Pokémon Stadium est né d’un projet abandonné, a changé de nom en traversant le Pacifique et s’est retrouvé, en 2000, parmi les jeux de salon les plus vendus aux États-Unis. Retour sur l’histoire d’un jeu qui a fait passer les Pokémon de l’écran monochrome de la Game Boy à la 3D.

La jaquette de Pocket Monsters Stadium, le premier Stadium, sorti uniquement au Japon en 1998.

Un premier Stadium japonais, en 1998

L’aventure commence avec Pocket Monsters Stadium, sorti au Japon le 1er août 1998. Le projet était initialement prévu pour le 64DD, le lecteur de disques de la Nintendo 64, et devait faire combattre tous les Pokémon des jeux Game Boy. Le 64DD accumulant les retards, le jeu sort finalement en cartouche, avec seulement une quarantaine de Pokémon utilisables en combat, choisis parmi les plus joués en tournoi. Les autres devaient arriver par un disque d’extension pour le 64DD, qui ne verra jamais le jour.

Ce premier Stadium pose déjà les bases : le Transfer Pak, qui lit les cartouches Game Boy, la Tour GB pour jouer à Pokémon Vert, Rouge et Bleu sur la télévision, des coupes et des Pokémon de location. Il ne sortira jamais en dehors du Japon.

Toute la soluce en PDF, à garder près de la console Avec PF Premium, téléchargez les soluces complètes de 10 jeux en PDF à imprimer, lisez les dossiers experts en entier et profitez du site sans publicité. Voir les soluces PDF →

Pokémon Stadium 2… devenu Pokémon Stadium

Le 30 avril 1999, Nintendo sort au Japon Pokémon Stadium 2. Cette fois, les 151 Pokémon sont jouables, et le jeu ajoute la Citadelle des Champions d’Arène, le Club Junior et ses mini-jeux, le laboratoire et ses échanges. C’est ce jeu qui sera traduit pour l’Occident sous le simple nom de Pokémon Stadium, le premier n’ayant jamais quitté le Japon. Une source de confusion durable : le « Pokémon Stadium 2 » occidental correspond au troisième jeu japonais, consacré à Or et Argent.

Pikachu.

Le développement est assuré par Nintendo. Satoru Iwata, alors président de HAL Laboratory et futur président de Nintendo, a raconté avoir étudié lui-même la logique des combats de Pokémon Rouge et Vert, sans disposer du document de spécifications de Game Freak, pour la reproduire dans Stadium. Pour la version occidentale, le jeu est adapté : la Poké Coupe de Pokémon Jaune remplace les Coupes Nintendo japonaises, une Galerie photo est ajoutée aux États-Unis et Pikachu peut apprendre Surf à la fin du jeu (voir les différences entre versions).

La sortie en Occident

RégionDate de sortie
Japon (Pokémon Stadium 2)30 avril 1999
Amérique du NordFin février – début mars 2000
Australie23 mars 2000
Europe et France7 avril 2000
Nintendo Switch Online12 avril 2023, dans le monde entier

La sortie occidentale arrive au sommet de la « Pokémania ». Aux États-Unis, Nintendo lance le 6 mars 2000 une campagne publicitaire de 7 millions de dollars à la télévision, dans la presse et sur internet, organise une tournée nationale, le Pokémon 2000 Stadium Tour, et propose un pack Nintendo 64 aux couleurs du jeu. Chaque boîte contient le Transfer Pak, indispensable pour profiter du lien avec les jeux Game Boy.

En France, le jeu sort le 7 avril 2000, entièrement traduit. Le commentateur des combats est doublé par Jean-Claude Donda, voix bien connue des dessins animés. Pokémon Rouge et Bleu étaient sortis en France quelques mois plus tôt, en octobre 1999, et Pokémon Jaune suivra en juin 2000.

Un immense succès commercial

Au Japon, Pokémon Stadium 2 prend la tête des ventes à sa sortie et dépasse 1,3 million d’exemplaires vendus à la fin de 1999 selon Nintendo. Aux États-Unis, le million est franchi en quelques semaines, et le jeu devient le jeu de console le plus vendu de l’année 2000, et il tire les ventes de la Nintendo 64 cette année-là. Il ressort ensuite à prix réduit dans la gamme Player’s Choice. Au total, les chiffres connus dépassent 3,9 millions d’exemplaires, dont plus de 3,1 millions aux États-Unis et plus de 100 000 au Royaume-Uni.

Un accueil critique plus mesuré

La presse est globalement positive, avec une moyenne d’environ 79 % sur le site d’agrégation GameRankings. Les critiques s’accordent sur trois points :

  • Les modèles 3D des 151 Pokémon et les effets des attaques sont salués, même si les animations sont jugées un peu figées (les Pokémon ne se touchent jamais) et les décors assez pauvres.
  • Le lien avec les jeux Game Boy est le principal atout du jeu : faire combattre ses propres Pokémon sur la télévision et jouer à Rouge, Bleu et Jaune en grand.
  • Sans cartouche Game Boy, en revanche, l’intérêt baisse : plusieurs critiques jugent les combats avec des Pokémon de location sans enjeu, et le jeu répétitif. Certains le décrivent comme un simple complément des jeux Game Boy.

Les mini-jeux divisent : jugés trop simples par certains, souvent comparés défavorablement à Mario Party, ils sont appréciés par d’autres pour leur efficacité à plusieurs. Notre test revient sur ces points avec le recul.

L’héritage

Pokémon Stadium ouvre une série. Pokémon Stadium 2 (2001 en Europe) reprend la formule pour Or, Argent et Cristal, avec douze mini-jeux et une académie pour apprendre les règles. Sur GameCube, Pokémon Colosseum (2004) puis Pokémon XD : Le Souffle des Ténèbres ajoutent un véritable mode aventure, et Pokémon Battle Revolution (2007) prolonge le concept sur Wii avec les jeux Diamant et Perle. Après cela, la série s’arrête : les combats en 3D arrivent directement dans les jeux principaux, sur Nintendo 3DS, avec Pokémon X et Y en 2013.

Pokémon Stadium a aussi marqué Super Smash Bros. : une arène « Stade Pokémon », inspirée de ses combats et de ses terrains changeants, apparaît dès Super Smash Bros. Melee.