Maître du Jeu a écrit : Hoenn, région chaude et tropicale où vivent de merveilleuses créatures appelées les Pokémon, mais tout cela vous le savez déjà, non ?
Au cœur de cette grande île, perché en haut des cimes d’arbres gigantesques, se trouve le paisible village de Cimetronelle. Un bourg calme, coupé du monde et agréable à vivre pour qui n’est pas incommodé par la pluie, les orages ou les gros Pokémon insectes.
C’est donc par une soirée chaude et humide que la championne d’arène locale, la belle Alizée, a décidé de sortir faire une balade vers la route 120. Drôle d’idée à priori mais elle doit y retrouver un homme pour un premier rendez-vous galant… Eh oui, à son âge Alizée est ENCORE célibataire, mais, par chance, elle est tombée sur un tout nouveau site de rencontres sur le net, créé par une mystérieuse « Mademoiselle Lovdisc ». Trois clics et hop c’était fait : Alizée avait un rencard ! Malheureusement, Cimetronelle est le trou du cul d’Hoenn (si vous me passez l’expression), son prince charmant avait accepté de venir la voir depuis Nénucrique et les deux Colombeau devaient se retrouver à mi-chemin entre les deux villes… Au milieu des hautes herbes pleines de Ninjask et des marais remplis de Cradopaud, l’ambiance s’annonçait romantique et surtout torride à souhait.
Insouciante, rêveuse, Alizée longeait les très hautes herbes du sentier principal, emmitouflée dans son long imperméable bleu ciel. Le soleil s’était finalement couché et elle n’avait toujours pas atteint le lieu du rendez-vous. Alizée pressa le pas. Étrange, elle avait l’impression d’avoir déjà vu ce gros rocher couvert de mousse un peu plus tôt dans la soirée… Elle frappa du pied contre le sol boueux, non elle ne pouvait pas s’être perdue, pas CE soir ! Un bruissement de feuillage la fit se retourner brusquement dans l’obscurité.
« Marc ? Marc c’est vous ? » Appela la championne d’une voix remplie d’espoir.
« GRAW ! »
Dans un rugissement semblable à un coup de tonnerre, un monstre jaillit des hautes herbes et se jeta sur Alizée. La jeune femme n’eut même pas le temps de crier. Elle s’écroula dans la boue, son imperméable déchiré ruisselant de sang…
Les Grahyèna-garous de Cimetronelle (LG #13).
Le lendemain à l’aube, Rubis, un jeune dresseur venu de Bourg-en-vol (oui il porte le nom d’une chanteuse de cabaret mais c’est quand même un garçon), frappa à la porte de l’arène. Personne ne répondit. Un peu agacé, Rubis se rendit au Centre Pokémon pour signaler l’absence de la championne à l’infirmière Joëlle. La jolie soigneuse parut perturbée par cette nouvelle, ce n’était pas le genre d’Alizée de fuir ses responsabilités, même pour un homme… Aussitôt que le garçon fut reparti, l’infirmière donna un coup de fil à sa vieille amie : l’agent Jenny, chef de la police de Cimetronelle. La policière prit la disparition d’Alizée encore plus au sérieux que Joëlle. Elle enfila ses bottes en caoutchouc, accrocha son arme de service à sa ceinture et emmena avec elle ses deux adjoints et leurs Caninos explorer la route 120.
Au bout de plusieurs heures de recherches, elle finit par la trouver, ou du moins ce qu’il en restait… Le corps d’Alizée était méconnaissable, les deux Pokémon chiens hurlèrent à la mort en voyant le cadavre sanglant et déchiqueté de la championne qui était si bonne avec eux. L’un des assistants de Jenny ne put s’empêcher de vomir derrière un buisson.
« Reprends-toi ! » Ordonna Jenny, elle-même plus pâle qu’un Lamantine.
« Mais… Qui a bien pu faire une chose pareille ?!?
- A première vue on dirait l’œuvre d’un Grahyèna… Un Grahyèna particulièrement féroce.
- C’est… C’est pas un Grahyèna ordinaire… » Balbutia le policier malade qui avait encore un peu de vomissures au coin des lèvres.
« De quoi tu parles ? » Demanda Jenny.
« Ma grand-mère m’a raconté cette histoire quand j’étais gosse : la malédiction du Grahyèna-garou… Un homme qui les nuits de pleine lune se transforme en Grahyèna. Il est assoiffé de sang et parcourt alors les hautes herbes à la recherche de proies faciles mais sa nature le pousse à chercher plus que tout de la chair humaine… »
L’autre policier frissonna de terreur mais l’agent Jenny se redressa après avoir recouvert le corps d’Alizée d’un drap.
« Balivernes. Cessez de vous monter la tête tous les deux et aidez-moi à emmener le corps ! »
Et les hommes obéirent, tristement…
Cimetronelle était en deuil ; la championne était morte, d’une mort abominable de surcroît. Alors qu’à l’ouest de la ville le bûcher funéraire consumait les restes de la pauvre Alizée, l’agent Jenny regardait fixement les flammes, plongée dans ses pensées. Elle ne pouvait s’empêcher de ressasser ce que lui avait dit son adjoint. Et s’il avait raison ? Pas pour cette idiotie de transformation mais sur le fait que le coupable de ce meurtre sauvage pouvait être un homme et non pas un Pokémon. Pire encore, Jenny redoutait qu’il ne s’agisse pas d’un meurtrier mais de plusieurs…
Après la cérémonie funéraire, elle accosta discrètement l’infirmière Joëlle pour lui confier ses doutes. L’infirmière l’écouta, déglutit avec difficulté, avant d’hocher positivement la tête et de retourner au pas de course vers le Centre Pokémon. « Tous, nous sommes tous en danger… Songea l’infirmière. Je ne peux pas laisser faire ça. »
De son côté, seule dans son bureau, Jenny réfléchissait encore. Elle devait mener son enquête discrètement, si le coupable était réellement un humain, elle craignait d’être la prochaine sur la liste de l’assassin. Alors Jenny prit sa décision. Elle enleva son uniforme qu’elle rangea soigneusement dans son casier et posa son insigne sur son bureau avant de sortir du commissariat. Bien décidée à se déguiser pour enquêter sur cette affaire en toute discrétion en se mêlant à la populace… Personne ne la reconnaîtrait.
Le soir venu, Rubis dépité que son adversaire se soit fait trucider se rendit au Centre Pokémon pour y dormir. Le bâtiment était vide mais la porte encore ouverte.
« Y’a quelqu’un ? Demanda le jeune homme. « Eh oh ! Infirmière Joëlle ? Vous êtes là ? »
Rubis s’approcha du guichet d’accueil, un papier y était accroché :
[Je serais absente pour une durée indéterminée. Prenez ce dont vous avez besoin pour vos Pokémon mais veillez à tout laisser en ordre. Cordialement, Joëlle, responsable du Centre.]
Rubis soupira, quelle ville de fous et quelle journée pourrie. Il passa dans l’arrière salle et ouvrit l’armoire à pharmacie. Il ne devait pas être le premier visiteur depuis le départ de Joëlle car il remarqua qu’il manquait deux flacons sur une étagère… Ou bien était-ce Joëlle qui les avait emportés ? Le jeune dresseur haussa les épaules, tout ça n’était pas son problème. Il prit une Hyper Potion pour son Roucarnage et s’envola dans la foulée pour Nénucrique.
La nuit finit par tomber sur la ville endeuillée, privée de son champion, de son chef de la police et de son infirmière, du moins en apparence… Ce soir-là aussi la lune était pleine, bien qu’à peine visible au milieu des nuages noirs et orageux. Et tandis que les villageois, s’endormaient le cœur en peine, un hurlement sinistre de Grahyèna s’éleva à l’est du village… |