Un flipper construit autour du Pokédex
Pokémon Pinball est un jeu de flipper développé par Jupiter Corporation avec HAL Laboratory et édité par Nintendo sur Game Boy Color. Il est sorti au Japon le 14 avril 1999, en Amérique du Nord le 28 juin 1999, puis en Europe, et donc en France, le 6 octobre 2000. Son principe tient en une phrase : la bille est une Poké Ball, les obstacles sont des Pokémon, et chaque Pokémon attrapé s’inscrit dans le Pokédex du jeu.
Il n’y a ni scénario ni dresseur à contrôler. L’objectif est double : faire le plus gros score possible et compléter la collection des 151 Pokémon de la première génération. Cette collection est le vrai moteur du jeu, et c’est elle qui le distingue d’un flipper classique : pour avancer, il ne suffit pas de garder la bille en vie, il faut déclencher des modes précis en visant des cibles précises.
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Au lancement d’une partie, le jeu propose deux plateaux, la table rouge et la table bleue, qui font référence aux versions Rouge et Bleu des jeux principaux. Chaque table s’étend sur deux écrans, un haut et un bas, entre lesquels l’affichage bascule selon la position de la bille. Les Pokémon que l’on peut capturer dépendent de la table choisie : 27 Pokémon ne sont obtenables que sur la table rouge, 33 que sur la table bleue, et 91 sur les deux, en comptant les évolutions.
Les deux tables partagent la même logique, mais pas les mêmes accessoires. Sur la rouge, trois Voltorbe servent de bumpers, un Chétiflor avale la bille pour lancer la capture, un Métamorph garde l’entrée du mode Évolution et deux Taupiqueur commandent les déplacements. Sur la bleue, trois Kokiyas servent de bumpers, Ramoloss ouvre le mode Évolution et Crustabri le mode Capture, tandis que Ptitard et Psykokwak commandent les déplacements. Notre page dédiée à chaque table détaille tous les éléments, de la boucle de gauche au dernier voyant.
Capturer et faire évoluer : le cœur du jeu
Pour capturer, il faut allumer au moins deux des trois flèches GET en envoyant la bille dans la boucle de droite, puis la faire entrer dans la cible qui lance le mode Capture. Une silhouette apparaît, que l’on dévoile en touchant les bumpers six fois. Le Pokémon surgit alors, et quatre touches suffisent à le capturer, le tout dans un délai de deux minutes. Le Pokémon obtenu dépend du lieu, et le nombre de flèches allumées modifie la liste des apparitions : avec trois flèches, les Pokémon rares entrent dans le tirage.
Seuls les Pokémon de premier stade sont capturables. Les formes évoluées, 72 sur 151, s’obtiennent dans le mode Évolution. Il se déclenche en allumant trois flèches EVO puis en passant par l’entrée dédiée de la table. On choisit un Pokémon déjà capturé dans la partie en cours, puis on cherche, parmi plusieurs cibles, les trois qui libèrent un objet d’évolution : expérience, pierre ou câble Link selon l’espèce. Ce système de repérage oblige à lire la table et donne au mode un rythme très différent de celui de la capture.
Cinq niveaux bonus aux règles variées
Capturer un Pokémon allume une Poké Ball sous le panneau central, en faire évoluer un en allume deux. Trois Poké Balls allumées ouvrent l’accès à un niveau bonus. Chaque table possède sa propre séquence : Taupiqueur puis Ectoplasma sur la rouge, Miaouss puis Otaria sur la bleue, et Mewtwo qui conclut les deux séquences. Les règles changent à chaque fois : une seule bille pour faire rentrer 31 Taupiqueur sous terre, un cimetière à nettoyer avant l’apparition d’Ectoplasma, une chasse aux pièces de Miaouss, des Otaria à frapper quand ils sortent la tête de l’eau.
Le niveau Mewtwo mérite une mention à part. Chaque touche sur Mewtwo rapporte 50 000 000 de points, ce qui le rend bien plus rentable que tout le reste du jeu. C’est aussi lui qui conditionne l’apparition de Mew, rencontrable seulement après deux réussites de ce niveau.
Une réalisation soignée pour 1999
Sur Game Boy Color, le jeu s’appuie sur des tables colorées et lisibles, qui défilent verticalement pour suivre la bille. Les sprites des Pokémon sont reconnaissables au premier coup d’œil, et le panneau central affiche le lieu courant, la silhouette à capturer ou la récompense de la machine à sous. La musique est signée Gō Ichinose, avec une direction sonore confiée à Junichi Masuda. Elle recycle avec bonheur des ambiances de la série : le thème de la table rouge partage sa mélodie avec celui de plusieurs villes de Kanto, celui de la table bleue annonce les thèmes de Doublonville et d’Oliville de Pokémon Or et Argent, sortis au Japon sept mois plus tard. Notre page musique et sons y revient en détail.
Le détail qui a fait la réputation du jeu est sa cartouche. Elle embarque un vibreur, alimenté par une pile AAA fournie avec le jeu, qui secoue la console à chaque impact notable : une manière simple de rendre un flipper de poche plus physique. L’histoire de ce choix technique est racontée dans notre article sur le vibreur.
Ce qui coince
Le jeu a des défauts, que la presse de l’époque relevait déjà. GameSpot saluait la présentation mais jugeait la physique de la bille discutable et les éléments propres au flipper peu nombreux, tout en qualifiant le vibreur de nouveauté sympathique mais coûteuse en pile AAA. C’est un reproche que l’on retrouve dans la pratique : la bille réagit parfois de façon brusque, et la présence de seulement deux tables limite la variété.
La progression est aussi très cadrée par le hasard. Le lieu de départ, la liste des Pokémon proposés, la récompense de la machine à sous et l’objet d’évolution caché derrière chaque cible dépendent du tirage, ce qui rend certaines parties plus généreuses que d’autres. Enfin, Mew est un cas à part : la routine du jeu exige 1 024 touches pour le capturer, ce qui le rend pratiquement hors de portée, même si son entrée de Pokédex s’enregistre dès qu’il apparaît.
Notons enfin que les points se comptent vite en milliards. Un score impressionnant n’a donc de sens que comparé à d’autres parties du même jeu, sur la même table. Pour les joueurs qui cherchent la performance, la page stratégies de score détaille ce qui rapporte vraiment.
Accueil et ventes
La critique d’époque a plutôt bien reçu le jeu. Le magazine japonais Famitsu lui a attribué 9, 8, 8 et 7 sur 10 dans son test croisé, soit 32 sur 40. GameSpot lui a donné 8,7 sur 10. Côté ventes, Nintendo annonçait en juillet 1999 que Pokémon Pinball était devenu le jeu Game Boy le plus vite vendu, avec 262 000 exemplaires écoulés en vingt jours. Le livre blanc 2021 de la CESA, repris par Wikipédia, l’évalue à environ 5,31 millions d’exemplaires dans le monde. Notre page histoire et développement rassemble ces chiffres et les noms de l’équipe.
Y jouer aujourd’hui
Le jeu d’origine n’a jamais été réédité numériquement. Contrairement à une idée répandue, il n’existe pas de version Console virtuelle 3DS de Pokémon Pinball : seule sa suite sur Game Boy Advance, Pokémon Pinball : Rubis et Saphir, est passée par la Console virtuelle, sur Wii U, en décembre 2014. À notre connaissance, aucun des deux jeux ne figure non plus au catalogue Nintendo Classics. Il faut donc retrouver la cartouche d’époque et l’installer sur une Game Boy Color, en pensant à la pile AAA du vibreur ; notre page vibreur et cartouche détaille ce qu’il faut vérifier.
Verdict
Pokémon Pinball réussit un pari de design rare : transformer un genre sans lien apparent avec Pokémon en machine à collection. Ses limites, deux tables seulement et une physique perfectible, n’empêchent pas la boucle capture, évolution et niveaux bonus de fonctionner, surtout sur la durée d’une quête de Pokédex. C’est un jeu à reprendre par sessions courtes, ce qui lui va bien.
Notre verdict
Un flipper sympathique et très bien pensé pour la collection de Pokémon. Il manque de tables et de précision, mais sa boucle de jeu reste efficace sur la durée.
On aime
- Deux tables distinctes inspirées de Rouge et Bleu
- Capture et évolution intégrées au flipper
- Cinq niveaux bonus aux règles différentes
- Pokédex et records sauvegardés
- Vibreur intégré à la cartouche
On aime moins
- Physique de la bille discutable
- Seulement deux tables
- Mew pratiquement impossible à capturer
- Aucune réédition numérique du jeu d'origine


