Kinemu a écrit : Êtes vous d'accord pour remodeler la grammaire française pour qu'elle corresponde à nos valeurs actuelles ? (Sans mauvais jeu de mots)
(Pour ma part oui, parce qu'une langue montre une évolution dans le temps et qu'il ne sert à rien de conserver l'obsolète, surtout quand on connaît l'intention (mauvaise) de départ.) |
bouh00 a écrit : En quel honneur ? Être "du bon côté de la barrière" (ce que tout le monde pense être, soit dit en passant) est une raison suffisante pour imposer ses vues aux autres ?
En plus, pour le coup, on parle d'une langue. Pas d'un truc que l'on peut "remodeler" d'un claquement de doigt parce que ça nous arrange. Quand une règle de grammaire sera devenue obsolète et cessera de faire sens, alors on la 'remodèlera' ; il n'est pas bon de vouloir changer la règle pour provoquer l'obsolescence de la future ancienne règle.
Quant aux (mauvaises) intentions de départ, c'est un peu romancé par Usbek & Rica (il faudra d'ailleurs leur rappeler que « Le masculin l'emporte sur le féminin », c'est du flan). |
Kinemu a écrit : À aucun moment il n'est sujet d'imposer quoi que ce soit à quiconque, d'où la demande "êtes vous d'accord"
[+ texte sur les supposées intentions de départ] |
Bah si, il s'agit de ça. (Mais, en me relisant, je vois que ma façon de le dire était ambiguë.)
Si tu veux "remodeler la grammaire française" pour qu'elle "corresponde" à tes valeurs (les nôtres ne sont pas celles de tout le monde, ni même celles de tout le monde ici, ayons conscience de ça), tu auras beau en avoir demandé l'accord (de qui ? comment tu procèdes pour recueillir les avis ? à la majorité ? à l'unanimité ? tu consultes qui ? l'Académie ? le gouvernement ? le Parlement ? les Français ?les francophones ? etc.), comment tu procèdes concrètement pour remodeler la grammaire ?
Tu passes par une loi ? Par l'Académie ?
Dans les deux cas, ce serait imposer les changements, même avec l'accord de chacun (accord qu'il est illusoire de croire possible à court ou moyen terme).
Et, encore une fois, on parle d'une langue vivante, pas de quelque chose que l'on devrait pouvoir dévoyer en un outil de lutte politique et sociétale, aussi juste fût-elle. La langue, c'est d'abord un outil de communication pour se faire comprendre qui appartient non pas à l'Académie, aux pouvoirs politiques ou à ceux qui l'auraient créé (et qui sont morts depuis longtemps) mais à ceux qui la parlent, qui utilisent cet outil. C'est pas du C#, quoi xD
(Et les évolutions notables se font pour des raisons pratiques, d'usage et/ou de logique, pas morales.)
Comment peut-on à la fois s'insurger que ce soient des motifs politiques qui aient modifié la grammaire il y a 5 siècles (même si c'est faux, mais ça ne change pas l'argument)... et vouloir faire les modifications inverses (ou presque) pour des raisons politiques égales ? La différence étant que, cette fois-ci, nous jugerions "bonnes" les intentions ?
L'enfer est pavée de bonnes intentions
Bref, ce serait faire les choses à l'envers.
Quant aux causes de cette ancienne évolution grammaticale, ce n'est pas ta faute puisque tu ne les as pas écrits, mais les deux articles que tu cites sont quand même un peu des conneries
Spoil : Usbel & Rica
Le titre du premier, « Le masculin l'emporte sur le féminin » : Bien plus qu'une règle de grammaire, fait référence à une règle imaginaire citée inlassablement dans l'article mais qui n'existe pas réellement (fais une recherche sur "le masculin l'emporte sur le féminin académie française", qu'on rigole un peu).
La règle, si l'on devait la nommer, serait plutôt quelque chose du genre « Les genres neutre et masculin ont la même graphie » - parce que c'est bien de la place du neutre et de sa disparition progressive que vient l'usage actuel... disparition qui a aussi "mis au féminin" un grand nombre de concepts, genre la République, la Liberté, l'Égalité ou la Fraternité, entre autres exemples pas tout à fait innocents en France ;)
Factuellement, il y a plein de trucs qui déconnent un peu dans l'article de Usbek & Rica.
D'une façon plus générale, il est très orienté et argumentatif, pas spécialement objectif, au contraire :
- invoquer Brouhous est soit une erreur soit malhonnête (j'y reviendrai...),
- la façon dont ils proclament certaines "règles" n'est pas très rigoureuse,
- certains faits sont totalement hors-sujet (je cite : « Retour en arrière pour comprendre d’où vient cette règle. Au début, lors de la sédentarisation, les hommes allaient à la chasse et les femmes cuisinaient. Par la suite, ce sont les hommes qui vont à la guerre, les femmes restent s’occuper des enfants. Le masculin va « l'emporter sur le féminin » au XVIIIe siècle, mais il n'en a pas toujours été ainsi. » ; comme si leur vision - par ailleurs fausse, décidément, quand ça veut pas... - de la sédentarisation avait un rapport avec la choucroute...),
- dans le passage où ils prétendent répondre à la question "Quelle influence du langage sur la société ?", leur introduction est juste une traduction du propos introductif de l'étude dont il parle juste après mais ce n'est précisé à aucun moment que ce texte est une traduction et pas leurs propres mots, et il en va de même pour les autres passages censés répondre à cette question,
- d'ailleurs, l'image présentée juste en dessous n'est autre que la figure 1 de l'étude, et la légende de Usbek & Rica est une simple traduction de la légende proposée par Gay, Santacreu-Vasut et Shoham (les auteurs de l'étude),
- la différence entre une corrélation et une implication, ça parle à personne ?
- sans parler de l'échantillon foireux dès le départ (selon leurs propres hypothèses !),
- «A la suite de cette étude, les chercheurs déclarent que le besoin de se référer à un objet comme étant masculin ou féminin peut pousser les gens à attribuer sélectivement des qualités masculines ou féminines à cet objet, ce qui renforce les stéréotypes. Cette proéminence dans la grammaire peut influencer la mentalité du locuteur et ses représentations du masculin et du féminin dans la société. Attention, ça pique : vaisselle en porcelaine = femme = casse facilement, pour grossir le trait. », je vais commettre un meurtre, sérieusement, ça frise la désinformation, là...
- en plus, ces cons ne savent pas lire : c'est une autre étude qui envisageait ça, sans pouvoir le prouver, l'étude de Gay, Santacreu-Vasut et Shoham concernait un autre domaine.
Je pense donc pouvoir objectivement affirmer que cet article est merdique
Concernant l'article du Monde, moins structuré qu'un bon discours oral, il commet certaines erreurs communes au précédent, notamment... oh, mais attends un peu !
ALCHIMY.info pour Usbek & Rica, le 4 juillet 2017, a écrit : Retour en arrière pour comprendre d’où vient cette règle. Au début, lors de la sédentarisation, les hommes allaient à la chasse et les femmes cuisinaient. Par la suite, ce sont les hommes qui vont à la guerre, les femmes restent s’occuper des enfants. Le masculin va « l'emporter sur le féminin » au XVIIIe siècle, mais il n'en a pas toujours été ainsi. « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte », affirme l'abbé Bouhours en 1675. « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », complète en 1767 le grammairien Nicolas Beauzée. |
Anne Chemin pour Le Monde, le 14 janvier 2012 (donc 5 ans avant) et édité le 28 janvier 2017 (donc quand même 6 mois avant), a écrit : La règle précisant que le masculin l’emporte sur le féminin finit par s’imposer au XVIIIe pour des raisons qui ne doivent pas grand-chose à la linguistique : à cette époque, la supériorité masculine va tout simplement de soi. « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte », affirme Bouhours en 1675. « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », complète élégamment, en 1767, le grammairien Nicolas Beauzée. |
Ils se font quand même pas trop chier, Usbek & Rica ! Franchement, à ce niveau-là, autant faire un simple copier/coller, parce que les seuls passages où ils se sont un peu écartés des textes sur lesquels ils pompent, ils écrivent nawak.
Bref, c'est pas trop le sujet (c'est pour ça que j'ai mis mon blabla sur leur article dans un spoil... et aussi parce que mon message est définitivement trop long).
Je maintiens, et l'article d'Anne Chemin ne me contredit pas vraiment, qu'accorder au neutre donc avec la graphie du masculin (donc au masculin d'une certaine façon) n'a pas été imposé par je ne sais quel accord, décret ou édit sorti du Parlement ou de l'Académie (qui n'existait même pas lorsque le changement s'est amorcé) puisque l'on a des traces, y compris dans ce second article, de l'utilisation simultanée de l'accord de proximité et de l'accord actuel durant des siècles (littéralement, ceci n'est même pas une exagération).
Ainsi, on pourra toujours invoquer des types comme Bouhours qui était à la langue française du XVIIe. siècle pour refaire l'histoire avec leurs fantasmes mais il faut préciser que celui-ci est d'abord était un prêtre, un religieux du XVIIe. occupé à se faire mousser dans des salons littéraires et nourri d'un immense sentiment de supériorité tant pour la langue et la prononciation françaises que pour sa classe sociale et sa propre personne (les maux de l'époque) avant d'être un grammairien certes émérite, et qu'il n'a jamais fait partie d'aucune institution ou d'une quelconque organisation ayant la moindre légitimité sur la question. En fait, c'est un mec qui a écrit des livres de grammaire critiqués par certains de ses illustres contemporains (mais très utiles pour nous car ils nous renseignent sur la mode de l'époque), que l'on fait parler à propos d'une évolution qui à l'époque était encore en cours. Quel a été son impact véritable sur ladite évolution de la langue ? Jusqu'à preuve du contraire, minime.
De fait, comme je le disais au début du paragraphe précédent, notre façon moderne d'accorder n'est pas l'oeuvre d'une règle établie par une entité plus ou moins bien ou mal intentionnée, c'est juste qu'au fil du temps tout le monde l'a adoptée. Et si Bouhours s'en serait réjoui parce qu'il trouvait le masculin plus noble que le féminin, on peut aussi envisager que pour beaucoup d'autres (la majorité ?) ce fut par souci de clarté, parce que c'était plus pratique, que ça répondait à une demande d'uniformisation et de simplification, etc.
En gros, comme pour la quasi-totalité des évolutions d'une langue vivante, y compris en français, c'est l'usage qui l'a emporté.
Et j'en reviens donc à ce que je disais au départ : non, on ne remodèle pas la grammaire ! On ne touche à rien, on attend de voir ce qu'il se passe et pourquoi ça se passe (d'un point de vue grammatical).
P.S. : Je voulais faire court, c'est raté. Heureusement que je ne réponds qu'à la première question
