En attendant la lumière · ze_gobou
Chapitre 2
L’éveil à la nuit
La nuit est la même pour une silhouette qui se hâte sans un regard autour d’elle, qui dans sa marche rapide ne semble pas appartenir à ce monde, mais déjà, en pensée, à son but.
La nuit est la même qu’à chaque fois, car elle n’est qu’une apparence fugitive, une image indigne d’intérêt.
« On n’y voit rien.
Alors ? »
Un bruit.
Lequel ?
Peu importe.
C’est dans le bruit qu’on prend conscience du silence.
Elle s’arrête, brusquement.
Rien ne change. Tout change.
Elle consent à exister.
Elle jette un regard furtif derrière elle. Rien qui retienne son attention. Elle aurait pu se retourner à nouveau, là, reprendre sa marche. « Pour être sûre », elle regarde à nouveau derrière elle. Plus longuement.
Bien sûr, il n’y a rien.
Alors elle prend conscience d’elle-même.
Aucun bruit.
Quelques réverbères éclairent. Il pourrait faire complètement sombre : rien ne bouge.
Le monde existe.
Le monde est vide.
Un gémissement s’échappe de sa bouche dans un nuage d’air chaud, trahissant une sorte de panique, qui monte progressivement en elle en même temps que le froid ambiant s’y insinue.
Elle prend conscience d’elle-même. Un peu plus.
Il lui semble à présent que la nuit la rejette, la pousse à continuer son chemin.
Ce qu’elle fait. Et cette courte pause, fugitive, interdite, lui semble déjà lointaine.
Elle ne perd pas tout à fait conscience d’elle-même. Elle sent qu’elle a été stupide. La nuit n’a pas eu plus de réalité à cet instant qu’à l’ordinaire.
Comme pour le vérifier, elle s’arrête de nouveau.
« Non… la nuit n’est pas froide, inquiétante, inhospitalière… La nuit est belle, la lune est belle… »
Elle pense, elle murmure pour elle-même, puis elle se tait, respectant le silence.
Elle lève les yeux vers le ciel. L’astre est là, derrière un banc de nuages gris, comme déchirés par on ne sait quel souffle. Une beauté distante, une beauté tout de même.
Elle se prend à croire des choses, des lambeaux de mots et de rêves qui lui reviennent.
C’est la nuit : l’heure de dormir. L’heure où l’homme renie la nature et tente de créer le jour. C’est la nuit, mais elle s’éveille.
Puis tout redevient comme avant. Elle reprend sa marche.
Mais elle ne refuse plus de regarder, de percevoir, d’exister.
Il reste en elle ce sentiment confus d’avoir transgressé un interdit, commis une erreur.
Mais elle se promet de recommencer.
Dernier souffle de conscience avant de se raccrocher aux habitudes, aux repères.
Et la nuit emporte l’ombre qui ne regrette rien, sous la lueur diffuse mais bienveillante de la lune.


