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Lecture d'un chapitre



Lecture du chapitre 7
Nom de l'œuvre : Eter City [Election - 2017] Nom du chapitre : Histoire d'un aller-retour
Écrit par Requiem Chapitre publié le : 18/6/2017 à 23:53
Œuvre lue 3570 fois Dernière édition le : 11/10/2017 à 15:03
Eter City
- Avant les évènements Soleil et Lune -


Séquence 05.89542 : Histoire d'un aller-retour


Quand j’ouvre les yeux, je vois un ange penché sur mon corps mutilé. Elle a des cheveux platinés et de grands yeux éthers. Son sourire est chaud et sa peau est de lait. Il me semble qu’elle me connait depuis toujours… Je me sens calme. J’essaye de lui sourire. Je crois que je la connais aussi.

Le souvenir met un long moment à émerger jusqu’à la surface de ma conscience. Puis il éclate dans ma mémoire comme une bulle de savon. La quiétude qui m’habitait jusque-là me quitte et je sens la haine et la rage m’envahir à nouveau.

Elsa-Mina Æther. C’est à cause d’elle que je suis là. La raison pour laquelle je me suis retrouvé à Eter City, c’est elle qui l’a provoquée.

Puis tout redevient noir.

Sept ans plus tôt.

Tout est devenu noir dans le Paradis Artificiel de la Fondation. Même pour un géant comme moi il est facile de se faufiler dans les couloirs peu éclairés sans me faire repérer par les quelques gardes qui patrouillent le bâtiment.

Je passe presque une heure à errer dans les coursives, alors que ma silhouette se découpe en ombre chinoise contre les baies vitrées des différents biotopes. L’orientation n’est pas mon fort et je me suis peut-être un peu perdu. Un peu. Finalement, après être revenu plusieurs fois sur mes pas pour prendre un nouvel embranchement, je reconnais le secteur où a eu lieu l’incident qui a causé tant de panique.

Face à la porte, mes doigts hésitent quelques secondes. Que suis-je en train de faire ? J’ignore ce qui me pousse à vouloir découvrir les mystères de la Fondation Æther. Cela ne me concerne pas. Et pourtant…

La pièce sent vaguement le brûlé. Ça change de l’air aseptisé que je respire depuis mon arrivée. Comme il n’y a pas beaucoup de lumière, j’avance prudemment. Des hommes armés sont peut-être encore à l’intérieur et je n’aimerais pas me frotter à eux. Je n’ai pas la vanité de me croire immunisé aux armes à feu.

Pourtant tout est calme. Pas un son. Pas un mouvement. S’il n’y avait cette odeur de papier carbonisé, la pièce ne différerait en rien des autres salles que j’ai croisées. Qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Sans grande conviction, je farfouille sur les bureaux, à la recherche d’un indice. Pour la plupart ce sont des rapports scientifiques aux formules mathématiques qui m’échappent complètement. Pourtant, à l’intérieur d’un tiroir ouvert au hasard sur le bureau de Saubhone, je découvre un carnet qui attire tout de suite mon attention. C'est un vieux journal aux bords usés glissé dans une chemise marquée d’un gros CONFIDENTIEL rouge. Ah oui c’est malin, comme ça on ne peut pas voir à quel point c’est ultra secret. Les humains je vous jure…

Notes du Professeur Mohn :

Jour 1 : « Aujourd’hui, c’est mon premier jour. Il a fallu du temps à Mimi pour convaincre le gouvernement de me délivrer une accréditation mais le secrétaire général a fini par lire ma thèse et a conclu que j’étais le plus qualifié pour l’étudier. Ahahah, je n’arrive pas à croire ma chance ! Après des années d’études sur des échantillons résiduels je vais enfin pouvoir poser mes yeux sur une Ultra-Brèche ! »
Jour 2 : « La faille est stable. Pas de changement dans les vibrations quantiques. D’habitude ces portes vers ce que je suppose être un autre monde s’ouvrent et se referment très rapidement. Pourtant celle-ci ne semble pas vouloir se refermer de sitôt. Que se passe-t-il donc de l’autre côté ? »
Jour 7 : « La machine ne semble pas capable de délivrer des données fiables sur la brèche. J’essaye de travailler dessus pour l’améliorer mais avec la grossesse de Mimi, c’est de plus en plus dur de rester concentré. »
Jour 28 : « La nuit a été agitée. C’est comme si… la brèche semblait consciente de ce que nous lui faisons. Je vous jure. Je l’ai vue frissonnée… »


Une grande partie des pages suivantes est ensuite recouverte par des formules mathématiques. Je saute quelques pages et arrive au milieu du carnet.

Jour 222 : « Les tests sont encourageants aujourd’hui. Pas de modification dans les données du serveur. Heureusement car je n’ai vraiment pas la tête à ça en ce moment. Pendant que Mimi se repose je dois surveiller Gladio et l’empêcher de faire des bêtises. Qui auraient cru qu’à cet âge-là on puisse déjà être un tel garnement. Bien sûr je l’aime de tout mon cœur mais j’espère que sa sœur sera un peu moins extrême. »
Jour 358 : « Je suis inquiet pour Lilie. Sa naissance a été compliquée et elle souffre beaucoup. Il faudrait penser à l’éloigner du laboratoire, l’emmener dans un cadre un peu plus gai. Le manoir peut-être ? Mais Mimi refuse de me quitter… Je sais que c’est dur mais si c’est pour le bien des enfants… Ne serait-ce que pour quelques mois…

…

Jour 470 : « Depuis que Lilie a quitté l’île, la brèche semble très agitée. Aujourd’hui, les aiguilles des tableaux de bord ont fait un tour complet. A l’intérieur du générateur, les radiations sont désormais mortelles. J’ai peur. Peur que ma fille ne se soit liée avec le portail. Bon sang ! Qu’est-ce que j’ai fait ? »
Jour 519 : « En regardant les résultats d’hier j’ai mangé un hot-dog et ai renversé la sauce sur ma chemise. Il faut que je passe au pressing avant de revérifier les résultats de l’équipe de nuit. Pourvu que ce soit seulement une fausse alerte. »
Jour 524 : « Incroyable ! Je viens d’avoir un appel de Mimi. Le lien mental que je soupçonnais entre Lilie et le portail semble se vérifier. J’envisage maintenant de l’envoyer dans une autre région mais je doute que cela ait le moindre effet. J’ai totalement sous-estimé l’influence de cette chose. Maintenant même Mimi semble agir différemment. Elle insiste de plus en plus au sujet de la construction d’une île artificielle autour du portail afin d’éviter que mes recherches ne s’ébruitent. Un tel projet est-il seulement possible ? Et le gouvernement dans tout ça ? Officiellement c’est pour eux que je mène ses recherches. Mais elle les traite de pantins et d’incapables. Est-ce que l’Ultra-Brèche aurait une influence sur elle ? Et… sur moi ? Je dois éloigner Gladio. »

…

Jour 676 : «L’Ultra-Brèche est de plus en plus instable. J’ai bien peur qu’elle ne soit sur le point de se fermer. Depuis que Gladio n’est plus là l’énergie du portail a beaucoup diminué. Hier les radiations sont à nouveau passées à un seuil tolérable. »
Jour 700 : « Je… Je ne sais pas par quoi commencer. Ce que j’ai vu, je… Je… Ce Pokémon… Non… Cette Chimère… Nous avions tort depuis le début. J’avais tort. Ce n’est pas ce que je croyais… Ô Mimi… Si tu avais vu ce qu'il y a de l'autre côté... Puisses-tu me pardonner… Je… Je t’aime. Mais il faut que je parte. »


Lentement je referme le carnet. J'ai un mauvais pressentiment. Un énigmatique portail… Des chimères au pouvoir insondable... Un flash mémoriel me paralyse complètement. Je me revois, très jeune, avant même ma capture par Maïa. Il y a un comme un cercle dans le ciel. Et une lumière sombre. Je suis tellement petit. Tellement chétif. Et ce trou qui m’appelle…

Soudain, un bruit suspect me fait vivement sursauter. Absorbé par ma fastidieuse lecture (je ne suis pas expert dans le langage écrit des humains), je n'ai plus fait attention à mon environnement. On dirait une sorte de sifflement de Serpang. Les muscles tendus, je scrute la pièce à la recherche d'une ombre ou d'une silhouette. Aurais-je été repéré ? Malgré l'urgence de la situation, mes yeux sont irrésistiblement attirés vers le mystérieux cahier du scientifique fou. La réponse à ma présence ici serait-elle contenue entre ces lignes ?

Un long frisson me parcourt l'échine. Dans quoi ai-je fourré les pieds ? Je ne sais pas exactement ce que cette sorcière d’Elsa-Mina Æther me veut mais il n’est pas question que je me laisse faire. Je dois absolument quitter l'île avant que cette bande de malades ne me mette la main dessus !

J'essaye de me diriger vers la porte mais je sens mes muscles devenir gourds. Chacun de mes gestes est lent. Fastidieux. J'arrive à peine à mettre un pied devant l'autre sans chanceler à chaque pas. Il se passe quelque chose... Y aurait-il un rapport avec le bruit que j'ai entendu tout à l'heure ?

Je panique. Je jette des regards inquiets dans les ombres qui, quelques instants plus tôt, me protégeaient. Et si l'un des hommes de la Fondation était tapi en leur sein ? J’essaye de me mettre à courir mais mes genoux s’entrechoquent à chacun de mes pas.

Dans ma précipitation à quitter la pièce, je renverse une poubelle. Son contenu se répand sur le sol en une cacophonie de papiers froissés. Ma respiration me fait mal aux oreilles. Mes gestes se font de plus en plus approximatifs.

Je dois me calmer mais je n'y arrive pas. Le sentiment de danger qui m'a envahi est comme un ouragan qui balaye ma raison. Mon instinct de survie ne sera apaisé que lorsque j'aurai mis un maximum de distance entre moi et la Fondation.

Après de difficiles efforts, je parviens jusqu'à la porte en m'écroulant presque contre son montant. Il me faut plusieurs secondes avant de réussir à tourner la poignée. J'ai la tête comme du coton. Bon sang, quel abruti ! Je me suis fait empoisonner.

Je titube sur quelques mètres alors que le sol ondule sous mes pieds. Dans le brouillard de ma vision j'aperçois une étroite silhouette qui brille comme un phare dans les ténèbres. Avant de sombrer dans l'inconscience, il me semble reconnaître son sourire chaleureux : Elsa-Mina Æther.

Sept ans plus tard.

Je ne reste pas longtemps évanoui. A peine quelques minutes. Elle est toujours là, à me couver de ses grands yeux éthérés comme une mère Brasegali ses Poussifeu. Un râle profond s'échappe sourdement de ma gorge. Si je pouvais seulement lui tordre le cou !

Je bande toute ma volonté pour faire bouger les muscles de mes bras. Peu importe lequel répondra. Il ne m'en faut qu'un pour broyer la frêle silhouette à l’apparence de jeune fille au-dessus de moi. Elsa-Mina Æther ! Je la hais ! Je la hais ! Je la hais !

- Du calme, Ahou. Tu n'es pas en état de t'agiter de la sorte. Tes blessures sont très graves, tu sais ! Si je n'avais pas été là qui sait dans quel état on t'aurait récupéré.

Tout en disant cela, elle lance un regard navré en direction d'une grosse forme poilue étendue sur le sol non loin de nous. Je reconnais sans mal Nanoujka, le Pokémon assassin du Syndicat des Team qui m'a mis dans cet état. Elle dort dans une immense flaque carmin qui semble vouloir s'étendre à toute la pièce. L'odeur de chair brûlée me fait frémir les narines. Elle a deux trous rouges au côté droit.

Un vague sentiment de déception emplit ma poitrine. Si je m’en sors, je n’aurai pas ma revanche sur ce formidable Pokémon. Je devrai vivre avec cette défaite sur la conscience. Avec un goût d’inachevé sur la langue. Si cette lutte était une lutte à mort pourquoi est-ce moi qui respire encore alors que j’ai perdu le combat ? La vie. La mort. Le combat. Comment ces simples mots ont-t-ils pu mal tourner ? Ça fait si longtemps que je tue pour survivre que j’ai oublié la saveur de vivre.

- Ahou, est-ce que tu pleures ?

J’essaye de focaliser mon attention sur la riche héritière mais je sens mes forces me trahir une nouvelle fois. Les points noirs encore. Les points noirs qui s’agitent dans mon champ de vision. La salle éclairée par le magma en fusion tourne autour de moi. Ce n’est pas juste. La vie est injuste. Je tombe. Je suis seul. Aidez-moi !

Est-ce que je pleure ? Oui, je pleure.

Sept ans plus tôt.

Je me réveille avec les yeux brûlants et embués de larmes. Que s’est-il passé ? Je me rappelle vaguement être tombé en avant puis qu’on m’ait transporté à travers de longs couloirs blancs pour finalement me déposer ici, sur la froide table de la pièce dénudée dans laquelle je repose.

Un guerrier ne pleure pas. D’une main j’essaye d’essuyer les larmes que le poison a fait couler en irritant mes glandes lacrymales. Geste vain car mes bras refusent de remuer. Et pour cause : ils sont entravés par de solides liens.

Les souvenirs commencent à remonter à la surface à mesure que se dissipe le brouillard dans lequel le poison paralysant a plongé mon esprit. Une pensée s’impose alors à moi : coûte que coûte je dois sortir d’ici. Je tire sur mes liens, espérant les briser mais ceux-ci me résistent avec obstination.

Je m’agite férocement sur ma couche dure et froide pour la renverser. Elle doit être coulée dans le sol car je ne la sens même pas vibrer. La lumière du néon au-dessus de ma tête démultipliée par les larmes, à la manière d’un kaléidoscope, me brûle les yeux. Ce n’est pas possible ! Païzanou ! Il faut que Païzanou me retrouve !

Me voilà réduit à espérer que mon dresseur de douze ans vienne à ma rescousse comme un Ponchiot qui aurait perdu son chemin. Pathétique ! Allez, mon vieux, tu t’es toujours débrouillé tout seul, un peu de nerf bon sang !

- Inutile de te débattre, Ahou, fait une voix que je reconnais bien. C’est du titane souple, il n’y a pas plus résistant. Tu auras beau gigoter dans tous les sens, les cordes ne se briseront pas.

En réponse à cet avertissement, je tire plus fort sur mes liens. Tant pis si je dois m’arracher les mains pour m’échapper !

Le visage de porcelaine d’Elsa-Mina Æther apparaît dans mon champ de vision, son éternel sourire gravé sur ses lèvres douces. Magnanime, elle passe une main sur mes yeux pour en essuyer les larmes. J’essaye de la mordre mais ses doigts fins se retirent avant que mes dents n’aient pu se refermer sur eux. Laisse-moi partir !

- Tu n’as pas idée de la joie que m’a procuré ta soudaine victoire contre le Doyen d’Akala, mon cher. Cela fait des années que je suis ton parcours – depuis que tu es rentré chez Devon SARL – mais je me suis inquiétée quand tu as quitté la pension qui t’avait racheté avec l’argent que nous lui avions prêté. Nous ne pensions pas que tu t’amouracherais d’un simple enfant pour partir avec lui sur les routes. Sinon ton recrutement aurait été… plus officiel.

Ah, ouais ? Tu sais où tu peux te le foutre ton recrutement officiel ? Les muscles de mes bras me font mal mais je m’en fiche. Je suis sûr que je peux arriver à me libérer si je tire assez fort. Je DOIS être assez fort. Je SUIS assez fort.

Elsa-Mina me lance un petit sourire navré.

- Tu ne peux pas encore comprendre mais tu es promis à un destin hors-norme. Bien plus grand que celui que pourrait t’offrir les tournois puérils auxquels tu participes. Tu seras l’avatar du progrès. Le symbole du futur ! Grâce à la Fondation Æther un nouveau monde plein de possibilités va bientôt nous ouvrir ses portes ! Il nous faut juste faire preuve d’un peu de patience et de doigté.

Cette fille est folle à lier. Ses yeux vous hypnotisent et le son de sa voix vous berce mais ce sont des appâts qui ne sont là que pour vous faire baisser votre garde. J’ai été imprudent et je me suis laissé prendre. Je vais devoir payer les conséquences pour avoir succombé au chant de la Poissirène.

Je ne veux pas devenir un Rattata de laboratoire entre les mains du Professeur Saubhone. Je ne suis pas quelqu’un dont on décide de la destinée. Je veux être maître de mon propre avenir. La haine et la rage décuplent mes forces. J’ai l’impression qu’une sorte d’aura enveloppe mon corps. Soudain, un craquement sec brise le silence.

Un à un les liens qui me retenaient se disloquent sous la pression. Je hurle à pleins poumons alors que les joints encastrés sur ma couche se tordent et explosent en morceaux, faisant voler de gros éclats de titane dans la pièce. Pour la première fois depuis que je l’ai rencontrée, le visage d’Elsa-Mina Æther se fige dans une expression d’horreur qui lui déforme les traits.

Il n’y a plus qu’une seule entrave qui me retienne. La panique s’empare tout à fait de l’héritière et je la vois quitter précipitamment la pièce en criant des ordres à ses miliciens postés à l’extérieur.

D’un geste brusque, je me libère complètement pour me mettre debout. L’adrénaline me donne la pleine possession de mes moyens dans une sorte de clarté mentale. Elsa-Mina ne perd rien pour attendre ! Au moment où je me dirige vers la sortie, une flopée de gardes en uniforme blanc se déverse par la porte, arme à la main. Je savais bien que j’avais vu des miliciens en porter lors de l’incident de ce matin.

Cependant, je devine que ces armes ne sont là que pour m’intimider. Vu tout le mal que s’est donné la Fondation pour m’amener en ses murs je les vois mal prendre le risque de me tirer dessus à bout portant.

N’écoutant que ma rage, je balaye la première ligne d’humains qui se dresse devant moi. Ils tombent comme des quilles. Des cris de panique s’élèvent dans les corridors déserts. Inexorable, j’avance dans le long couloir, me frayant un chemin à la force de mes pieds et de mes poings.

Je cours. Je cours. Je cours. Je dois trouver une sortie. M’échapper d’ici au plus vite. Je ne sais pas comment mais je réfléchirai à un plan une fois dehors. L’air marin m’aidera à réfléchir. Enfin j’espère.

Un Dracaufeu se dresse soudain sur mon passage. Je fais craquer mes doigts alors qu’un large sourire étire mes lèvres. Enfin un adversaire à ma mesure ! J’esquive un jet de flammes en plongeant en avant. Une pluie de feu m’entoure, prête à me dévorer au moindre faux pas.

Sept ans plus tard.

Je me réveille quand une équipe de la Fondation Æther me hisse sur un brancard. Ils portent des combinaisons environnementales extrêmes : un casque blanc occulte leurs traits. Autour de moi, la pièce est méconnaissable. Tout brûle. Tout fond pendant que le magma en fusion continue de s’écouler du trou par lequel ils sont arrivés.

Les combats entre le Syndicat des Team et la Fondation ont pris fin sur une victoire sans appel de cette dernière. Quelque part dans le fond de la pièce, à l’écart de la lave qui gagne du terrain, je reconnais les leaders du Syndicat, menottés. Saubhone – et ses éternelles lunettes vertes – est là lui aussi, en train de les interroger.

- Où sont les documents ? s’enquiert-il en triturant son bouc qui a viré au blanc depuis la dernière fois que je l’ai vu.
- Je n’ai pas compris votre question, miaaa !
- Ne jouez pas à ça avec moi. Je parle de vos études sur l’eugénisme Pokémon… De la fusion du génome humain et Pokémon... De Mewtwo… De vos machines de contrôle… De la Méga-Evolution. Toutes vos recherches scientifiques et vos inventions géniales dont la bande de bras cassés que vous êtes n’a jamais su tirer à son plein potentiel.
- Miaaa, je ne vois pas du tout de quoi vous parlez.

Mon brancard s’éloigne et je n’entends pas la suite de la conversation. De toute façon j’en sais assez pour savoir que cela n’augure rien de bon. Imaginer que les recherches du Syndicat sur les vingt dernières années tombent entre les mains de ce taré à lunettes a de quoi vous filer des cauchemars.

Le pire dans tout ça, c’est que c’est moi qui vais en faire les frais…

Sept ans plus tôt.

Un véritable vent frais s’abat en hurlant sur mon visage au moment où j’entrouvre la porte de sortie de secours.

J’ai quelques brûlures superficielles sur les épaules et les mains à cause de mon combat contre le Dracaufeu mais sinon je suis indemne. Les effets du poison paralysant se sont estompés depuis longtemps et je sens mon esprit devenir de plus en plus rapide à mesure que je réfléchis à un moyen de m’échapper d’ici.

Devant moi, le ressac fait grand bruit et le sel marin emplit mes narines. Ah que ça fait du bien ! A force de respirer cet air insipide et chimique j’avais oublié à quel point il est bon d’emplir ses poumons. Malheureusement, ce n’est pas avec un peu d’air frais que je vais me tirer d’affaires.

J’observe la mer qui s’étend à perte de vue où que je regarde. Je ne suis pas très bon nageur et j’ignore de quel côté se situe la côte la plus proche. Si je partais à la nage, je risquerais de me faire emporter par le courant et de me noyer. Ou pire : me faire dévorer par un banc de Sharpedo.

Si seulement je pouvais trouver un bateau...

- Il est là ! Ne le laissez pas s’enfuir !

La voix du sbire est lointaine mais je distingue des formes se mouvoir sur la plage à une centaine de mètres de là. Ils sont accompagnés par une meute de Démolosse à l’air redoutable. D’ici quelques secondes ils m’auront rejoint. Zut ! Impossible de me cacher sur la plage en attendant la bonne occasion. Je regarde frénétiquement autour de moi. Dois-je repartir en arrière, à l’intérieur du bâtiment… ou me risquer sur les échafaudages de la façade en construction ?

Je suis plus agile que les humains et leurs infernaux Pokémon auront plus de mal à me sauter à la gorge si je suis dans les hauteurs. Le chef de la meute de Démolosse, un gros toutou noir de presque un mètre cinquante au garrot, redouble de vitesse lorsqu’il comprend ce que j’ai l’intention de faire.

N’hésitant plus une seconde, j’agrippe une barre transversale et commence à me hisser sur les poutres de métal. Le Démolosse ennemi fait un bon gigantesque, babines retroussées, pour me saisir le mollet au moment même où je me mets hors de sa portée. Ses crocs me chatouillent la plante du pied et je sens son souffle chaud s’insinuer entre mes orteils.

C’était moins une. Toute la meute a déjà rejoint le mâle dominant et commence à japper et hurler de colère au-dessous de moi. En regardant bien il y a comme une lueur qui se dégage de lui. La même que j’ai eu lorsque j’ai brisé mes liens. Mais je n’ai pas la tête à m’interroger sur nos similitudes et je commence à grimper plus haut au cas où ils leur viendraient l’idée d’utiliser leur souffle enflammé pour me griller sur place. Mes options se réduisent à vue d’œil. Comment faire pour quitter l’île ?

Le crachin me fouette la chair, le froid s’insinuant dans mes os alors que je continue mon ascension. L’humidité rend instable les planches de bois et glissante les poutres de métal. Non loin de moi, une corde rompt sa poulie et vient fendre l’air dans une danse violente et désarticulée. Bientôt l’orage gronde dans mon dos. Le bruit furieux des vagues redouble en venant s’écraser contre les parois immaculées du Paradis. La lune, blanche et ronde, apparait furtivement avant d’être éclipsée par de gros nuages noirs qui s’amassent dans le ciel nocturne.

Je ne lance même pas un regard en arrière de peur d’être pris de vertige. De glisser. De m’écraser en bas sur la grève, bras et jambes brisés, exhalant avec difficulté.

Je monte et monte et monte encore. Mes bras me portent toujours plus haut. Mes jambes me poussent toujours plus loin. J’arrive presque au sommet. Encore quelques mètres et je pourrai souffler. Me reposer. Avant de fuir. Fuir à nouveau. Je sens mon destin qui s’échappe. Je dois le rattraper. Fuir plus vite.

Il ne me reste plus qu’à gravir la dernière estrade avant d’arriver au sommet. Je suis exténué. Je m’accroupis sur une planche détrempée pour reprendre ma respiration et ose jeter un regard au sol. Je ne distingue rien d’abord. Tout est noir. Englouti par les ténèbres. Puis un éclair illumine brièvement le ciel, me permettant de déceler avec horreur plusieurs dizaines de silhouettes qui grimpent les échafaudages à ma suite : des Capumain, Férosinge, Chimpenfeu et autres Pokémon aux allures simiesques se démènent pour me rattraper.

Malgré ma fatigue et mes blessures, je dois monter plus haut. Sur la plateforme d’atterrissage il me sera plus aisé de me battre contre ces Pokémon que sur ce terrain propice aux galipettes et aux acrobaties. Il faut faire vite. Bientôt ils m’auront rattrapé. Mes mains calleuses agrippent le rebord, encore un effort et je serai en haut. Et une fois au sommet, que faire ?

La réponse m’attend, là, une ombre noire se découpant sur le ciel nuageux. L’hélicoptère. C’est avec l’hélicoptère que je dois fuir. Je finis de me hisser complètement sur la plateforme. Mon souffle ressemble à celui d’un Bufflon. J’avance en titubant jusqu’à l’engin volant et ouvre la porte du côté pilote.

Une fois installé devant le tableau de bord je… … … Je ne comprends rien ! Comment les humains peuvent-ils conduire un truc pareil ? Tous ces boutons, ces jauges et ces aiguilles, à quoi correspondent-ils ? J’appuie au hasard sur les commandes mais, à part quelques voyants qui virent du vert à l’orange, le monstre de métal ne semble pas vouloir s’animer.

Bordel !

- Héhéhé. B’soin d’un coup d’main pour te sortir de la caca ?

Je me fige sur mon siège en voyant l’homme qui me fixe d’un air mauvais. Je reconnais le garde peu scrupuleux qui m’avait abordé hier, après l’incident dans le laboratoire de Saubhone. En voilà un plus malin qu’il n’y parait. Il a dû penser que je m’enfuirais par la voie du ciel au lieu de retourner à mon dresseur comme tout Pokémon bien élevé aurait fait à ma place. Pauvre Païzanou, il risque d’avoir une sacrée surprise en se réveillant au matin. Je me demande comment Elsa-Mina compte lui expliquer.

Je sers les poings, prêt à me battre malgré mon épuisement. L’homme ne bouge pas. Il y a quelque chose dans son attitude décontractée qui ne colle pas. S’il l’avait voulu, il m’aurait déjà envoyé ses Pokémon pour m’arrêter.

Sans un mot, il s’approche de l’appareil et monte dans le siège du co-pilote. Ne sachant comment réagir je reste interdit devant lui. D’un geste il me fait signe de me pousser.

- Tu penses à me foutre ton poing dans la gueule ? C’est que tu penses pouvoir conduire cet engin là tout seul ? Fais pas l’malin et pousse toi sinon on va avoir les autres sur le râble. Allez, grouille-toi pendant que je te le demande encore de manière aimable. J’ai verrouillé la porte mais ça n’va pas les retenir. Je ne sais pas toi, mais je n’ai pas envie de mourir.

Comme pour illustrer ses propos, j’entends un bruit sourd frappé contre l’accès de service. Au même moment, un Vigoroth particulièrement motivé franchit la plateforme de décollage. Il est bientôt suivi par toute la colonie de Pokémon poilus que j’avais aperçue en contrebas de la façade du bâtiment.

Cet homme – Guzma – ne m’inspire pas confiance. Je sais que son aide ne sera pas gratuite mais j’ignore encore quel sera le prix à payer. Ça ne pas être pire que ce qu’Elsa-Mina me réservait. Et puis, je n’ai plus vraiment le choix. Non sans reluctance je quitte mon siège pour lui laisser la place.

Le monstre de métal s’élève dans un vrombissement mécanique. Quelques Pokémon arrivés parmi les premiers parviennent malgré tout à s’agripper aux pieds de l’hélicoptère. Sans réfléchir, je m’en débarrasse en leur écrasant les doigts. Leurs cris déchirent la nuit alors qu’ils tombent, disparaissant rapidement dans le noir. Engloutis par la nuit. Avalés par la mer.

Je recule jusqu’au fond de l’hélicoptère et m’effondre, la tête entre les mains. Qu’est-ce que j’ai fait, bon sang ? Le hurlement désespéré de ces Pokémon résonne dans mon esprit comme les cloches d’un Éoko. Je viens de tuer. Je suis un meurtrier. Toute ma vie j’ai pris des coups, mais jamais je n’ai ressenti un tel sentiment de défaite. Je me sens vidé. Comme si une partie de moi avait été arrachée au moment où mourrait le cri d’agonie de ces Pokémon.

Que suis-je devenu ? Et que vais-je devenir ? Je ne sais pas ce qui a mal tourné. Ce que j’ai fait pour mériter ça. Guzma me regarde de son air sinistre. Ses lèvres s’étirent pour former un sourire sans sympathie. Il sait que je suis coincé.

- Wesh, t’inquiète pas pour ça mon frère. Le bon vieux Skull connait l’endroit parfait où on sera pépère.

Eter City.

Sept ans plus tard.

Paradis Æther.

L’hélicoptère qui m’y ramène fend le ciel à grande vitesse. Mes blessures ont été superficiellement traitées mais je sens que je m’efface peu à peu. Mes moments de conscience sont de plus en plus courts et flous.

Je regarde sans parvenir à accrocher son regard l’homme penché sur moi en train de refaire mes bandages pour vérifier mes blessures. Il porte un masque sur le bas du visage, voilant ses traits. Seules quelques mèches dépassent de la calotte qu’il porte sur la tête. Il y a de la sueur sur ses tempes et une teinte légèrement verdâtre. Je l’ai vu vomir deux fois déjà depuis que nous sommes montés dans l’hélicoptère. La pression sûrement. Qu’est-ce qu’Elsa-Mina risque de lui faire s’il ne parvient pas à me maintenir en vie jusqu’à notre arrivée sur l’île artificielle ?

- Accrochez-vous monsieur Hawawa. Nous arrivons en vue de notre destination, déclare le pilote alors qu’il entame la procédure de décélération.

J’écarquille le seul œil que j’arrive à garder ouvert. Les souvenirs refluent dans ma mémoire. Je dévisage ce Hawawa avec une attention accrue, essayant d’y déceler les traits familiers de mes vieux souvenirs. Cet air maladif… Le mal des transports… De grands yeux pleins de candeur. Tout à coup, je le reconnais.

Il a changé en sept années. Païzanou est devenu adulte. Ainsi il a réalisé son rêve en devenant infirmier pour la Fondation Æther. Je sens les larmes revenir me titiller les orbites. Je ferme mon œil pour ne pas lui montrer que je l’ai reconnu. J’ai honte qu’il me voie dans cet état après l’avoir abandonné. J’ai honte des décisions que j’ai prises et des conséquences qui en ont découlées. Mais j’étais stupide. Je ne pensais qu’à ma gloire personnelle. Ma vanité m’empêchait de voir ce qui était important. J’aime le combat certes, mais jamais je n’ai voulu devenir un meurtrier. Depuis, j’ai tué tellement de Pokémon que j’ai cessé d’en tenir le compte. Je ne suis pas digne des efforts que fait mon ancien dresseur pour me maintenir en vie.

- Ahou… Tu m’entends, Ahou ? Tiens bon, nous arrivons. Je t’en prie, tiens bon.

Je sers les dents pour ne pas gémir. Pourvu qu’il soit un mauvais infirmier. Pourvu qu’il ne me sauve pas. Je ferme les yeux et pour la dernière fois je m’endors pour rêver de liberté et de gloire. Il n’y a que là que je puisse les atteindre. Car tout cela n’est que chimère.
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