Dossier Post-BPR: Désirs agités
Première salve
1. Notice : Introduction
Bravo! Vous êtes l´heureux propriétaire de la toute nouvelle incarnation du désir! Cet objet a de multiples utilités, bien plus nombreuses que vous ne pourriez l´imaginer. La première, et la plus évidente, c´est qu´il prendra la forme que vous voudrez. Cette métamorphose se fait aussi bien au niveau physique qu´ « intérieur ». Brièvement, le désir augmentera ou perdra en importance et changera de signification selon vos besoins. Ce guide vous permettra de l´utiliser de façon adéquate. Mais avant de commencer à vous instruire, il est sage de vous donner un petit conseil qui vous servira pendant tout votre voyage intérieur. Retenez bien ces quelques mots. Selon votre personnalité, peut-être changeront-ils de sens; qu´importe, ils seront, à l´image du désir, ce que vous jugez bons qu´ils soient.
Il ne faut pas vous arrêter. Vous avez commencé votre périple, maintenant, il vous faut le terminer. Si vous suivez ces conseils à la lettre, tout se passera bien. Bref, il vous faut…
2. De l´utilité de certaines phrases
Tourner la page.
L´homme soupira. Tous ceux qu´il avait rencontrés lui donnaient le même « conseil » stupide. Tourner la page. Comme si tout était si simple! Comme si la vie n´était qu´un livre, et qu´il suffisait de sauter les pages ennuyeuses pour s´attarder aux moments heureux. Vraiment, les psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, psy-peu-importe, il commençait en avoir plein le cul. Ça ne servait à rien de discuter avec eux. Ils étaient formés à connaître et reconnaître certains cas de figure â€" l´information rentrait dans une oreille et sortait de l´autre, leurs minuscules cerveaux ne retenaient que quelques mots clés avec lesquels ils décidaient d´un mal, déjà déterminé et classifié, à étiqueter sur leurs patients. Oui, vraiment, les psytrucs voyaient la vie comme un livre, eux, et un livre dont ils étaient les auteurs : tout était décidé d´avance, rien ne pouvait contrecarrer leurs opinions.
Toujours était-il que l´homme s´emmerdait ferme. L´homme était dotés de cheveux bruns mi-longs dont il ne semblait pas s´occuper avec beaucoup de soin; de yeux sombres et profonds, dont les airs de sagesses étaient accentués par ses cernes rebelles; d´un nez simplet, de dents blanches, d´un menton assez fin quoique carré; d´un corps plutôt grand et d´un tronc robuste, pas en muscles mais plutôt en nerfs, de jambes polyvalentes; de vêtements amples de désert en tissus exotiques, faits pour garder le corps à l´ombre : l´homme, c´était Fenrir. Ex-membre de la Garde Prétorienne d´Extermination, 17ème Corps, 39ème Division. Le genre de métier duquel on ne s´échappait pas facilement. Il avait quelques cicatrices sur le corps pour en attester. Mais pour lui, ça ne voulait rien dire. Plus rien ne voulait rien dire. Il n´avait pas encore tourné la page.
Fenrir était assis dans un vieux Jeep qui ne donnait pas du tout l´impression de pouvoir encore rouler â€" mais, d´une façon ou d´une autre, il le faisait. Il était assis à l´arrière, sans toit ni climatisation pour le protéger du soleil, et le vieux siège laissait s´échapper plusieurs ressorts dont quelques-uns se fichaient avec précision dans ses fesses. Au moins ne souffrait-il pas tout seul. À ses càtés, il y avait un autre homme, un peu plus petit que lui, peau tannée, charme moyen, odeurs masculines â€" Pyro Incendier, un type du sud de la Polordie, habitué à la chaleur. Fenrir connaissait bien la famille Incendier, malheureusement connue pour ses tendances à engendrer des rejetons revendeurs de drogues, mercenaires, violeurs, bref, des gens de la pire espèce - et, bien entendu, des pyromanes. Pyro n´était pas l´exception pour confirmer la règle. Il était toxicomane, fervent consommateur de bien des substances illicites aux effets variés, coureur de jupons, avide de tout juron qui pouvait bien s´ajouter à sa banque de vocabulaire et, encore et toujours, pyromane. Au moins ne pouvait-il pas du tout se plaindre de son nom. Ses senteurs d´essence, sa cigarette toujours en bouche, sa manie de jouer avec son briquet, même sa paire de lunettes de soleil qui, à défaut de le protéger, ne faisait que refléter davantage de lumière dans le visage de Fenrir â€" tout chez lui rappelait son amour du feu.
C´était clair, Pyro n´était pas tout à fait très inspirant. Mais Fenrir le connaissait depuis un petit moment déjà, et il avait envie de parler. Alors il parla.
« Dis, Pyro, commença-t-il, je pourrais savoir d´où te vient cette envie?
-Laquelle?
-Celle de tout cramer. »
Un petit moment de silence. Puis Pyro articula lentement, comme sous l´emprise d´une fatigue énorme :
« C´est de naissance.
-De naissance? »
Encore une pause.
« Mes parents étaient des gens plutôt riches. Leur mariage était arrangé. Mon père était le seul Incendier décent, qu´il disait. Le seul qui réussissait honnêtement. Il voulait que son fils soit aussi génial que lui. Mais je m´en fichais bien de l´école. Alors, un soir, il m´a pris à part et il m´a dit : « fils, il te faut apprendre à devenir fidèle à ton nom. » Alors, le lendemain, pour lui faire plaisir, j´ai cramé une poubelle. Puis un chat. Puis l´école. Puis ma maison. Et je suis parti. »
Fenrir regarda longuement son interlocuteur. Avec quelqu´un d´autre, ces mots l´auraient sûrement surpris â€" mais venant de Pyro, ils n´étaient pas très étonnants. Qui plus est, il doutait que quoi que ce soit le surprenne, ces temps-ci. Mais il se demandait tout de même si son compagnon blaguait ou était sérieux. Quand il lui demanda, quelques minutes plus tard, il lui répondit simplement qu´on ne savait jamais.
3. Recueil du Savoir Relativement Progressif : On ne sait jamais
Un sage a un jour dit : « La seule chose que je sais, c´est que je ne sais rien. »
Cette citation a été l´une de mes premières leçons. Quand je l´ai entendue pour la première fois, j´ai été indigné â€" pire, je me suis senti insulté. Il était évident pour moi que, même si je prenais parfois à tort des choses vagues comme étant des certitudes, je SAVAIS des choses. Je savais que 1+1=2, par exemple. Je savais aussi que tout ce que l´on jette en l´air doit forcément retomber. Je savais aussi cuisiner de délicieux petits pains fourrés.
Cette phrase m´indignait mais, en même temps, m´intéressait. M´attirait. Je voulus savoir ce qui pouvait bien pousser l´un des plus grands philosophes des derniers millénaires à dire qu´il ne savait rien, lui qui savait tant de choses. J´ai donc médité sur le sens de ses mots.
Ce n´est que très récemment que j´ai compris.
4. . . . . . . . . _ _ _ _
……………- - - Interférences - - -
Dossier premier
Commu. 14567 NOM DE CODE: Secourir la Belle
EN CHARGE : Com. R. Dream [-A] (Statut : -)
- Adj.-chef Fenrir [-B] (Statut : -)
- Adj. S. Pistols [-C] (Statut: inconnu)
- Adj. A. Pingu [-D] (Statut: -)
Chargement des données…
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COMMUNICATION 14567 â€" ACTIVE
23h28 Adj. [-D] â€" P´tain, Fenrir, fais attention à où tu poses tes pieds!
23h28 Adj.-chef [-B] â€" Si tu cessais de marcher comme un pingouin, ça serait plus aisé.
23h29 Adj. [-D] â€" Mais merde, t´es vraiment trop con! Attends que je…
23h29 Com. [-A] â€" Pas de communications privées sur le chan de groupe. Et cessez de parler, vous perturbez mon karma. Bande d´idiots.
23h29 Adj. [-D] â€" Oui, commandant. Certes, commandant. Désolé, commandant. Tu veux un café avec ça?
23h30 Com. [-A] â€" Stop. J´entends quelque chose.
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23h33 Com. [-A] â€" Hé, reste pas planté là!
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Interférences - - - - Chargement de la séquence suivante - - - Chargée…
23h56 Adj. [-D] â€" Commandant! Fenrir est tombé dans un putain de trou.
23h57 Com. [-A] â€" Qu-… -oi? … -étez. Répétez, … -judant. Répétez!
23h57 Adj. [-D] â€" J´ai dit : Fenrir est tombé dans un genre de fossé au milieu de ce putain de chemin. Il est profond d´une quinzaine de mètres, je dirais. Je vois pas bien. Vous me recevez?
23h58 Com. [-A] â€" Cinq sur cinq. J´arrive.
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24h00 Com. [-A] â€" Adjudant-chef Fenrir, vous me recevez?
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24h02 Com. [-A] â€" Adjudant-chef Fenrir, si vous me recevez, émettez immédiatement!
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