseuse avait donc eu un énorme coup de bol en dénichant cet éclat de Pierre Mousse, objet qui n’existait pas à l’état naturel dans la région.

En regardant sa montre, Clémence se rendit compte que ses Pokémon devaient être prêts. De retour au Centre Pokémon, elle fouilla dans son sac à dos pour sortir un billet de 60 ₽ qu’elle tendit au réceptionniste qui l’avait accueillie un peu plus tôt. Elle soupira en regardant son portefeuille désormais quasiment vide.

Quand elle était petite, un gouvernement quelconque avait fini par privatiser les Centres, arguant que le trou dans le budget aux soins des Pokémon était devenu tellement conséquent qu’il risquait de déstabiliser le pays. Evidemment beaucoup d’éleveurs, de dresseurs et d’infirmières Joëlle avaient manifesté leur mécontentement face à cette réforme qu’ils jugeaient injuste et défavorisait les catégories les plus pauvres de la population.

Mais le pouvoir en place avait tenu bon en promettant que le jeu de la concurrence ne serait que bénéfique pour la qualité des soins et que les prix pratiqués resteraient plafonnés à un seuil acceptable. Bien sûr, l’Etat était resté sans réponse quand on lui avait rétorqué que les prix ne pouvaient pas être plus bas que… gratuit. Malgré toutes les promesses, les montants des soins n’avaient guère tardé à crever le plafond. Bientôt suivis de scandales sanitaires.

Ce n’était donc pas une nouveauté pour Clémence de payer afin de faire soigner ses Pokémon. Durant la campagne électorale, la dirigeante du Front des Pokémon avait accusé les tenants de ce genre de politique libérale d’avoir pris en otage les dresseurs et de les asphyxier avec des prix prohibitifs. Pour ces politiciens véreux, si on n’arrivait pas à payer, c’est que l’on était trop fainéant pour être dresseur et qu’il valait mieux réorienter sa vie professionnelle. Après tout, avec ces milliers de jeunes qui rêvaient d’être Maître Pokémon, le travail dans les autres secteurs d’activité ne manquait pas. Il suffisait quasiment de traverser la rue pour en trouver. Une vision insoutenable pour de nombreux dresseurs que le FdP avait parfaitement exploitée.

Si les prix des Centres Pokémon avaient bel et bien baissé depuis deux ans que la nouvelle dirigeante de Kanto était au pouvoir, la gratuité n’avait jamais été rétablie. Au début, lorsqu’on interrogeait la chef de l’Etat sur ce sujet, elle invoquait un impératif budgétaire temporaire. Puis, au fur et à mesure que les différents médias avaient mis la clé sous la porte, les questions à ce sujet s’étaient taries. Aujourd’hui il était devenu tout à fait normal de payer un montant forfaitaire pour faire soigner ses Pokémon. Et puis, 10 ₽ par tête ce n’était pas si cher, n’est-ce pas ?

Clémence fit immédiatement sortir son Evoli de sa Pokéball pour inspecter l’état du petit Pokémon. La baisse de qualité des soins post-privatisation des Centres avait habitué les dresseurs à ce genre d’examen. Même si la situation s’était bien améliorée depuis l’arrivée du Front des Pokémon au gouvernement, la jeune dresseuse préférait s’assurer que tout allait bien.

« Allez, mon gros. Viens par ici, j’ai une surprise pour toi. »
Le petit Pokémon pelucheux leva vers sa dresseuse ses grands yeux sombres. Il avait l’air d’aller bien mieux depuis son électrocution par Pikachu. A peine quelques points un peu plus foncés tachetaient son pelage.
« Evo !
- Regarde donc ce que j’ai là, dit fièrement Clémence en lui agitant l’éclat de Pierre Mousse sous le museau. Grâce à ça, tu vas mettre la misère à Pikachu ! »

Evoli renifla le caillou d’un air dubitatif. Sa queue fouettait l’air nonchalamment, comme s’il ne comprenait pas vraiment ce que sa dresseuse voulait dire par là.
« Evo ? »
Il y eut une aveuglante lumière et le corps d’Evoli sembla s’embraser.


An 3



« Pow pow pow ! Qui c’est l’papa ? » s’écria Clémence en repoussant joyeusement les portes de l’arène d’Azuria, le badge Cascade accroché à son t-shirt.
Quelques badauds tournèrent la tête vers la jeune dresseuse avant de reprendre le paisible train-train de leur vie quotidienne. Malgré le manque d’enthousiasme flagrant de la populace locale, Clémence ne put s’empêcher d’esquisser quelques petits pas de danse. Si on connaissait un tant soit peu la jeune fille, on pouvait aisément deviner la raison de son irrépressible joie et le besoin de la communiquer au monde extérieur. En obtenant son 6ème badge, elle venait de faire un pas de plus en direction de son rêve : devenir Maître Pokémon de la Ligue Indigo.

Tout en sautillant gaiement, ses lèvres sifflotaient le refrain de Oh ! Praise The Helix !, sa chanson préférée. Grâce à Phyllali elle n’avait fait qu’une bouchée de la championne d’arène et le prochain sur la liste : Pierre d’Argenta n’avait qu’à bien se tenir. Si ses combats continuaient à n’être que des formalités elle allait finir par devancer sa copine, Laureline, qui, aux dernières nouvelles, n’avait pas encore gagné son 7ème badge.

Toutefois, il ne fallait pas vendre la peau du Chelours avant de l’avoir tué. Car le chemin vers Argenta était long et réputé difficile. Le Mont Sélénite qui séparait les Routes 3 et 4 était un point particulièrement sensible. Le plus dur serait d’affronter la tonne de Nosferapti qui attaquait sans relâche les dresseurs inexpérimentés. Avec tous ces Pokémon Exotiques qui se pressaient à la limite de leur territoire, les habitants de la grotte étaient bien plus agités qu’auparavant. La rumeur voulait qu’on ne puisse pas faire plus de 10 pas sans littéralement marcher sur un Racaillou mécontent.

Heureusement, cela n’inquiétait pas outre mesure Clémence qui saurait certainement se débrouiller sans être trop ennuyée. Du moins en théorie. Car à peine était-elle arrivée en vue de la célèbre grotte que trois ombres surgirent soudain des fourrés et l’encerclèrent d’un air menaçant. La jeune femme porta la main à sa ceinture, là où pendaient les 6 Pokéballs de son équipe. Puis elle remarqua le brassard que les trois lugubres personnages portaient au bras.

« Unité volante des douanes rattachée à la Milice, mademoiselle. Vos papiers, s’il vous plaît. » lui ordonna le plus grand des trois.
D’une main légèrement tremblante, Clémence tendit à l’homme sa Carte Dresseur qui l’homologuait au registre des éleveurs de Pokémon de Kanto. Les deux autres douaniers restèrent silencieux, légèrement en retrait mais leur arme de fonction bien visible sur le flanc ainsi que toute une rangée de Pokéballs marquées du logo du Front des Pokémon.

Laureline n’avait a priori rien à se reprocher. Elle avait juste été surprise par la manière et l’attitude dont on l’avait abordée. Elle ne risquait rien, évidemment. Elle suivait les règles fixées par le gouvernement et se tenait éloignée de toute activité suspecte. Elle ne ferait rien qui compromettrait ses chances de participer à la Ligue. Tout allait bien, oui. Tout allait bien…

L’homme en noir inséra la Carte Dresseur dans une machine portative qui émit toute une série de bip. Soudain, il leva ses yeux, deux billes grises aussi perçantes que des balles, et sembla fusiller Clémence du regard. « T… Tout va bien. » La petite voix rassurante dans la tête de la dresseuse se faisait de plus en plus lointaine.

« Bon, ça m’a l’air en ordre. » maugréa enfin le douanier après ce qui parut la plus longue minute de sa vie à la jeune fille.
Tout le monde se détendit. Visiblement soulagée mais le visage toujours blême, Clémence récupéra sa Carte.
« Vous comprenez, mademoiselle, ce n’est pas contre vous, continua l’homme en la lui tendant. Depuis quelques temps des petits malins essayent de contourner les postes frontières en passant par les tunnels. Ces foutus dresseurs étrangers n’ont aucun respect pour nos lois et essayent de faire passer en douce leurs sales Pokémon Exotiques sans les faire enregistrer dans le registre des Entrées/Sorties.
- P… Pourquoi font-ils ça ? » parvint à articuler Clémence qui ignorait que les dresseurs des autres régions devaient d’abord s’enregistrer avant de pouvoir passer la frontière.

L’homme haussa les épaules.
« Savoir, ce n’est pas mon boulot. »

***


Une quinzaine de jours plus tard, Clémence émergea enfin des tréfonds obscurs du Mont Sélénite. Accueillie par le soleil à son zénith, elle mit sa main en visière pour contempler le paysage champêtre qui se déroulait devant elle à perte de vue.
« Fiou ! Ce n’est pas trop tôt hein, Phyl ?
- Phyllaaaa ! » lui répondit le Pokémon plante en se frottant contre la jambe de sa dresseuse.

La caverne avait été plus éprouvante pour elle que pour lui car, s’il s’était occupé des nombreux Pokémon sauvages qui les avaient attaqués sans arrêt, la jeune fille avait dû, à ce qui lui semblait, faire jouer tous les muscles de son corps. Ça avait commencé par simplement monter et descendre plusieurs séries d’escaliers ou d’échelles mais, à mesure qu’elle s’enfonçait dans les boyaux pierreux, il avait fallu escalader des excroissances rocheuses ou longer des ravines sombres qui promettaient une longue et douloureuse chute aux imprudents. Et cela avec pour tout équipement qu’une simple lampe frontale et une poignée de Repousses Max Plus Ultra qui avaient rapidement montré leur limite quand un tourbillon de Nosferapti fou furieux avait poursuivi la dresseuse apeurée.

La jeune fille ne fut donc pas fâchée d’apercevoir un Centre Pokémon à une centaine de mètres de là. Elle zieuta néanmoins autour d’elle pour vérifier que des ombres inquiétantes ne se dissimulaient pas derrière un arbre ou un bosquet pour la surprendre à nouveau. Comme le chemin paraissait dégagé, elle s’y rendit sans s’attarder.

« Bonjour, salua-t-elle l’homme en blouse qui se tenait derrière le comptoir. Je voudrais soigner mon équipe Pokémon. »
D’une quarantaine d’années avec de grosses lunettes rondes et une ceinture parvenant avec peine à contenir son ventre proéminent, l’homme acquiesça en posant les 6 Pokéballs de la dresseuse sur la machine de diagnostic automatisé.

Comme à son habitude, Clémence en profita pour sortir un billet de 60 de son sac et le lui tendit. Elle le vit froncer les sourcils alors qu’il regardait les analyses s’afficher sur son écran.
« Désolé mais ça fera 1.050 ₽, mademoiselle.
- 1.050 ??? s’écria la jeune fille médusée. Mais j’en ai toujours payé 60 pour 6 Pokémon…
- Je comprends, fit le réceptionniste en pianotant sur son ordinateur sans la regarder. Mais d’après ce que je vois là, vous avez un Phyllali dans votre équipe. Les soins pour les Pokémon non originaires de Kanto ne sont plus subventionnés par l’Etat.
- Quoi ? Mais ça ne correspond même pas au reliquat du tiers payant. C’est délirant ce tarif ! » se défendit une Clémence scandalisée.
L’homme haussa les épaules.
« Maintenant il y a une taxe sur les Pokémon Exotiques détenus par les dresseurs. C’est pour vous encourager à privilégier les Pokémon de notre belle région, vous comprenez ?
- Mais il n’a rien d’exotique ! Phyllali est un Pokémon originaire de Kanto. C’est le Professeur Chen qui me l’a donné quand ce n’était encore qu’un Evoli ! »

Le réceptionniste pencha la tête sur le côté, l’air amusé.
« Vous n’êtes pas au courant ? On n’arrête pas d’en parler sur FronTV. »
Du doigt le bonhomme pointa le téléviseur accroché à un pylône au-dessus de la salle d’attente. Une sueur froide roula le long du dos de la dresseuse.
« Le Professeur Samuel Chen a été appréhendé ce matin. »

Elle sentit sa mâchoire se détacher à mesure qu’elle regardait les images défiler sur l’écran. On y voyait des hommes vêtus de costumes sombres qui escortaient un professeur hagard, les mains menottées dans son dos. Sous les images défilait un texte indiquant : « LE PROFESSEUR CHEN PROFITAIT DE SON STATUT PRIVILÉGIÉ POUR INTRODUIRE ILLÉGALEMENT DES POKÉMON EXOTIQUES À KANTO. IL EST SOUPÇONNÉ D’AVOIR DISTRIBUÉ DES POKÉMON NON AUTORISÉS AUX DRESSEURS DONT IL AVAIT LA CHARGE. »

Le sol sembla se dérober sous ses pieds. C’était insensé. Comment pouvait-on penser que le très respecté Professeur Chen avait pu avoir la main dans un tel trafic ? C’était un malentendu, forcément. Le cœur au bord des lèvres, Clémence se retourna vers l’employé du Centre Pokémon.

« Ecoutez, l’implora-t-elle. Je comprends que vous puissiez avoir des doutes mais je vous garantis que tous mes Pokémon sont originaires de Kanto et n’ont jamais mis ne serait-ce que le bout du museau hors de la région depuis que je m’occupe d’eux.
- Je ne fais qu’appliquer la loi, s’entendit-elle répondre. (Cette fois il lui désigna une grande affiche sur le panneau des annonces.) Là-bas vous avez la liste des Pokémon homologués. Si votre Pokémon ne figure pas au registre du Pokédex Régional je ne peux pas le prendre en charge sans appliquer de taxe. »

Clémence s’approcha du tableau sur lequel étaient affichées de petites vignettes représentant des Pokémon, leur nom était inscrit en dessous de chaque image. Parmi elles on pouvait voir : Aquali, Voltali et… Pyroli. Tout comme trois autres des évolutions du petit Pokémon à fourrure, Phyllali ne figurait nulle part sur le graphique.

Ce n’était pas juste. Cela revenait à interdire d’avoir certains Pokémon même s’ils étaient nés et élevés à Kanto ! Certes elle avait eu recours à un objet qui ne se trouvait pas à l’état naturel dans la région, mais cela n’était pas prohibé à ce qu’elle en savait.

Un désespoir profond s’empara de la dresseuse impuissante. Qu’aurait-elle pu faire, d’ailleurs ? Le Front des Pokémon avait été élu sur la base de leurs promesses d’endiguer le flot tumultueux de Pokémon Exotiques qui menaçait l’écosystème de Kanto et de redonner aux Pokémon de la région la place qui leur revenait. Mais cela dépassait complètement les bornes. La population n’allait quand même pas accepter ça, si ?

« Alors, ce Pokémon Exotique ? appela l’homme de derrière son comptoir. Je vous le mets à part, ou vous désirez quand même le soigner ? »
Le cœur de Clémence se serra un instant.
« A part, s’il vous plaît. »
[ Chapitres : 1 2 3 | Retour | Haut de page ]