N4 a écrit :
- "Je vous en supplie, pardonnez mon geste. La douleur et la peine m'étaient insupportables. Si c'est ça la damnation..."
- "Ne vous inquiétez pas, mon fils.", répondit Saint Pierre, empli de gentillesse. "Vous avez été renvoyé sur Terre pour finalement revenir de l'Enfer. Vous vous êtes montré fort et courageux, au-delà de toute attente... Et vous avez visiblement appris votre leçon ! Voilà vos péchés expiés."
- "Mais je..."
- "Non, non, n'ayez pas de remords. Une âme bienveillante et compréhensive sait pardonner ce genre de détails. Voyez plutôt le bon en vous: vous avez aimé et protégé votre être cher, vous lui avez pardonné son passé, et lui êtes resté fidèle dans les moments les plus difficiles où tout paraissait perdu et sans espoir. De plus, vous n'avez pas hésité à consoler les plus inconsolables, à réconforter les plus irréconfortables, en un mot à aider votre prochain. Et rien que pour ceci je vous garantis l'accès au Paradis. Puissez-vous y trouver repos."
- "Je... je vous remercie, mon père. Je me sens tellement heureux... libre, délivré"
- "Requieeeem", s'exclamèrent de bonheur les innocents villageois, auréolés.
- "Requieeeem", s'exclamèrent de douleur les innocents villageois, condamnés.
Quelques heures plus tôt, le crachin avait cessé et la voûte céleste luisait à présent de milliers d'étoiles qui, dans un silence féérique merveilleux, dessinaient la silhouette escarpée du domaine montagneux, où hiboux et renards endossaient infatigablement leur rôle nocturne. À chacun sa rengaine: hululements envoûtants pour les uns et glapissements à glacer le sang pour les autres. Et telle était également l'incontestable stratégie adoptée par humains et Diablas dans cette inconcevable tragédie, pour mieux manipuler, mieux se protéger, mieux cerner. En un mot, survivre. La moitié du camp y a hélas déjà failli. Et un nouveau drame était justement en train de se jouer autour de la faune hagarde. Le gardien y effectuait son tour de garde:
- "Hep, vous là ! Les mains en l'air.", joua-t-il de son fusil.
- "Voilà, voilà, doucement", obtempérèrent les deux inconnus de l'ombre.
- "Que faites-vous là ? Shaka et, euh, je n'arrive pas à te reconnaître dans une telle obscurité..."
- "Oh, tu sais, Skyline, le coeur a ses raisons que la raison ignore, et tu es bien placé pour le savoir", se moqua-t-elle.
- "Non, mais tu te fiches de moi ?", s'énerva l'usurpateur. "Tu ne vas pas me faire croire que toi, mariée, et dans les désastreuses circonstances actuelles, tu oses t'adonner ainsi à du libertinage frivole ? Mais retourne donc en bas à Vallensia, va donc retrouver ton mari traumatisé, il a bien besoin de toi, le pauvre. Qu'est-ce que tu attends ? Il n'y a que la mort et la désolation ici-haut. Pas plus tard que hier soir tu étais bouleversée et voilà que je te surprends bras dessus, bras dessous avec un sombre personnage !? Non, je refuse d'y croire."
- "Hahaha, perspicace le petit. Sombre dans tous les sens du terme, héhéhé.", ricana le second d'un air malsain.
Il n'en fallut pas plus pour que le préposé à la garde soit convaincu des réelles intentions de ces deux promeneurs de nuit.
Shaka vacilla. Le gardien avait dégainé en un éclair. Toute sa rage et toute sa haine placées dans la balle la terrassèrent à bout portant.
- "Voilà. Super ! Très bien ! Je vais mettre un terme à tout ça, sales rats. Finissons-en !", explosa-t-il de fureur victorieuse.
Il s'apprêtait à appuyer encore une fois sur la gâchette, mais soudain il s'immobilisa: son corps refusait de se plier à sa volonté.
- "Eh oui. Comme l'a si bien souligné notre très chère et estimée zucchina, qui d'ailleurs était loin d'être sotte, au contraire, le lendemain de l'inalpe, nous autres Diablas disposons de moult pouvoirs. Je t'ai ainsi paralysé. Et hop, surprise! Maintenant tu me vois sous ma forme humaine. Eh oui, c'était moi depuis le début !", se vanta le dernier Diabla devant Skyline estomaqué qui ne put dire mot. "Mais, que suis-je bête!", ironisa-t-il, "Je viens de me dévoiler. Tu comprends donc bien que, si je te laisse partir, tu risques bien d'avertir tous tes petits copains et vous allez tous vous ramener avec vos longues fourches pour me traquer, comme l'ont été mes ancêtres il y a bien longtemps. Non, non, non, ça ne va pas se passer comme ça. Tu en sais trop, tu ne me laisses donc pas le choix".
Sur ses mots, il se retransforma en Diabla et, de ses griffes acérées, la gorge il lui trancha.
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