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Lecture d'un chapitre



Lecture du chapitre 4
Nom de l'œuvre : Eter City [Election - 2017] Nom du chapitre : Talk-Show
Écrit par Requiem Chapitre publié le : 18/6/2017 à 23:51
Œuvre lue 3569 fois Dernière édition le : 5/10/2017 à 16:19
Eter City
- Avant les évènements Soleil et Lune -


Séquence 02.04203 : Talk-Show


Bienvenue à Eter City, l’île où tous vos vices deviennent réalité ! Si j’avais été une agence de voyages, voilà le slogan avec lequel j’inviterais les plaisanciers à venir visiter l’île qui ne connait pour loi que celle imposée par le Syndicat des Team – organisation criminelle tentaculaire et mondiale – depuis deux décennies. Pas étonnant en même temps quand on connait l'histoire locale...

Cette île, dont la ville est nichée à l’intérieur même d’un volcan en semi-activité, est prise en étau entre Eternara à l’ouest, Papeloa au sud et l’archipel d’Alola à l’est. De fait, les gouvernements des trois régions ne sont jamais parvenus à un terrain d’entente pour savoir à qui reviendrait la gestion de l’île volcanique. Son isolation des terres soumises à la Convention des Ligues qui régit le monde actuel en fait donc un terreau fertile pour toute la racaille et autres rebuts de la société. C’est ici que les rejetés, les parias et les inadaptés sociaux finissent par échouer un jour ou l’autre. C’est dans ce trou infernal, au fond de ce volcan putride, que je me bats pour vivre depuis près de sept ans.

- Woush ! Tu m’écoutes, tête de lard ? Regarde-moi avant qu’je mette le bazar ! postillonne Skull avec sa tendance ridicule à parler en rime tout en m’envoyant sa canette de cola à la figure.

Je lève un œil ennuyé et grommèle un son inintelligible. Me couper en plein milieu de mes réflexions ce n’est jamais une bonne idée. Ça me met en boule. Mais faut pas que je m’énerve. C’est mauvais pour le transit. Skull – un pseudonyme qu'il utilise pour cacher notre véritable identité – est mon dernier dresseur en date. Je dis dresseur mais c’est plus une sorte de manager qui organise mes combats et empoche les gains une fois que j’ai étalé mon adversaire. Sa virulence est une excellente motivation pour me pousser à me défouler dans les combats mais ça fait bien longtemps que je n’ai pas eu de dresseur digne de ce nom pour élaborer des stratégies plus subtiles que, je cite, "tape-le jusqu'en faire d'la purée".

- Je préfère ça, reprend-t-il quand il croit avoir mon attention. Mais fais attention, si tu me cherches tu vas m’trouver. Et rapidement. Je n’ai pas oublié que t’as failli perdre ton match l’autre jour. Fais gaffe que je ne te vende pas à un de ces corniauds du Syndic’ des Team et que je m’achète un autre Po’mon un peu plus à ma mesure. Tu n’auras qu’à ramasser tes dents en épluchure.

Me vendre au Syndicat des Team et laisser filer tous les beaux biftons que je lui rapporte à chacune de mes victoires ? C’est ça. Skull est juste une petite frappe de bas étage qui a eu la chance de tomber sur le Galifeu aux œufs d’or. Il n’est pas près de me lâcher.

Ça fait presque une demi-heure que mon soi-disant dresseur essaye de m’intimider. Je sais que j’ai un peu merdé pendant mon combat contre le Tygnon. Mais bon, je l’ai étalé, non ? Alors pourquoi suis-je obligé d’écouter Skull me réprimander dans son horripilant argot lyrique ?

Nous sommes à la Fumerolle, une salle de jeux miteuse située au sommet du volcan qui abrite la ville d’Eter City. Skull vient chaque week-end y dépenser ses gains de la semaine. Mes gains.

L’établissement douteux – comme tous les établissements de l’île – appartient au Syndicat des Team. C’est dans un de ces bouis-bouis malfamés que les dresseurs déchus viennent se relaxer après un match de la Ligue Clandestine. Le truc, c’est que la Ligue Clandestine est organisée par ce même Syndicat qui emploie tous les moyens à sa disposition pour les pousser à jouer ou à consommer. Vous voyez le cercle vicieux se dessiner ?

- C’est vrai que le combat n’était pas facile et que tu lui as mis ton poing dans le mille, finit par ajouter Skull tout en tirant nonchalamment sur la manette d’une machine à sous. Z’ont mis le temps mais l’Syndic’ a fini par nous repérer à nous autres ici-bas. Il commence à t’envoyer des adversaires de plus en plus lèzeba. Pas de quoi perde le moral. C’est normal. Ça leur plait pas quand un Po’mon qui leur appartient pas rapporte un peu trop d’blé. Pour eux, t’es une vraie plaie.

Ça fait quelques temps que je participe à des combats de la Ligue Clandestine et que je remporte match sur match. On peut penser que ça nous permet de mener une relativement belle vie compte tenu des circonstances – modérée par les pertes générées par le faible de Skull pour les jeux de hasard. Mais parfois les conséquences de ces victoires sont pires que la défaite. Imaginez que vous dézinguez le chouchou d’un haut placé du Syndicat des Team. Combien de temps pensez-vous qu’il vous reste à vivre ? La bonne réponse est : pas beaucoup.

Ouais, ouais, Skull m’avait vaguement prévenu que le Tygnon était l’un de ces Pokémon élevés pour le combat. Mais je ne supporte pas de perdre. C’est physique. Mon égo m’a déjà joué des tours par le passé… à Hoenn par exemple. Ou à Alola. Que voulez-vous ? Il semblerait que je n’apprenne pas de mes erreurs. Sinon je ne serais pas coincé ici, dans le trou du cul du monde.

Aaah ! Qu’elle est loin l’époque où je faisais le tour des plateaux TV…

Sept ans plus tôt.

Autour de la présentatrice à l’air blasé gravite une impressionnante masse de maquilleuses, ingé-son et autres techniciens de plateau. On dirait une Apireine, entourée de ses Apitrini, qui se prépare à prendre son envol.

- Attention, on est à l’antenne dans trente secondes, prévient un assistant quelconque tandis que la reine se fait repoudrer le nez une dernière fois.

En quelques secondes il ne reste plus personne sur le plateau à l’exception de moi, la présentatrice, Païzanou et les autres invités.

- Trois… Deux… Un… C’est parti !

La journaliste au visage placide se métamorphose complètement quand un grand sourire armé de dents lumineuses vient éclairer son visage au teint parfaitement bronzé grâce à une plâtrée de maquillage. Elle braque ses grands yeux bleus sur la caméra en face d’elle.

- Bonjour, vous êtes sur Akala TV. Ici, Vahïna de l'émission Touche Pas à Mon Pokémon et je serai votre hôtesse pour la soirée. Laissez-moi sans plus attendre vous présenter nos prestigieux invités dont le fameux Professeur Chen venu nous parler des différences entre les Pokémon de notre région et les autres.
Sans oublier la nouvelle étoile montante de notre île, le jeune dresseur prodige Païzanou qui a vaincu hier notre bien aimé Doyen d’Akala. Il est accompagné de son Pokémon fétiche, le puissant Ahou. Nous évoquerons avec eux la suite de leurs aventures.
Et pour conclure ce journal en beauté, au sens propre comme au figuré, l'interview d'Elsa-Mina, héritière de la famille Æther, dont le projet de refuge pour Pokémon semble enfin se concrétiser après des années de bataille juridique avec le gouvernement pour obtenir le permis de construction d’une nouvelle île complètement artificielle dans l’archipel d’Alola.

Je n’écoute que d’une oreille. Mis à part mes propres exploits, toutes ces préoccupations humaines ne me concernent pas. D’une main distraite je caresse l’or de ma nouvelle ceinture de champion. J’ai mis mon plus beau slip, celui des grandes occasions.

Le Professeur Chen commence à expliquer les raisons de sa présence dans l’archipel mais ses mots me passent par-dessus la tête. J’espère que ça ne va pas durer des plombes. Ce n’est pas tous les jours que toute l’équipe d’un Doyen est battue par un seul Pokémon. Alors pourquoi perdre du temps avec ce type de Kanto ? Là-bas, le cou des Noadkoko n’est pas aussi étiré que ceux d’Alola. Et alors qu’est-ce qu’on s’en fout !?

A ma droite, Païzanou s’agite un peu. C’est la première fois qu’il passe à la télé et, pour un gamin de douze ans, ça doit être impressionnant. Tout à coup, la jeune femme que la journaliste a présenté comme étant Elsa-Mina Æther se penche vers mon dresseur et lui pose une main sur l’avant-bras.

- Ne sois pas si nerveux. Tout va bien se passer, lui chuchote-t-elle tout juste assez fort pour que je puisse l’entendre.

Sa voix est chaude. Mélodieuse. Son sourire attrayant. Ses yeux émeraude aux éclats d’or pétillent de malice. Avec sa taille de guêpe et sa longue chevelure blonde qui lui descend jusqu’aux reins elle doit être une humaine très séduisante. Je ne suis pas un expert mais à en juger par ses traits toujours épargnés des vicissitudes du temps, elle ne doit pas avoir plus de vingt ans. Seules ses prunelles d’une profondeur inouïe semblent démentir mon analyse.

- O… Oui… madame, répond Païzanou troublé par la vision de cet ange descendu du ciel.

Ça m’amuse de voir les premiers émois de mon jeune dresseur à peine pubère. Mais n’allez pas croire que je sois attaché au garçon. J’ai arrêté d’avoir des sentiments pour mes maîtres la première fois que j’ai été échangé, il y a très longtemps, quand j’étais encore un jeune Pokémon naïf.

Depuis cette époque, j’ai changé de mains plus de fois que je peux m'en souvenir avant d’atterrir dans celles de ce garçon. J’aurais préféré me débrouiller de manière autonome mais un Pokémon sans dresseur ne peut pas défier un Doyen. En attendant mieux, Païzanou me sert de faire-valoir. Je peux ainsi réaliser mes exploits et étaler ma gloire retrouvée à la face du monde.

- Merci pour votre intervention, Professeur Chen. J’espère que vous et votre cousin saurez percer le mystère des différences qui existent entre les Pokémon d’Alola et ceux des autres régions.

C’est l’adaptation. D’uh ! On ne peut survivre qu’en s’adaptant à son environnement. C’est pour ça que certains Pokémon ont été contraints d’évoluer différemment de leurs semblables. Les humains sont tellement stupides, eux et leurs mystères de la vie.

- Et maintenant, reprend la présentatrice en tournant son sourire faussement amical vers nous, parlons un peu du séisme qu’a provoqué la victoire d’un jeune dresseur encore inconnu hier contre Alyxia, l’un des quatre redoutables Doyens de l’archipel d’Alola. Païzanou, dites-nous en un peu plus sur vous et le lien qui vous unit à vos Pokémon !
- Je… m’appelle Païzanou Hawawa. J’ai douze ans et je suis dresseur de… Pokémon. J’aime mes Pokémon de tout mon cœur et c’est pour ça qu’ils sont les plus forts !

En mon for intérieur, je lève les yeux au ciel. JE suis le plus fort parce que JE tape le plus fort. Bien sûr avoir un dresseur instruit en matière de stratégie se révèle souvent un appui inestimable lors des affrontements les plus difficiles. Mais ne me faites pas rire, ce n’est pas l’amour d’un mioche de douze ans qui va m’apprendre comment gérer une situation de combat !

La présentatrice pose encore quelques questions sans intérêt à Païzanou puis son regard se porte enfin sur moi. Les choses sérieuses peuvent commencer.

- On ne présente plus Ahou, maintenant célèbre dans tout Akala pour avoir, à lui seul, battu toute l’équipe d’Alyxia. Reprenons un peu le parcours de cet extraordinaire Pokémon !
Mon image apparaît sur un grand écran derrière l’animatrice et une vidéo retraçant les moments forts de mes anciens combats se met à défiler.

« Le voyage extraordinaire d’Ahou commence il y a dix ans, quand son potentiel est repéré par un chasseur de tête. Il est alors racheté à son dresseur par l’écurie Pokémon de la Devon SARL.

Il voyage jusqu’à la région de Hoenn où il est suivi et entraîné par les meilleurs éleveurs Pokémon de la célèbre corporation. Après un parcours impeccable au championnat de la Ligue de Hoenn à Eternara, son équipe et lui échouent de peu à battre Maître Rochard lors d’un combat mémorable.

Eprouvé par la défaite, Ahou est mis à la retraite par la Devon SARL qu’il quitte pour être transféré à Alola, sa région d’origine, pour y passer des jours plus paisibles. Mais alors que ses jours de gloire semblent derrière lui, il tombe sur Païzanou. Tout de suite c’est le coup de foudre. Le Pokémon vétéran part à l’aventure avec son nouveau dresseur. On ne le sait pas encore mais le jeune garçon possède un talent singulier pour arriver à se faire obéir par un Pokémon de si haut niveau sans jamais avoir à prouver sa valeur dans les épreuves du Tour des Îles. En effet, alors que personne ne s’y attendait, Païzanou défie le Gardien de notre belle île d’Akala et emporte la victoire à la seule force des bras musclés de Ahou.

Une seule chose reste à se demander… Quel avenir pour ce couple talentueux ?
»

La vidéo s’arrête. Païzanou est ravi. La présentatrice sourit d’un air vide. Les autres invités applaudissent poliment. Et moi je bouillonne.

Quel tas de conneries. J’ai envie de vomir. Pour quelle raison la Devon SARL déciderait-elle de donner un Pokémon aussi puissant et lucratif à un dresseur aussi inexpérimenté et quelconque que Païzanou ? Pour l’enterrer !

Je vais vous la dire, moi, la vérité. Le match contre Pierre Rochard était truqué. Cela ne fait tilter personne que le Maître de la ligue de Hoenn soit le fils du président de la Devon SARL, l’une des plus grosses multinationales du sous-continent ? Sinon, comment expliquer qu’un énergumène qui se sert de Pokémon d’un seul type ne se fasse pas éclater par le premier pélos venu utilisant une équipe de Pokémon un tant soit peu variée et équilibrée ? C’est que, durant les phases éliminatoires, des dresseurs rattachés à la Devon SARL écrèment les candidats de façon à placer l’un des leurs lors de la grande finale contre le Maître.

Je n’oblige personne à me croire, ce genre de pratique étant formellement interdite par la grande Convention des Ligues signée et ratifiée par la plupart des gouvernements régionaux il y a plus de vingt ans déjà. Mais que feriez-vous si vous étiez à la place du politicien à qui on mettrait un sacré paquet de bifton dans les fouilles pour – disons – juste fermer les yeux sur les liens qui unissent une certaine entreprise à un certain nombre de participants ?

Bon, je m’arrête là avant qu’on m’accuse d’être conspirationniste. C’est un fait, je n’aime pas la politique. Mais j’ai ma fierté. Il était hors de question que je me laisse mettre K.O. par un dresseur dont les seuls talents étaient d’être photogénique et d’improviser de beaux discours à l’attention des crédules. Pour la faire courte, je n’ai pas voulu me coucher quand son Métalosse est entré en scène ; en complète rupture avec les ordres de mon dresseur.

Ce satané crabe d’acier a été rudement surpris quand il a vu que les torgnoles que je lui infligeais n’étaient pas pour rigoler. J’ai lutté autant que j’ai pu, réduisant l’équipe de ce fils à papa en peau de chagrin. J’aurais pu gagner s’il n’avait pas finalement envoyé son Kaorine. Je supporte bien les chocs, même contre de l’acier. Mais les attaques psychiques, c’est une autre paire de manches. Fatigué par mon combat contre le Métalosse et confronté à une de mes faiblesses, j’ai fini par m’incliner. A la régulière.

Et lorsque je me suis réveillé, mon équipe avait, bien évidemment, perdu.

J’avais désobéi. J’étais indigne de confiance. Dangereux. Que fait-on d’un Pokémon qui n’écoute pas son dresseur ? On le remise. On l’éloigne. On l’oublie. On m’a renvoyé dans ma région d’origine, à Alola dans une pension Pokémon où je devais finir mes jours. Sans victoire. Sans panache. Sans marquer l’Histoire.

Je venais de subir le premier K.O. de mon existence et on me reléguait à la campagne, comme un Pokémon de seconde zone. L’humiliation était totale. Ça ne pouvait pas se finir comme ça ! Je jurai qu’un jour je prendrais ma revanche.

J’ai attendu. Patiemment. J’ai continué à m’entraîner dans mon coin sans relâche. Polissant ma musculature. Peaufinant mes mouvements. Affinant la perception de mon environnement. Et puis un jour il est arrivé…
Païzanou. Un gamin sans trait particulier. Pas très malin. Quelconque. Il était parfait.

En général c’est facile pour un Pokémon de se faire aimer des humains. Il suffit de faire les yeux doux et de minauder en se frottant la tête contre leur poitrine. Mais quand on a quatre bras aux biceps gros comme des pastèques et que l’on ne pèse pas moins de 130 kilos, c’est un challenge un peu plus relevé. Je persévérai néanmoins à séduire ce jeune garçon venu chercher son premier Pokémon pour son voyage initiatique et finis par succéder dans mon entreprise. Nous partîmes alors sur les routes, affronter des dresseurs, rencontrer les différents Capitaines d’Epreuve pour compléter notre tour de l’île et accéder à la Grande Epreuve.

Et me voilà, assis sur les sièges inconfortables du plateau de télévision de la chaîne principale d’informations d’Akala, en plein Prime Time de l'émission la plus populaire des ménagères de moins de cinquante ans. Ce n’est que le début, la première pierre sur le chemin qui me ramènera vers ma gloire perdue. Oui, j’ai de grandes ambitions pour moi et mon dresseur.

- Alors, peux-tu nous dire, Païzanou, reprend la journaliste aux yeux éteints, ce que tu comptes faire maintenant que tu as vaincu notre doyenne Alyxia ? Vas-tu continuer ton voyage initiatique hors d’Akala et tenter de compléter ton Tour des Îles ?

A ma grande surprise le jeune garçon secoue la tête. Je sens mon cœur rater un battement.

- Euh… N… non. Je me suis bien amusé mais… mais je n’aime pas que mes Pokémon soient blessés. J’ai beaucoup beaucoup beaucoup réfléchi et je pense que je vais me concentrer sur mes études à présent. J’aimerais passer un diplôme d’infirmier pour m’occuper d’un Centre Pokémon quand je serai grand.

Je sens le sol qui tremble sous mes pieds. Je crois que je suis en train de faire un malaise. Il faut que je respire. De l’air. Il me faut de l’air. Ma vision se trouble pendant un instant. Je ferme les yeux. Mon dresseur veut devenir une putain d’infirmière Joëlle ! Je ne l’avais pas vu venir celle-là ! Pas de panique. Il doit y avoir une solution. Une solution… Il fait tout noir autour de moi. J’ai l’impression de tomber… Je tombe. S’il vous plait, RATTRAPEZ-MOI !!!

Je rouvre les yeux. Je suis toujours sur ma chaise. Tout va bien. Personne ne semble faire attention à moi. Puis ma vision croise celle de la petite humaine qui a rassuré Païzanou quelques instants plus tôt. Elsa-Mina me fixe de ses yeux éthérés, une véritable intelligence brille dans ce regard sans âge. Elle me sourit et hausse légèrement les épaules. J’ai l’intime conviction qu’elle me voit réellement pour ce que je suis. Qu’elle comprend. Qu’elle sait ce que je ressens.

Loin, très loin, comme si j’étais à l’autre bout d’un tunnel j’entends la journaliste se reprendre après avoir été déstabilisée par la déclaration surprenante de mon dresseur.

- Mh. Oui, d’accord très bien. Eh bien nous te souhaitons tous de réaliser ton rêve, Païzanou. Maintenant et sans plus attendre nous allons passer à notre dernière – et non des moindres – invitée venue nous parler de son projet d’île artificielle. Elle est jeune, elle est belle, elle est célibataire (depuis peu) : Elsa-Mina Æther !

Lentement, délibérément, Elsa-Mina détourne ses grands yeux lumineux. Mon cœur s’affole dans ma poitrine. Non ! Continue de me regarder. Regarde-moi ! J’en ai besoin. Je t’en prie. Sinon, je serai seul. Elsa-Mina…

Regarde-moi !
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