Message édité le 27/12/2009 à 09:42.
Quelque chose heurte le conduit.
Une explosion.
La lumière au bout du tunnel.
Elle, elle n´a aucune prétention. Vraiment. Il n´y a pas de public à satisfaire, plus aucun spectateur pour sa vie. Rien qu´elle et du brouillard. Et c´est tout.
Elle se fixe, se moue, se crampe. La rivière coule le long de ses jambes. Rien à foutre. Elle continue de grimper, de grimper, de grimper.
Le sommet du pic à glace harponne la glace et la roche. Elle cherche une prise, un creux, un trou. La rédemption. Elle songe brièvement à la biogénétique. Le pic s´enfonce, creuse la pierre et un morceau de point de beauté tombe. Elle le fixe de ses yeux jaunes. Au fond d´elle, elle sait qu´elle s´en fiche. Ce n´est là que le souvenir d´une époque bien plus faste. La jeunesse n´a plus aucune signification.
Sous la surface trouée, le calcium s´agite.
L´ascension continue. Monter, elle doit monter, aller toujours plus haut…
C´est un cap, une péninsule. Elle est à sa limite physique.
Respire.
Le corps ne la soutient plus, il lâche, mais l´esprit prend le relais. Respire.
L´oxygène heurte le conduit.
La brume semble plus légère. Un « merde » lui échappe, et sa voix porte loin, très loin. Soupir. Personne pour l´entendre. Le rideau tombe.
Sept minutes de plaisir.
Elle en est à la dernière courbe, le dernier obstacle à son ascension. Ses doigts glissent sur le calcaire. Elle se resserre, elle agrippe, elle applique ses serres de harpie et raffermit sa prise, son être. Il ne lui suffit que d´une pincée de volonté.
Elle se fixe à une excroissance - ses épaules osseuses et pointues â€" et l´utilise comme un tremplin.
L´y voilà. Elle a atteint le sommet. Plus haut il n´y a rien, si ce n´est un ciel nuageux, gris, qui semble bien déterminé à lui cacher les étoiles.
Sept minutes de plaisir et de l´eau sur ses cuisses. La réalité se chamboule, se dénonce. Elle s´assied sur le bord et observe le niveau monter. Bientôt, elle sera inondée. Tant pis. Ça devait arriver un jour ou l´autre.
Elle corrige sa position, une roche pointe dans sa fesse. Ça démange.
Elle entend comme une voix. Il lui faut une plus grosse dose.
C´est vraiment gênant. Ça pique.
Pique, pique et colle et grammes.
Une explosion dans la coupe.
Son regard se perd dans les flots qui s´agitent. Inlassables. Elle voudrait bien l´être, mais elle sent une fatigue indescriptible enlacer son être. Au moins, elle n´a plus mal. Elle n´aura plus jamais mal.
Elle admire la danse de l´eau. Au loin, il lui semble voir comme un berceau qui flotte. Des pleurs de bébé résonnent dans ses oreilles. Elle les ignore. Il n´y a aucune métaphore à faire ici. La réalité n´a rien de poétique.
Pourtant, elle ne peut s´empêcher de fixer le berceau qui s´éloigne. Les pleurs sont remplacés par une voix chaude, masculine, diablement attirante, trompeuse.
« Ta beauté m´inspire des mots qui le vocabulaire dépassent. Quand tu passes, tous les crayons trépassent. »
« Tout mon être ne peut s´empêcher de trembler quand je songe à tes yeux se rivant sur mon dos. »
« Oh, que j´aimerais m´oublier en toi, vider mon essence dans le gouffre de ton être. »
« Regarde-moi. »
« T´aimes ça, hein, ma { BIP } ? Sale garce ! »
Elle affiche un mince sourire, qui s´applique sur tout son corps comme un linceul. Vider son essence. Cracher son surplus existentiel dans la moiteur métaphysique de la coupe divine au sommet de ses hanches.
Elle n´a pas d´excuse. L´eau coule, glisse sur ses cuisses, tombe dans le gouffre et alimente la mer qui monte, monte, monte. Elle ne veut pas l´admettre, elle déteste les métaphores, mais il y a quelque chose de très symbolique là-dedans.
Elle ferme les yeux. Sept minutes de plaisir. Bientôt elle reprendra contact. L´eau touche ses pieds. Elle monte, elle la rejoint de plus en plus vite. Cette fois-ci, il n´y aura pas de rongeurs multicolores ou de requins à tête chercheuse pour la sauver.
Elle ouvre les yeux. Elle voit un ange tout vêtu de blanc, sa tunique tâchée par le sang. Il a un masque étrange sur la bouche, et un bonnet franchement hideux. Mais elle peut deviner son sourire chaleureux. Elle lui rend. Le paradis l´attend.
Il parle.
« C´est une fille. »
Elle cligne. De quoi parle-t-il ? L´eau monte. Ça ne devait pas être important. Il aura tout le temps de lui parler plus tard.
Elle aimerait quand même lui adresser la parole. Rien que pour la forme. Elle sait qu´elle ne doit pas, rien ne doit plus la retenir, mais elle ne prend aucun crampon, elle demande simplement. Sans attendre de réponse.
« Avez-vous déjà vu… un homme nu sur un cheval ? »
L´eau monte. Sept minutes de plaisir. L´ange ne lui répondra pas. Tant pis.
Elle se noie, mais ce n´est pas désagréable. Elle avale un peu. Ça a comme un goût de chocolat et de fraise. Une saveur d´enfance.
La lumière au bout du tunnel.