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Freya Chapitre 3 sur 6

Freya · Silver_Altaria

Chapitre 3

Eléa

6 min de lecture · 1 417 mots · publié le 2 février 2008

Jamais je n’ai enfreint aucun règlement, aucun ordre qu’on m’avait donné. Et voilà que, sur une nuit de temps, je me retrouve à planquer quelqu’un chez moi !
Surtout que Nagi a des penchants dangereusement immatures. Sur la nuit de l’Orphan, il a failli se faire repérer trois fois en faisant le mariolle. J’ai dû faire de gros efforts de volonté pour rester éveillée malgré les gouttes de sang que je devais éponger.
Le lendemain, je prends le journal sur la table. Un seul coup d’œil sur la une me suffit pour comprendre qu’une école qui explose, ça n’arrive pas tous les jours. Surtout quand un second ovni pointe son nez pour faire ami-ami avec le premier. Bien sûr, je ne fais allusion à personne en particulier.
Pendant que je fais mes devoirs, Nagi me demande soudain :
-Ca te dérange si je m’absente un moment ?
-Parce que tu me demandes la permission maintenant ?
Il se téléporte. J’ignore où il est allé, mais toujours est-il qu’il revient quelques heures plus tard, vachement secoué. En plus de ça, il crache du sang.
-Nagi, t’es encore en train d’asperger le sol avec ça ! Prends un essuie-tout ou je ne sais quoi d’autre !
-Parce que tu crois que je peux y aller peut-être ? Je me planque ici, je ne fais pas une promenade de santé !
-Ma mère n’est pas là, tu peux très bien aller à la salle de bains tout seul...
-Sauf que je ne sais pas où elle est. A moins que mademoiselle n’abandonne ses devoirs deux secondes, je vais bientôt être obligé de cracher sur autre chose que le sol.
-Ok...
Je l’emmène deux portes plus loin et lui mets un essuie-bain dans les mains.
-Maintenant, débrouille-toi tout seul.
-Sympa de me demander ce que j’ai...
-J’ai d’autres choses à faire. Comme tu l’as dit, tu te planques ici, c’est tout. Je n’ai pas de comptes à te rendre.
Je retourne à mes devoirs. J’entends alors Nagi frapper son poing contre le mur. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé pour que ça le mette dans cet état. Je m’en fiche complètement.
Alors que je les ai presque finis, nouveau bruit caractéristique d’une téléportation derrière moi. Nagi arbore un sourire satisfait.
-J’en ai trouvé une autre.
-Hein ?
-Une autre HiME.
-Ah...
-Tu devrais la rencontrer.

Ca, on peut dire que je ne m’y attendais pas.
Une gosse. Cette HiME-là ne doit pas avoir plus de treize ou quatorze ans. En plus, je n’avais jamais vu quelqu’un au teint si pâle. Peut-être est-ce le fait qu’il neige, mais elle est aussi blanche que les flocons. Tremblante aussi, elle est morte de trouille.
On s’est retrouvées dans un parc à l’abri des regards. Elle a à peine osé me regarder, frémissante qu’elle était. Moi non plus, je dois avouer que ça m’émeut et me révolte à la fois qu’une fillette soit embarquée dans le festival.
-Comment t’appelles-tu ? je tente, en guise de tentative d’approche.
-E... Eléa. On... Nagi m’a dit, tu es le chef ?
-Il parait, mais je n’en sais rien. Je ne sais même pas ce que j’ai fait pour ça.
-Tu maîtrises quel Child ?
-Je ne sais pas exactement. Même si je suis censée pouvoir les invoquer tous, je n’en ai jamais appelé aucun.
-Moi, j’ai Harry. Il y a deux jours, j’ai dû l’appeler pour empêcher un accident de train. Un Orphan avait commencé à détruire les rails.
Je frissonne. Ca me fait peur qu’elle en parle aussi calmement, comme si cela faisait longtemps qu’elle s’était acclimatée à la situation. Mais non. Nous restons sans bouger quelques minutes puis elle se met à pleurer. Si doucement d’abord que je ne le remarque pas. Ses sanglots se font soudain plus saccadés et forts. Je ne peux m’empêcher de la prendre dans mes bras. Juste pour la réconforter, sinon elle ne tiendra pas.
-Je suis désolée...
-Non, c’est rien. Pleure...
-J’ai mis la vie de mon frère en jeu en acceptant Harry. Ca me tue de savoir qu’il mourra quand je serai vaincue !
- On n’a pas le choix, Eléa. C’est le prix à payer pour les protéger, tous.
Je la ramène devant chez elle. Je n’ai aucune envie qu’un Orphan lui tombe dessus maintenant. Je lui passe aussi mon numéro de téléphone.
Au cas où.

-Quoi ? Tu arrives déjà demain ?
La voix de mon père résonne joyeusement dans le combiné.
-Eh oui ! J’avais juste quelques affaires à régler à Bruxelles. Désormais, je peux passer vous voir, ta mère et toi. Ca ne te dérange pas, au moins ?
-Non, bien sûr.
Et zut, comment je vais faire moi pour cacher Nagi dans ces conditions !?
-Ah, Hélène voudrait te parler, tu es d’accord ?
-Oui...
-Allà, Freya ? Je suis Hélène, la compagne de votre père... J’aimerais vous parler de quelque chose. Attendez une seconde... Chéri, tu peux aller voir si la voisine peut nous rendre le barbecue ?
Silence radio pendant cinq secondes, puis j’entends une porte claquer.
-Voilà, il est parti, je préférais ne pas évoquer cela devant lui... Voyez-vous, je suis une valkyrie moi aussi.
-Encore une !? Hum... pardon, c’est que j’en ai rencontré une aujourd’hui...
-Jeune, j’imagine.
-Elle ne doit pas avoir plus de quatorze ans et chaque jour elle s’inquiète en pensant à son frère dont elle met la vie en jeu. C’est normal, d’après vous ?
-Rien n’est normal dans cette affaire. Tout ce que nous avons à faire, c’est éliminer les Orphan et c’est tout.
-Sans doute...
-Il y aura quelque chose après, n’est-ce pas ?
-Je ne pense pas qu’on nous laissera un seul instant de répit. Pour ceux qui organisent cette saleté de festival, la seule chose à assurer c’est les combats. Encore et toujours des batailles. Vous croyez franchement qu’on nous lance dans l’arène pour trucider des monstres et puis basta ? Non en effet, je n’y crois pas. Sur ce, je vous laisse.
Là, j’ai fait fort. En raccrochant ainsi au nez d’Hélène, je ne commençais pas de la meilleure manière notre relation. Après tout, ce n’est pas si grave, je préfère l’avoir en face de moi pour régler ça.
-Freya, me crie ma mère, téléphone pour toi !
Je me précipite. C’est Eléa.
-Freya ? Un Orphan est en train de ravager le centre-ville ! Il est énorme, je ne vais pas pouvoir l’affronter seule !
-J’arrive.

Nagi me rejoint alors que je sors en quatrième vitesse de chez moi.
-Tu vas aller combattre alors que tu ne sais pas invoquer de Child ?
-Qu’est-ce que t’en sais ?
-Heu... Désolé. En fait, j’ai peur que ça se passe mal, c’est tout.
-Quand on est humain, la peur est un sentiment tout à fait normal. C’est l’une des choses qui peuvent te lacérer les entrailles de douleur.
-Et l’autre chose ?
-Pas le temps de t’expliquer. Je peux utiliser quel genre de Child ?
-Tous, pour toi ça dépend de l’émotion du moment. Suffit d’avoir la volonté de l’invoquer, ça finira par venir tout seul.
Je me concentre et je cherche. Il me faut quelques secondes pour qu’un nom me paraisse évident.
-Duran !
Me voilà avec un Child moitié loup moitié robot devant moi, avec un lance-missiles sur le dos. Dans mes mains sont apparus deux petits pistolets.
-Eh attends, tu veux que je fasse quoi avec ça ?
-Duran est juste là pour t’aider à vaincre l’Orphan. Sinon, fais comme d’habitude.
Je chevauche Duran pour aller jusqu’au centre-ville. C’est une fois là-bas que je remarque une masse sombre au sol, deux mètres derrière l’Orphan qui s’attaque à un immeuble.
-Eléa ! Eléa ! Ca va ?
-L’Orphan... Il m’a battue, j’ai échoué, Harry est parti...
-Eh, tiens bon hein !
-Mon frère...
Puis elle s’évanouit. Je cherche fébrilement un pouls : c’est bon, elle a juste été assommée par le choc. Je me retourne vers l’Orphan.
Qu’est-ce que je fais maintenant ?
Un murmure. C’est Eléa.
-Cartouche... Argent...
Mais oui, le lance-missiles !
-Duran, charge la cartouche d’argent ! Feu !
Le missile file dans l’air avant d’exploser au cœur de l’Orphan. Il ne l’a pas vu venir. Il se tord de douleur avant d’exploser. Ne reste plus de lui que des poussières d’étoiles.
Je retourne auprès d’Eléa. Elle a repris quelques couleurs mais ne se réveille pas, donc j’appelle une ambulance.
Au loin s’élèvent des poussières d’étoiles, ce qui reste du frère d’Eléa qui s’évapore dans le ciel nocturne.